Windows 10 S : questions et réponses autour d'un système bien étrange

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le mercredi 03 mai 2017 à 12:46
Vincent Hermann

Microsoft a présenté hier soir Windows 10 S, un nouveau venu dans la famille de ses systèmes d’exploitation. Son positionnement est relativement complexe, car en dépit des apparences, il ne s’agit pas vraiment d’une version allégée et repensée de Windows 10.

Sur les ordinateurs classiques, l’offre de Windows 10 se décompose actuellement en deux versions principales : Famille et Professionnelle. La première se destine au grand public, la seconde aux entreprises. Elle propose en effet un nombre beaucoup plus élevé de fonctionnalités, notamment pour tout ce qui touche à la gestion des parcs informatiques, des outils de sécurité, le chiffrement avec BitLocker ou encore la personnalisation du Store.

Voilà qu’arrive Windows 10 S, après des mois de rumeurs autour d’une version « Cloud ». À vrai dire, cette mouture n’a rien de particulièrement spécifique à un usage en lien avec des serveurs puisque sa principale différence tient à l’impossibilité d’installer des applications Win32. Du moins celles récupérées de manière classique. Explications.

Applications : que peut-on installer ?

C’est la grande question autour de cette version. La réponse est simple : uniquement ce qui provient du Store. Toute application Win32 récupérée depuis le web, un CD, un DVD ou n’importe quoi d’autre sera bloquée. Vous venez d’acheter un jeu et vous souhaitez l’installer sur votre Windows 10 S ? Impossible.

Microsoft semble avoir fait un choix radical. Les applications installables doivent toutes provenir de la boutique maison. Il s’agit donc bien d’un système « bridé » dans le sens où l’un des aspects phares de la plateforme est supprimé. Pour justifier son choix, l’éditeur met en avant les avantages d'une telle solution : mises à jour centralisées, sécurité, fonctionnalités spécifiques à Windows 10 comme les vignettes dynamiques et ainsi de suite.

Dans la pratique, il faut toutefois nuancer, puisque cela ne nous limite pas aux applications spécifiques à Windows 10. Microsoft invite les éditeurs à publier leurs applications Win32 dans le Store, en utilisant le DAC (Desktop App Converter, ou Centennial). Adobe le fait déjà pour certains de ses produits, et on en trouve d'autres, comme Slack et Telegram.

Tous ces logiciels peuvent être installés sur Windows 10 S. L'arrivée d'Office dans le Store est également une étape importante. De fait, selon l’engouement des développeurs, cette limitation sera plus ou moins sensible avec le temps.

Ni Chrome OS, ni Windows RT : un Windows 10 Pro bridé

Si certains imaginaient que l'on aurait droit à une refonte de Windows pour apporter la légèreté d'un Chrome OS, ou que l'on ferait face à un mauvais retour de l'édition RT, il n'est finalement question ni de l’un, ni de l’autre. Et c’est bien là tout le souci avec ce Windows 10 S.

En dépit des apparences, il s'agit en fait… d'une version Pro, comme indiqué par Microsoft dans sa FAQ. Il n’y a que très peu de différences entre les deux éditions, si on met de côté évidemment le blocage des applications Win32 classiques. Jonction à un domaine Azure AD, Windows Store et Update for Business, BitLocker et autres sont donc disponibles.

En fait, la seule fonctionnalité qui disparait est la jonction à un domaine local. Le positionnement de Windows 10 S est donc très particulier, puisque blocage du Win32 externe mis à part, il est nettement plus complet qu’une version Famille, pour le moment distribuée sur une large majorité de machines.

Windows 10 S comparatif tableau

Edge, le navigateur par défaut indéboulonnable

Il existe aussi d'autres différences plus subtiles, notamment du côté des navigateurs. Comme Microsoft l’a indiqué pendant la conférence (voir notre analyse), rien n’empêche Google et Mozilla de proposer Chrome et Firefox dans le Windows Store. Ils se retrouveraient gérés par la boutique, notamment pour la distribution des mises à jour.

Mais ce que la firme n’a pas évoqué durant sa présentation, c’est la question du navigateur par défaut. Ici, aucun miracle : Edge règne en maître. Impossible d'en déclarer un autre, même si on en trouve un dans le Store. Un choix qui s’accompagne d’un autre : Bing est le moteur de recherche par défaut, n’en déplaise à l’utilisateur.

La FAQ confirme ainsi que  « Vous pouvez télécharger un autre navigateur éventuellement disponible dans le Windows Store, mais Microsoft Edge restera celui utilisé par défaut si vous ouvrez un fichier .htm, par exemple. De plus, le moteur de recherche par défaut de Microsoft Edge et d’Internet Explorer ne peut pas être modifié ». 

Windows 10 S comparatif tableau

Une option payante pour passer de Windows 10 S à Pro

Les deux versions sont d’ailleurs si proches que Windows 10 S pourra être mis à niveau vers une édition Pro pour un tarif maximal de 49 dollars. On ne sait pas encore ce qu’entend Microsoft par « maximal », et on imagine que la somme demandée pourra dépendre de la machine. Aux États-Unis, c'est la moitié du tarif pour migrer d’une version Famille à une Pro (99 dollars), alors que cette opération coûte chez nous pas moins de 159 euros. À voir donc ce qu’il en sera dans l’Hexagone, et plus globalement en Europe.

Notez toutefois que jusqu'au 31 décembre, Windows 10 S pourra être mis à niveau gratuitement vers l'édition Pro. Contrairement aux informations qui avaient circulé dans un premier temps, cette promotion n'est pas spécifique au nouveau Surface Laptop. Elle est valable pour tout ordinateur équipé de ce système, et uniquement si l'utilisateur dispose d'un compte Education fourni par son établissement.

Windows 10 S est-il plus performant et sécurisé ?

Oui et non, tout dépend de quoi on parle. L’aspect performances a été abordé par Microsoft durant sa conférence, en indiquant que la machine démarrait très vite, et qu’elle ne s’encrassait pas avec le temps. Certes. Mais ce n’est pas un fonctionnement inhérent à Windows 10 S : il s’agit d’une conséquence du blocage d'une partie des applications Win32.

Puisque tout passe par le Store, les applications sont soumises à des règles plus strictes, notamment pour tout ce qui touche à la base de registre. Elles n’ont pas le droit non plus de configurer de multiples services actifs. En d’autres termes, puisque le système ne peut plus crouler sous des programmes au comportement tout-puissant, il se préserve d’autant mieux. Par exemple, plus d’ouverture de session ralentie par de nombreux agents lancés par les logiciels en place.

Côté sécurité, il n’y a rien de spécifique non plus dans Windows 10 S. Les fonctionnalités sont celles d’un Windows 10 Pro, qui contient en effet bien plus de possibilités qu’une version Famille. Cependant, elles s’expriment surtout au sein de domaines et réseaux prévus à cet effet, avec un administrateur ayant activé les options idoines.

Quels que soient les avantages de Windows 10 S vantés par Microsoft, ce sont tout simplement ceux d’un Windows 10 Pro. Un utilisateur de ce dernier n’a qu’à puiser dans le Store pour ses applications pour obtenir le même résultat.

À trop forcer la main, on la casse © Google+

Quoi que soit en train de faire Microsoft avec son édition S, il est bien délicat de lui prédire un avenir radieux. Le grand public ne devrait clairement pas le rencontrer à tous les coins de rue, l’éditeur indiquant bien que cette mouture se destine avant tout au monde de l’éducation. Dans la pratique, rien ne semble empêcher les constructeurs de proposer des machines « S » à ceux qui en voudraient.

Il est clair dans tous les cas que l’objectif de Microsoft est de mettre l’accent sur son Store. La sortie du DAC en septembre dernier a donné le coup d’envoi pour la migration des applications Win32 tierces, les développeurs pouvant ensuite adopter au fur et à mesure les fonctions spécifiques de Windows 10. Ce qu’il manquait, c’était une vraie raison de le faire.

En proposant un Windows centré sur le Store mais limité dans un premier temps au monde de l’éducation, l’éditeur envoie un signal. Il n’est pas impossible que ce soit l’avenir rêvé par Microsoft pour son système : un Windows où tout transiterait par la boutique, et où l’installation « libre » des logiciels serait considérée comme une option payante.

Un souci de cohérence

Malheureusement – et Microsoft devrait le savoir depuis le temps – les clients potentiels sont vite perdus devant une offre trop segmentée. La séparation Famile/Pro est claire, autant dans son appellation que dans les différences fonctionnelles. Windows 10 S déboule dans cette gamme, alors même qu’une édition Education existe déjà, même s’il s’agit d’une mouture Entreprise (pour les grands comptes), donc de la mouture la plus complète.

On va ainsi se retrouver avec des machines aux alentours de 200 euros qui utilisent un système similaire au Surface Laptop, limité à certaines applications mais proposant des outils comme le chiffrement Bitlocker ce qui n'est pas le cas de très nombreuses machines vendues à des tarifs bien plus élevés et qui n'ont droit à qu'à Windows 10 Famille.

Et ce, alors que chez Apple, une marque à laquelle Microsoft aime se comparer, tout le monde a droit à la même version de macOS et aux même fonctionnalités. Bloquer l'accès aux applications hors de l'App Store prend ainsi la forme d'une simple option... gratuite, proposée dans les paramètres.

Un avenir incertain

L’avenir de cette nouvelle déclinaison de Windows 10 nous paraît donc pour l’instant assez incertain. Sur le fond, Microsoft aura de sérieux efforts à faire pour augmenter l’attrait de son Store, les boutiques étant soumises à deux vérités : les clients apprécient une offre fournie, alors que les développeurs vont là où sont les clients.

Reste donc à voir comme l’entreprise arrivera à se sortir d’une situation… où elle s’est elle-même mise. 


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