Bataille de plaintes entre Mozilla et Yahoo

Mozilla en mode Godzilla 30
Accès libre
image dediée
Crédits : slobo/iStock
Justice
Par
le vendredi 08 décembre 2017 à 08:30
Kevin Hottot

Oath (ex Yahoo) et Mozilla se sont engagées dans un long bras de fer juridique. Le premier reproche au second d'avoir rompu un accord selon lequel Yahoo devait être proposé comme moteur de recherche par défaut sur Firefox dans plusieurs marchés. L'éditeur du navigateur contre-attaque. 

Depuis 2014, Mozilla et Yahoo sont liés par un accord stipulant que le moteur américain doit être proposé par défaut aux utilisateurs de Firefox dans plusieurs marchés, dont les États-Unis. En échange de cette faveur, Yahoo procède à de copieux versements sur le compte de Mozilla.

Un partenariat signé pour cinq ans qui a été rompu par l'éditeur le 10 novembre dernier. Un fait que la filiale de Verizon a bien du mal à digérer, d'autant plus que dans la foulée, le navigateur a choisi Google comme nouveau partenaire. 

Un accord stratégique pour Yahoo

Dans sa plainte, Oath/Yahoo explique avoir reçu un courrier le 10 novembre le notifiant d'une rupture de l'accord stratégique signé trois ans plus tôt, ce avec effet immédiat. En réaction, l'entreprise a demandé à son partenaire de rétablir les services promis tels qu'ils étaient prévus, ce à quoi Mozilla s'est refusée. 

La plainte, largement caviardée,  ne détaille pas exactement les engagements rompus par l'éditeur de Firefox, mais assure qu'elle cause du tort à Yahoo et Oath, notamment en termes de réputation. En réparation, Yahoo réclame non seulement le rétablissement des prestations promises, mais aussi des dommages dont le montant n'a pas été fixé. 

#BalanceTonContrat

Dans sa contre-plainte, Mozilla est bien plus loquace que son ancien partenaire en affaires, ce malgré un usage assez intensif du feutre noir. Dans les grandes lignes, la fondation reproche à Yahoo de lui devoir de l'argent, de ne pas avoir tenu certaines promesses quant au montant versé pour ses prestations, mais aussi d'avoir été un des facteurs de sa perte de parts de marché aux États-Unis. 

« Les montants dus par Yahoo sont significatifs pour Mozilla pour plusieurs motifs. Ces paiements sont cruciaux pour le financement des efforts de Mozilla d'une nouvelle version de son produit phare, Firefox. Les parties avaient anticipé [...] que ces paiements étaient des éléments clés de l'accord négocié pour fournir une stabilité à Mozilla et contrebalancer les grands risques pris par l'entreprise en choisissant Yahoo comme moteur de recherche par défaut », explique Mozilla, taclant son ancien partenaire sans ménagement.

Selon elle, c'est d'abord Yahoo qui aurait rompu le contrat en ne payant pas son dû, mais surtout en n'investissant pas assez dans son moteur de recherche. En 2014, au moment où l'accord était discuté, la fondation explique que s'associer avec Yahoo représentait un risque, au vu de la faible part de marché de ce moteur de recherche aux États-Unis. Le géant américain devait investir lourdement pour se mettre au niveau de la concurrence : « Mozilla a néanmoins poursuivi cette opportunité en choisissant Yahoo, parce que cela correspondait à son but de créer de vraies alternatives sur le marché de la recherche, et la nouvelle PDG, Marissa Mayer, avait une solide réputation ainsi qu'une expertise reconnue de la conception de ce genre de produits ». 

Marissa Mayer avait alors « présenté une vision irrésistible du futur de Yahoo Search et était impliquée directement dans les discussions contractuelles avec Mozilla ». Le détail des promesses est caviardé, mais dans les grandes lignes, on comprend que Yahoo devait payer grassement la fondation, lui offrir de la visibilité sur son portail et investir dans Yahoo Search afin d'améliorer le service.

Autre point important, Yahoo devait laisser à Mozilla l'opportunité de mettre fin au contrat si Firefox perdait des parts de marché à cause des performances du moteur de recherche. 

Le déclin

Problème, selon Mozilla Yahoo n'aurait pas rempli ses obligations contractuelles. La fondation a pointé du doigt ces divers manquements à Yahoo, qui a promis de réagir. Seulement, la situation ne s'est pas suffisamment arrangée pour calmer l'éditeur de Firefox, qui voyait la part de marché décliner. Qui plus est « les revenus provenant de Yahoo n'ont jamais atteint les niveaux attendus ».  

En 2016, lors de l'annonce du rachat de Yahoo par Verizon et son intégration à sa filiale Oath, Mozilla dit avoir exploré l'idée d'activer une clause lui permettant de faire cesser le contrat, suite à un changement de propriétaire. « Quand nous avons parlé des problèmes de performance de Yahoo, l'acquéreur nous a dit de partir en quête d'un autre fournisseur. La réponse de Verizon aux inquiétudes de Mozilla tranchait nettement avec les promesses de Marissa Mayer au moment où l'accord a été signé. La direction de l'acquéreur n'a fourni aucune vision, aucune stratégie structurée ou documentée, et aucune garantie de fournir les ressources nécessaires pour améliorer Yahoo Search ».

Finalement, c'est donc Mozilla qui demande réparation à Yahoo pour ces divers manquements au contrat signé en 2014, et qui estime avoir été dans son bon droit en le rompant unilatéralement. Ce sera désormais à la justice de trancher.


chargement
Chargement des commentaires...