Françoise Nyssen : la lutte contre le piratage, une « priorité absolue »

La lutte contre le cancer 80
Accès libre
image dediée
Crédits : Marc Rees (CC-BY-SA 3.0)
Hadopi
Par
le vendredi 13 octobre 2017 à 18:44
Marc Rees

Aujourd’hui devant les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel réunis à Dijon, la ministre de la Culture est allée jusqu’à qualifier le piratage d’« arme de destruction massive de la valeur ». Françoise Nyssen considère cette lutte comme « une priorité absolue ».

Contre ce phénomène massif et évolutif, il faut désormais « faire plus et mieux, en innovant ». Voilà en quelques mots la ligne de conduite qui se dessine Rue de Valois.

Devant un public conquis, Françoise Nyssen a évidemment rappelé la mission commandée à deux maitres des requêtes du Conseil d’État par la Hadopi. Dans le document révélé par Next INpact, elle vise à jauger la légalité d’un système d’amende administrative en lieu et place de la contravention pour défaut de sécurisation, décidée par les tribunaux de police.

Seulement, l’attention ministérielle n’est pas véritablement là : la ministre a rappelé que la riposte graduée ne concernait qu’une forme de partage, le peer-to-peer. Or, désormais, « il faut aller plus loin dans le domaine du streaming illégal, [car] l’essentiel du piratage n’est pas couvert par la riposte graduée ».

Le piratage ? Un « cancer »

Aucun calendrier de déploiement d’une quelconque solution n’a été annoncé. Dans les coulisses des Rencontres cinématographiques de Dijon, plusieurs personnes nous ont cependant suggéré une fenêtre de tir : la future loi de transposition de la directive sur les services de médias audiovisuels à la demande.

Dans le fil des échanges, dont le cœur portait sur la chronologie des médias, Xavier Rigault, le co-président de l’Union des producteurs de cinéma (UPC) a en tout cas comparé le piratage à un « cancer ».

Il s’est ainsi plaint d’une perte de la moitié du marché consécutive, selon lui, non à une trop forte profusion de films, mais à ces diffusions illicites sur Internet.

Canal+ plaide pour des sanctions plus musclées

Maxime Saada, directeur général du groupe Canal+ et PDG de Dailymotion, a également tenu lui-aussi un discours très musclé contre ces pratiques non autorisées. Critiquant la mécanique Hadopi, accusée de n’envoyer qu’un trop petit nombre de personnes devant le juge, il a cité l’exemple de l’Allemagne et caresse le rêve de voir instaurer un système plus répressif.

Le discours colle sans surprise avec les propos déjà soufflés à l’oreille de la ministre par Jean-Christophe Thiery, président de Canal+. Dans un courrier adressé mi-septembre à la ministre, celui-ci a réclamé notamment, « une véritable sanction à l’encontre des consommateurs d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques via des moyens illégaux », citant la consommation par streaming, direct download et P2P.

Il a demandé encore la création d’un service de police à compétence nationale dédié à cette lutte, avec pour exemple la PIPCU (Police Intellectual Property Crime Unit), en Angleterre.

En clair, pour ces têtes de Canal+, si seul un petit nombre de personnes n’a finalement été condamné en France, ce n’est pas un effet de la pédagogie « Hadopi », avec des millions de brebis remises dans le droit chemin, mais en raison d’un échec patent.


À noter :

Cet article a été rédigé dans le cadre de notre participation aux Rencontres cinématographiques de Dijon, du 12 au 14 octobre, où nous avons été conviés par les organisateurs. Ces derniers ont pris en charge notre hébergement et la restauration sur place. Conformément à nos engagements déontologiques, cela s'est fait sans aucune obligation éditoriale de notre part, et sans ingérence de la part des organisateurs.


chargement
Chargement des commentaires...