Ubisoft : des résultats en hausse, en attendant un E3 très chargé

1) Créer des jeux, 2) ???, 3) Profit 9
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Finances
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le mercredi 17 mai 2017 à 16:38
Kevin Hottot

Ubisoft a présenté hier soir ses résultats pour son exercice fiscal 2017. L'éditeur français s'en sort avec les honneurs et continue de vanter les mérites d'une stratégie permise par des décisions « libérées de toute pression extérieure ».

Le torchon brûle donc toujours entre Ubisoft et Vivendi. Le premier aimerait bien garder sa relative indépendance, tandis que le second entend bien profiter de l'arrivée progressive de ses droits de vote doublés pour peser dans les décisions de l'éditeur. Sur la dernière manche, l'avantage est aux Guillemot, dont la stratégie esquissée début 2016 continue de porter ses fruits. 

Tous les signaux sont au vert

Ubisoft a en effet déclaré un chiffre d'affaires de 1,460 milliard d'euros sur l'ensemble de son exercice 2017 (clos depuis le 31 mars dernier). Un résultat qui se trouve dans le bas de la fourchette de prévisions annoncée par l'éditeur (de 1,455 à 1,495 milliard), mais reste conforme aux attentes, avec une progression de 4,7 % sur un an. Le tout, sans avoir besoin de lancer un nouvel Assassin's Creed. 

Le bénéfice opérationnel de l'éditeur a lui aussi bien progressé, passant de 136,8 millions d'euros l'an dernier à 175,8 millions cette année, soit un bond de 28,5 %. Le résultat net évolue quant à lui dans la même direction, mais dans des proportions plus réduites. Il passe ainsi de 93,4 millions d'euros à 107,8 millions en l'espace d'un an (+15,4 %)

Le miracle de la dématérialisation

L'un des principaux enseignements de cette présentation concerne la part des revenus d'Ubisoft provenant de la vente de produits dématérialisés. Avec un total de 729 millions d'euros générés sur l'année, ce segment représente 50 % du chiffre d'affaires d'Ubisoft, contre 32 % un an plus tôt. 

Les ventes dématérialisées peuvent être réparties en deux compartiments. Le premier concerne la distribution de jeux complets via les boutiques des consoles ou des plateformes comme Origin ou Steam. À ce titre, Ubisoft a encaissé 425 millions d'euros sur cet exercice, contre 315 millions d'euros un an plus tôt, soit une progression de 35 %.

Dans le second compartiment, on regroupe les micro-transactions, les DLC ou Season Pass, les abonnements et les revenus publicitaires. Celui-ci a vu ses recettes bondir de 132 millions d'euros à 304 millions (x2,3 en un an). Comment l'éditeur y est parvenu ? En appliquant un mantra simple : plus un joueur passe de temps sur un jeu, plus il y dépense d'argent. L'exacte traduction de la stratégie évoquée un an plus tôt par l'éditeur. 

Le temps, c'est de l'argent

Et justement, du temps, les joueurs en ont consacré beaucoup sur les titres de la maison Guillemot. Sur Watch_Dogs 2 par exemple, ils ont passé quatre fois plus de temps sur le mode multijoueur que ceux de l'épisode précédent. Le nombre de sessions de jeu enregistré par Ubisoft a également doublé en l'espace de deux ans, tandis que l'audience mesurée en nombre d'utilisateurs mensuels (MAU) est en hausse de 27 % sur un an. 

Pour attirer le chaland, Ubisoft compte aussi beaucoup sur Twitch et l'e-sport. L'éditeur se félicite d'ailleurs d'avoir cumulé sur l'an passé cinq fois plus d'heures de visionnage sur la plateforme de streaming d'Amazon, qu'un an auparavant. Les vues liées à l'e-sport ont quant à elles été multipliées par six, sous l'impulsion de Rainbow Six Siege.

Pour parvenir à ces résultats, il faut aussi rallonger la durée de vie commerciale des titres. The Crew, sorti fin 2014 (oui déjà), est ainsi resté sur le devant de la scène pendant 2 ans, grâce à des mises à jour récurrentes, et à l'apport régulier de contenu sous la forme d'extensions. Preuve que le système fonctionne, les revenus issus du fond de catalogue de l'éditeur représentent 44,5 % du chiffre d'affaires sur le dernier exercice, contre 25,7 % un an plus tôt.  

L'exercice 2018, sous le signe des grosses franchises

Pour l'an prochain, Ubisoft table sur des résultats encore en hausse, avec notamment un chiffre d'affaires de 1,7 milliard d'euros (+16,4 % sur un an) avec un bénéfice opérationnel qui doublerait, pour atteindre 270 millions d'euros. Sur le seul premier trimestre, il serait déjà question d'une progression de 22 % sur un an des revenus, à 220 millions d'euros. 

Pour remplir cet objectif, l'éditeur compte s'appuyer sur quatre lancements de titres majeurs en offrant des suites aux franchises suivantes :

  • Assassin's Creed
  • FarCry
  • The Crew 
  • South Park (avec L'Annale du Destin, dont le lancement a été repoussé à plusieurs reprises) 

L'éditeur s'est bien évidemment gardé de tout commentaire sur les titres exacts de ces prochains jeux, préférant sans doute garder la surprise jusqu'à sa conférence annuelle lors de l'E3. Celle-ci aura lieu pour rappel le 12 juin prochain, à 22h, heure française.

Avec ces lancements, Ubisoft disposera simultanément de six jeux « Live ops » qu'il devra alimenter régulièrement en contenus, contre seulement trois sur l'an passé. Une situation qui devrait réclamer de gros efforts à ses équipes, mais l'éditeur pense que ce parti sera gagnant, et permettra de générer plus de 50 % de ses recettes, via des ventes de produits dématérialisés. 

Le groupe français a également profité de l'occasion pour rappeler son attachement à Nintendo, se qualifiant d'être « le premier éditeur tiers sur les consoles de Nintendo sur les dix dernières années ». En filigrane, on comprend que la Switch devrait au moins avoir le droit à quelques portages, en espérant qu'à l'inverse de la Wii U, il ne sera pas seulement question de Just Dance

Le mobile reste une priorité

Du côté du développement de jeux mobiles, Ubisoft compte toujours sur le studio Ketchapp, récemment racheté par le groupe français. Il s'est fait une spécialité dans la publication d'un très grand nombre de jeux au concept toujours simple. Une stratégie qui lui permet de pointer dans le top 4 des éditeurs de jeux mobiles en nombre de téléchargements, mais pas d'entrer dans le top 20 des plus rentables, selon Sensor Tower

Pour l'exercice 2018-2019, ces efforts dans le domaine devraient participer aux nouveaux objectifs fixés par les Guillemot. Ils espéraient auparavant enregistrer un chiffre d'affaires de 2,2 milliards d'euros, la nouvelle marque à atteindre a été réduite de 100 millions. L'objectif de bénéfice opérationnel reste quant à lui inchangé, à 440 millions d'euros grâce à une marge passant de 20 à 21 %. 

En bourse, toutes ces nouvelles n'ont pas vraiment convaincu les investisseurs. En début de séance, l'action Ubisoft avait ainsi reculé de 6 %, avant de limiter la baisse à 4 % au moment où nous rédigeons cette actualité. L'éditeur est ainsi valorisé à 5,2 milliards d'euros, soit 39 % de mieux qu'au début de l'année et une progression de 56 % sur un an. 


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