Ubisoft évoque sa stratégie pour 2019, sans Vivendi

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Société
Kevin Hottot

Ubisoft présentait aujourd'hui sa stratégie sur le moyen et long terme à ses actionnaires. L'éditeur français a pour ambition de continuer à grandir à un rythme très soutenu en se basant sur une stratégie visant à rallonger le cycle commercial de ses jeux. 

Ubisoft se trouve actuellement à la croisée des chemins. L'éditeur français doit faire face à l'offensive de Vivendi, qui tente lentement de prendre son contrôle, tout en essayant d'assurer son avenir en tant qu'acteur indépendant du marché du jeu vidéo. La direction devait donc rassurer ses investisseurs, et c'est ce à quoi elle s'est attelée aujourd'hui, dans une conférence réservée à ses actionnaires. 

Des prévisions presque parfaites

Le principal argument d'Ubisoft, est que l'éditeur s'estime capable, seul, de maintenir un taux de croissance très élevé. Yves Guillemot, le fondateur et PDG de l'entreprise, a ainsi évoqué un objectif de chiffre d'affaires à 2,2 milliards d'euros pour l'exercice 2018-2019. Cela représente une hausse de 60 % par rapport aux revenus attendus sur l'exercice 2015-2016. De plus, le bénéfice opérationnel devrait tripler dans le même laps de temps.

Ubisoft Investor day 2016Ubisoft Investor day 2016

Ces objectifs, le dirigeant les qualifie de « raisonnables », arguant que la stratégie de sa société permettra de les atteindre, à condition que personne ne vienne interférer dans ses affaires. Le message est clair : l'arrivée d'un mastodonte tel que Vivendi à la tête d'Ubisoft serait contre-productive.

Au cours de son intervention, Yves Guillemot a d'ailleurs multiplié les piques à l'encontre de son rival, expliquant par exemple lui avoir racheté en 2007 le studio Massive, à qui l'on doit The Division, l'un des principaux titres de l'éditeur pour 2016. Il souligne ainsi le manque de « vision à long terme » de son actionnaire. On rappellera tout de même qu'il y a 9 ans, Vincent Bolloré ne faisait pas partie de l'équation, Bobby Kotick (le PDG actuel d'Activision-Blizzard) étant alors aux manettes.

Moins de jeux, au cycle commercial plus long

La recette de l'éditeur tient en deux points : « de plus gros jeux » et « des revenus dématérialisés ». En agissant sur ces deux leviers, Ubisoft vise une rentabilité nette de l'ordre de 30 %, et un minimum de 40 millions de jeux vendus par an pour ses grandes franchises, de quoi rendre verts de jalousie les ténors que sont Activision et Electronic Arts.

Ubisoft Investor day 2016Ubisoft Investor day 2016

Le géant français a déjà travaillé sur la réduction de son catalogue ces dernières années, passant de 56 titres lancés en 2009-2010 à seulement 12 sur l'exercice en cours. Cela permet à l'éditeur de concentrer ses efforts sur quelques produits, et d'éviter qu'ils ne se vampirisent entre eux. Parmi les 12 titres lancés cette année, Ubisoft explique que 4 sont des « AAA », des jeux à très gros budget. D'ici 2019, l'entreprise veut tenir un rythme de 5 lancement majeurs par an, basés sur ses plus grosses franchises (Assassin's Creed, Far Cry, The CrewTom Clancy's, Watch_Dogs...)

En plus de se focaliser davantage sur ses gros titres, Ubisoft veut s'assurer que les clients y jouent longtemps après leur lancement. Cela passerait par l'organisation d'évènements récurrents, mais aussi de compétition e-sportives afin de maintenir l'attention autour de ses jeux. Ainsi l'éditeur espère assurer de meilleures ventes de son fond de catalogue, mais surtout drainer des revenus récurrents supplémentaires via les micro-transactions.

Ubisoft Investor day 2016Ubisoft Investor day 2016

Ces services, Ubisoft ne veut pas seulement les proposer pendant quelques mois après le lancement de ses jeux, comme le font certains de ses concurrents qui oublient leurs titres une fois la vague de DLC passée, mais au contraire s'engager sur plusieurs années. Une initiative plutôt coûteuse, mais qui pourrait bien porter ses fruits.

Faire connaître ses franchises, par tous les moyens, sur tous les marchés

Ubisoft vise également à faire grandir l'aura de ses franchises en dehors du monde du jeu vidéo. Cela se manifeste déjà par exemple avec l'arrivée en fin d'année du film Assassin's Creed au cinéma, ou encore avec la série animée, Les Lapins Crétins, pour laquelle l'éditeur revendique une audience de 65 millions de téléspectateurs.

Pour faire grandir son public, Ubisoft compte donc accentuer ses efforts en dehors du monde du jeu vidéo, et son projet de parc d'attractions en Asie fait partie de cet objectif. Concernant les séries et les films, l'éditeur estime que c'est un « moyen d'attirer des millions de nouveaux joueurs avec un faible coût d'acquisition ». Electronic Arts, qui a plus que profité de la sortie de Star Wars Episode VII pour booster les ventes de Battlefront, est certainement de cet avis. Le sport électronique fait également partie de cette stratégie.

Il est aussi prévu que le géant français s'établisse dans de nouveaux marchés. Sont ainsi principalement visés le Brésil, où les ventes de jeux croissent rapidement, le Japon, où l'éditeur est peu présent ainsi que la Russie et les autres marchés asiatiques, où le modèle free-to-play est roi.

Pas de grand projet de fusion-acquisition

Alain Martinez, le directeur financier d'Ubisoft a également fait savoir qu'il ne devrait normalement pas être question de fusions ou d'acquisitions significatives de la part de l'éditeur à l'avenir. Le géant français estime en effet qu'il s'agit d'un moyen trop coûteux d'étendre son catalogue, et préfère miser sur ses propres équipes pour y parvenir. Cela lui permettrait également d'avoir une meilleure visibilité sur le calendrier de ses sorties. Cette vision tranche avec celle d'Activision, qui a récemment acquis King (l'éditeur de Candy Crush) pour 5,9 milliards de dollars.

Ubisoft Investor day 2016

À ce sujet, Ubisoft précise qu'il n'est pas question pour le moment de réduire ses effectifs, qui avec plus de 9 000 personnes, sont les plus importants de toute l'industrie. Il est même plutôt prévu de continuer de recruter lors des prochaines années. Le responsable a tout de même pris soin de préciser que deux tiers de ses employés travaillent dans un pays « où les coûts sont compétitifs », le Canada et ses généreux crédits d'impôts faisant bien sur partie de la liste. 

Yves Guillemot évoque le manque de synergies possibles avec Vivendi

Concernant le raid en cours de Vivendi (qui se rapproche du seuil de 15 % du capital), Yves Guillemot a expliqué calmement aux actionnaires présents qu'il ne voyait pas de grandes synergies possibles entre les deux entreprises. 

« Vivendi dispose de deux grandes entreprises. Il y a Universal dans le secteur de la musique, avec qui nous travaillons déjà pour acheter les droits de chansons, comme nous le faisons avec d'autres majors comme Sony ou BGM. Il y aurait quelques petites synergies possibles de ce côté. Ils ont également Canal Plus, qui est une bonne entreprise, présente principalement en France et en Afrique, des marchés qui ne représentent que 8 % de notre activité. Les perspectives sont donc limitées. Il y a éventuellement la question de Studio Canal, qui produit des films, mais se trouve dans le bas du top 10, alors que nous travaillons déjà avec des acteurs dans le top 5 » a-t-il ainsi fait savoir.

Il n'est pas certain que cela freine les ambitions de Vincent Bolloré, qui espère bien décrocher un siège au conseil d'administration d'Ubisoft. Celui-ci doit justement s'agrandir courant 2016 avec l'introduction d'une ou deux nouvelles places « pour des administrateurs indépendants », précise Yves Guillemot.

L'ensemble des déclarations d'Yves Guillemot et les prévisions présentées lors de cette conférence ont visiblement fait mouche. En bourse, l'action d'Ubisoft a connu une hausse comprise entre 10 et 12 % lors de la séance du jour. Un rebond brutal qui a débuté peu avant l'évènement.


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