Critiqué, SFR Presse nie brader le journalisme via ses abonnements

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Guénaël Pépin

Le Point tire à boulets rouges sur l'abonnement unifié SFR Presse, offert à 18 millions de clients de l'opérateur. Il paierait trop peu chaque titre pour financer le journalisme, estime l'hebdomadaire. Des accusations infondées selon SFR, qui répète jouer sur la masse des abonnés pour trouver un modèle à la presse.

SFR Presse n'est pas en odeur de sainteté au Point. Dans un article incendiaire, Étienne Gernelle décrit « pourquoi Le Point résiste à la machine SFR Presse ». Le directeur du magazine accuse le service de « tuer le journalisme de qualité ».

Pour 19,99 euros par mois, offerts à 18 millions de clients SFR, l'opérateur propose 17 titres du groupe Altice Media (dont Libération et L'Express), et d'autres des éditeurs tiers pour un total de 65 publications.

Cela permet au groupe télécoms d'appliquer une TVA réduite sur une partie de son forfait, gagnant de quelques centimes à quelques euros par facture (voir notre analyse). Une option à la résiliation très difficile, voire impossible (voir notre enquête).

Un journalisme vendu trop peu cher

Le problème est simple pour Le Point : offrir cet abonnement aux clients conduirait à une rémunération très réduite, insuffisante pour un journalisme de qualité. Pour Gernelle, même s'il était payé en supplément, il ne représenterait pas assez de revenus pour chaque titre intégré.

« SFR rémunère les journaux au téléchargement, et ce à une fraction – environ le dixième – de leur prix normal » tacle le journaliste. Un montant bien insuffisant pour un journalisme de qualité, dont le temps long nécessaire pour les enquêtes.

« Laissons aux producteurs de "faits alternatifs" et autres ventilateurs à "post-vérité" le privilège de ne rien coûter » poursuit-il. Il estime donc que céder à SFR Presse serait reproduire l'erreur de l'information gratuite sur Internet, commise il y a plus de vingt ans.

Pour mémoire, après le lancement en mai 2016 et l'arrivée de titres tiers par la suite, certains éditeurs ont fini par sortir de l'offre, dont SoPress, derrière des titres comme Society et So Foot.

SFR Presse récuse les accusations du Point

Cette position est un « massacre » en règle de SFR Presse selon L'Instant M de France Inter, où Etienne Gernelle avait développé sa pensée la semaine passée. Ce matin, l'émission a invité Guillaume Dubois, directeur général de BFMTV, pour répondre à ces accusations. Il pointe que le problème des éditeurs de presse aujourd'hui serait bien plus Facebook ou Google que des « initiatives » comme SFR Presse. Refuser ce service serait, en somme, refuser l'innovation.

Pour lui, le financement d'un news magazine « n'est pas là. Il se fait via la publicité, en kiosque et en abonnés ». De fait, l'un des objectifs annoncés au lancement du service était effectivement d'améliorer la diffusion des titres afin de permettre une amélioration des revenus publicitaires. Une opération qui ne semble pour le moment pas couronnée de réussite.

Dubois récuse aussi l'idée que l'abonnement à SFR Presse est gratuit pour les clients de l'opérateur, quand bien même une remise liée est appliquée sur chaque facture. « Qu'est-ce qui vous dit que ce n'est pas le téléphone qui est gratuit ? » rétorque-t-il. Il conteste également une division par dix du montant perçu pour chaque téléchargement : « Nous sommes plutôt dans un rapport d'un à deux ».

Il vante en outre une diffusion très large de contenus de presse, quand bien même ils ne sont effectivement téléchargés que par une fraction des abonnés du groupe. En février, l'entreprise affirmait compter dix millions de téléchargements de publications depuis le lancement, dont 1,5 million pour le seul mois de janvier. Notons que l'offre est aussi disponible seule depuis décembre, avec un nombre de clients encore inconnu. 

L'argument principal est qu'il faut remettre la presse dans la poche des internautes, comme Deezer et Spotify l'ont fait pour la musique. « Nous sommes convaincus que, demain, en mettant la presse [dans la poche de tous], on récupèrera en valeur ce qu'on perd éventuellement sur chaque lecteur » avance Guillaume Dubois.

Interrogé sur l'optimisation fiscale que représenterait le jeu de TVA appliqué sur l'option, il reconnait « une fiscalité plus favorable, appliquée pour promouvoir la presse », sans jamais répondre sur le fond.


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