La Croix bloque l'accès à ses articles en cas de navigation privée

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David Legrand

Si vous tentez de lire un article du journal La Croix en navigation privée, vous risquez de vous retrouver bloqué. La raison ? Le site dispose d'une offre payante avec cinq articles offerts mais veut éviter les fuites, quitte à utiliser les grands moyens.

Certains lecteurs nous ont alertés que le site internet de La Croix leur bloquait désormais l'accès aux contenus du journal s'ils utilisaient la navigation privée. Selon nos constatations, cela est effectivement le cas, mais pas de manière systématique. En effet, Chrome et Firefox sont touchés, mais ce n'est par exemple pas le cas de Microsoft Edge.

La recherche d'un paywall poreux, mais pas trop

Dans une FAQ, on trouve l'explication d'une telle position, le journal évoquant son passage au payant via un « metered paywall » (ou paywall poreux) laissant un accès gratuit pour cinq articles par mois :

« En février 2015, une nouvelle catégorisation des articles du site web La Croix a été mise en place. Dans l’objectif d’assurer la pérennité du journal, l’ensemble des articles du site sont désormais payants. Toutefois, pour vous faire découvrir le meilleur de La Croix, autrefois uniquement réservé aux abonnés, nous vous offrons gratuitement la lecture de 5 articles de votre choix tous les mois.

Vous pouvez consulter ces articles autant de fois que vous le désirez pendant le mois. Pour consulter davantage d’articles que les 5 articles offerts par mois glissant, vous devez souscrire à l’une des offres d’abonnement. »

Ce genre de paywall, qui vise à ne pas se couper du lecteur occasionnel (et des partages sur les réseaux sociaux) tout en incitant l'habitué à payer, est en général mis en place de manière assez simple : un compteur est placé dans les cookies et/ou dans le localStorage du navigateur, permettant de savoir combien d'articles ont déjà été lus ou non.

En passant en navigation privée, il est possible de passer outre le dispositif. C'est sans doute ce que cherche à éviter l'équipe de La Croix, bien qu'il soit toujours possible de contourner ce système en nettoyant manuellement les informations stockées par le navigateur, en passant par la version AMP d'un article ou encore en interdisant JavaScript (le blocage étant opéré côté client).

Le tracking, sinon rien

Ainsi, l'interdiction de la navigation privée semble être une méthode un peu forte, surtout à l'heure où le « privacy by design » est de plus en plus plébiscité. Pour rappel, cette option a été pensée au départ pour éviter de garder la liste des sites visités dans l'historique du navigateur, ce qui peut éviter certaines formes de « surveillance » de nos lectures.

L'absence de « mémoire » sur les cookies ou le stockage local permet aussi de contourner en partie la surveillance organisée par les publicitaires et autres géants du Net à travers les sites (sans pour autant bloquer la publicité), malgré la réglementation en vigueur.

D'ailleurs, rien qu'en nous rendant sur une page de La Croix, ce sont entre 60 et 80 cookies (majoritairement pour la publicité et le tracking) qui sont déposés sur notre machine dès la première visite, avant la moindre action.

La Croix Tracking

S'il est légitime pour un éditeur de vouloir protéger son offre d'abonnement, on regrette de constater que la mise en place de restrictions techniques vient bien plus vite que l'évolution des pratiques. Un constat identique avait pu être fait lors des campagnes visant à interdire l'accès aux internautes utilisant un bloqueur de publicité, alors que celle-ci est aussi une réponse à une dérive du système publicitaire.

Un élément qu'à bien compris l'IAB, mais qui a plus de mal à imprimer dans les différentes strates de la chaîne publicitaire. Cela avait d'ailleurs mené la CNIL à commencer à étendre le spectre de ses enquêtes l'été dernier. Notez au passage que l'offre d'abonnement de La Croix ne propose pas la réduction ou l'absence des publicités/trackers.

Éditeurs VS lecteurs : la guerre continue

Reste maintenant à voir si la position du journal sur la navigation privée est définitive, ou s'il optera pour une solution différente à l'avenir afin de mettre en valeur son offre d'abonnement. Si ce choix est confirmé, il pourrait inspirer d'autres éditeurs, qui franchiraient alors une étape supplémentaire dans leur « fermeture ». 

De quoi intensifier la « guerre » entre médias et lecteurs, ces derniers disposant déjà d'un arsenal assez fourni à travers les extensions de leurs navigateurs. Une dynamique qui semble malheureusement avoir bien plus de succès que la recherche d'une réconciliation sur la base de modèles économiques plus profitables à tous. 


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