Galaxy S7 Edge bleu corail : Samsung « habille » la presse, la SJPL (Libération) monte au créneau

Heureusement, il n'est pas vert fluo 68
En bref
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Crédits : SFR Presse
Smartphones
David Legrand

Ce matin, plusieurs journaux ont revu leur maquette afin de coller à la couleur du nouveau Galaxy S7 Edge de Samsung. Une campagne publicitaire qui n'était pas du goût de tout le monde, notamment chez Libération.

Samsung annonce aujourd'hui la mise sur le marché de la version bleu corail de son Galaxy S7 Edge. Une annonce qui ne va pas mobiliser les rédactions outre mesure, mais qu'importe : c'est justement à cela que sert la publicité.

Une partie de la presse en bleu ce matin

Ainsi, une campagne a été mise en place avec une couverture assez large afin de faire connaître la nouvelle. Outre des espaces classiques sur les sites ou les réseaux sociaux, c'est la presse grand public qui a été sélectionnée pour promouvoir ce nouveau modèle. Et ce, de manière assez inhabituelle. 

Ainsi, en découvrant Les Échos, du Le Figaro, Libération ou Le Parisien / Aujourd'hui en France ce matin, les lecteurs ont eu la surprise de voir une maquette à base de... bleu corail (enfin plus ou moins selon les cas). La mise en œuvre diffère selon les titres, Les Échos ayant opté pour un simple logo Samsung sur la Une de sa version numérique en complément de l'encart contenant le message « Aujourd'hui, Samsung habille XXX en bleu corail » que l'on retrouve chez presque tous les confrères.

Le Parisien / Aujourd'hui en France n'a pas affiché de visuel du smartphone mais plutôt opté pour un large bandeau. Seul Libération s'est fendu d'un message plus détaillé à ses lecteurs en Une, en complément du pavé contenant le message « Et si une couleur pouvait tout changer ? » : « Aujourd'hui, Libération se lit sur fond bleu. Aucune prise de position politique subreptice dans ce choix de couleur. Une simple opération publicitaire, pour les mobiles Samsung cette fois-ci, comme les journaux en font de temps en temps... »

Samsung Libération Bleu corail

Un communiqué interne diffusé chez Libération

Un message assez neutre, mais qui ne semble pas totalement dénué de malaise. Et pour cause, selon nos informations, la Société des Journalistes et des Personnels de Libération (SJPL) a diffusé un message en interne pour revenir sur cette opération, qui a été évoquée par la rédaction dans la matinée.

Elle y regrette notamment que la direction de la rédaction du journal et la régie publicitaire aient décidé de ne pas tenir compte de son avis (négatif) sur la mise en place de cette campagne, exprimé il y a plusieurs semaines. Elle évoque aussi le mélange des genres entre information et publicité, une problématique croissante dans le domaine de la presse ces dernières années.

Ici, elle veut donc sans doute surtout marquer le coup, et officialiser sa désapprobation, sans en arriver à une grève des tweets comme avait pu organiser la rédaction des Échos en 2015.

« Bonjour,

Comme vous l'avez sans doute déjà remarqué, toutes les pages de l'édition du journal daté de ce lundi 20 février ont été colorisées en bleu dans le cadre d'une opération publicitaire pour Samsung.

La Société des Journalistes et des Personnels de Libération (SJPL) déplore cette opération, qui abîme profondément, à notre avis, l'image du journal. L'immixtion de la publicité dans l'espace dévolu à l'éditorial est regrettable. Et l'effet produit – Samsung se "paye" Libé – désastreux. Pour le prix d'une campagne publicitaire de ce type, combien de lecteurs Libération perd-il sur le long terme ?

Ce genre d'opération nous semble difficilement compatible avec l'exigence d'indépendance (la frontière nette entre la publicité et le rédactionnel en est l'un des premiers critères) que doit avoir le journal dans une époque où la presse est régulièrement prise pour cible.

Nous avons fait part de notre désapprobation vis-à-vis de cette opération à la direction de la rédaction et à la régie publicitaire il y a plusieurs semaines. Ils ont choisi de passer outre. Nous regrettons cette décision.

Les élus de la SJPL »

La presse aux couleurs d'un annonceur, une pratique pas si nouvelle

Pour rappel, un tel dispositif de « colorisation » des journaux n'est pas totalement nouveau. Outre les habillages qui sont monnaie courante dans la presse en ligne, La Poste avait organisé une campagne du même type que celle de Samsung en 2015 afin de promouvoir une évolution du service Colissimo. Une soixantaine de médias régionaux et nationaux (dont Libération) avaient ainsi adapté leur maquette en jaune afin de marquer le coup. 

Libération s'était d'ailleurs déjà habillé d'un logo bleu pour une campagne signée Air Liberté en octobre 1998. Reste que la multiplication des « opérations spéciales » et l'image qu'elles donnent de la presse vis-à-vis de sa dépendance aux annonceurs n'est sans doute pas pour rassurer des lecteurs qui ont peu confiance dans les médias, notamment en France.

Pour rappel, la loi n° 2016-1524 du 14 novembre 2016 visant à renforcer la liberté, l'indépendance et le pluralisme des médias dispose qu'à partir du 1er juillet 2017, « les entreprises ou sociétés éditrices de presse ou audiovisuelles dépourvues de charte déontologique engagent des négociations. [...] Cette charte est rédigée conjointement par la direction et les représentants des journalistes ».

Peut-être que la généralisation de ces chartes sera l'occasion de renforcer ou d'évoquer de manière plus transparente la question des pratiques publicitaires des différents titres de presse, et la manière dont ils assurent l'indépendance de leur rédaction vis-à-vis des annonceurs. Et ce, tant au niveau de l'organisation que des moyens mis la disposition des journalistes.

Une période délicate pour Samsung, alors que le MWC approche

Hasard du calendrier, l'annonce du jour prend place juste après que l'on ait appris que le vice-président de Samsung, accusé de corruption en Corée du sud, avait été arrêté. Elle suit aussi de très près la campagne qui avait été mise en place à travers une vidéo évoquant les nouvelles procédures de validation des batteries, en raison des problèmes rencontrés par le Galaxy Note 7. 

Elle intervient surtout une semaine avant l'ouverture du Mobile World Congress (MWC) de Barcelone où le géant coréen devrait faire plusieurs annonces à l'occasion d'une conférence de presse (sans que l'on sache si des journalistes seront, ou non, à nouveau invités par la marque).


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