La ministre de la Famille veut couper aux mineurs l’accès aux sites pornos

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Crédits : Pseudopixels/iStock/Thikstock
Loi
Marc Rees

Sur le Padreblog, un site dédié à l’univers catholique, Laurence Rossignol a développé une longue critique contre l’industrie du X. La ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des Femmes estime par ailleurs nécessaire de bloquer l’accès des jeunes aux sites pornos. 

« La pornographie est une violence faite aux femmes, c’est une autre forme d’exploitation sexuelle pour celles qui jouent dans ces films ». Voilà comment Laurence Rossignol a introduit sa critique de l’industrie du sexe, l'accusant d'être « de plus en plus dégradante ».

Sur le plateau du Padreblog, la représentante du gouvernement dénonce un autre problème : « l’accès facile à la pornographie », considérée comme « une violence faite aux enfants ». Elle estime ainsi anormal « qu’un enfant jeune, 11 ans 12 ans, ait accès à des images pornographiques violentes qui vont lui donner des rapports hommes femmes et de la sexualité qui n’a rien à voir avec ce que l’on souhaite pour lui pour être un adulte heureux. »

La liberté d’expression, le porno et le contrôle parental

Quelles solutions ? « On travaille beaucoup là-dessus » assure Laurence Rossignol avant de dénoncer le rempart de la liberté d’expression : « On se heurte, c’est assez amusant d’ailleurs, à la liberté de création, à la liberté d’expression sur le net », qui viendraient « défendre la pornographie ». 

Bref, pour endiguer cette hémorragie, elle milite pour « refaire avec les parents la campagne de prévention sur les systèmes parentaux de verrouillage et les contrôles parentaux. Mais j’en connais la limite parce que maintenant les gamins ont des smartphones et n’ont pas besoin de contrôle parental ».

D'autres pistes existent, plus nerveuses : par exemple, « contraindre et fermer l’accès à des sites internet à des gamins ». Cependant « ces sites ne sont pas en France, c’est ça notre problème » reconnait-elle, avant d'esquisser le début d’un parallèle avec la Chine à sa vigoureuse politique de blocage d’accès. « Ce qu’on ne sait pas faire (…), c’est fermer l’accès à ces sites pour les enfants tout en les laissant accessibles pour les adultes ».

Contrôle d’accès par CB ou blocage d’accès

Reste une dernière alternative : un contrôle d’accès par numéro de carte bancaire. « J’y suis pour ma part favorable » tambourine-t-elle. Et « quand le site n’est pas dans la réglementation française ou même dans la volonté commune de faire », rien de plus simple : « Il faut couper l’accès ». 

Assurant qu’aujourd’hui, « on n’est plus dans les images que connaissaient nos grands-parents », elle termine ses propos par cette synthèse : « Il faut lutter contre l’industrie pornographique, ce qu’elle suppose d’avilissement pour celles et ceux qui y travaillent. Et il faut lutter contre l’accès des jeunes, des mineurs, à l’image pornographique qui est avilissante pour l’amour, l’égalité femme homme et la représentation qu’on a de ce qu’est la sexualité ».

La solution du contrôle d’accès par carte bancaire n'est pas une nouveauté. Elle avait été suggérée par exemple par un professeur de médecine en septembre 2012. « Aujourd’hui, exposait alors Israël Nisand, les jeunes surfent facilement sur les sites pornographiques sans débourser un seul centime. Les parents pensent parfois que le contrôle Internet suffit, mais les adolescents peuvent aller sur l’ordinateur d’un copain ou y avoir accès sur un smartphone ».

Laurence Rossignol et la pornographie sur Padreblog, à partir de 13'52

Le porno dans l’histoire parlementaire récente

Le thème plus général de l'accès des mineurs à la pornographie a inspiré lui aussi de nombreux parlementaires. En 2011 le député Christian Vanneste (LR) avait déposé une proposition de loi visant à lutter contre la pornographie. Inspiré d’un précédent britannique, l’élu LR plaidait pour un blocage administratif par défaut de l’ensemble des sites pornos listés par une autorité. Les FAI auraient cependant permis « l’accès à ces services uniquement à ceux de leurs abonnés qui en font expressément la demande ». La proposition est restée depuis lettre morte.

Plus récemment, le député Jacques Bompard (non inscrit) a proposé un blocage administratif plus radical encore. Il habiliterait le ministre de l’Intérieur « à interdire la diffusion de revues à caractère pornographique quel qu’en soit le public, et à fermer l’accès aux sites internet pornographiques, à faire poursuivre les hébergeurs et diffuseurs de tels sites ou revues ». Là encore, un texte resté dans les cartons.

En mars 2015, le gouvernement avait longuement expliqué au député Stéphane Demilly (UDI), inquiet de la pornographie en accès libre, l’efficacité des solutions de contrôle parental. L’exécutif misait encore sur l’utilité des « actions de sensibilisation des parents, mais aussi des jeunes (…) menées dans le cadre du Safer Internet de la commission européenne ».

En septembre 2015, rebelote. Cette fois, Jean-Jacques Candelier (GDR) lorgnait avec insistance pour l'instauration d'un code d’accès aux sites pornos... ou un blocage par défaut. Le ministère de la Famille lui avait répondu que « le blocage systématique des sites pour adultes n'est (…) pas envisagé par le Gouvernement qui privilégie des mesures plus efficaces comme la bonne utilisation des logiciels de contrôle parental, mais aussi des actions de prévention, d'éducation à la sexualité, de respect de l'égalité femmes/hommes et de déconstruction des stéréotypes véhiculés par de très nombreux sites internet ».

Juridiquement, ce blocage mondial d’une cohorte de sites pornos ne tient pas bien la route et serait probablement jugé disproportionné puisque bien d’autres solutions existent, pas nécessairement juridiques. Dernier détail, la secrétaire d’alors, qui n’avait donc envisagé d'autre système, était une certaine Laurence Rossignol.


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