Christian Vanneste veut bloquer par défaut tous les sites pornos

Le sexe dans tous ses ébats 515
Marc Rees
Christian Vanneste n'aura finalement trouvé que 12 autres députés pour défendre sa vigoureuse proposition de loi. Celle-ci, présentée sur son site début juillet, vient d'être officiellement publiée sur celui de l'Assemblée nationale. Son objet ? Lutter contre la pornographie en ligne, celle qui vient se déverser dans nos chaumières pour y pervertir ses occupants.

porno sexe Threesome cc Michael Stoop
Threesome CC-by-2.0 Mycael

Décortiquons "l'exposé des motifs" du texte, qui explique combien le vote de cette loi serait nécessaire. Voilà Internet décrit par le député UMP.
"Contrairement au monde réel, l’accès aux informations ne nécessite pas de démarches personnelles concrètes, longues, progressives et réfléchies. Tout s’y passe dans l’immédiat, dans la facilité, dans l’exhibition

"La publicité y advient de manière intempestive à l’image de toute autre forme de promotion. C’est alors que toute tentation est aussi immédiatement accessible et ses perversités se font plus rapidement sentir. C’est le cas des tentations sexuelles auxquelles répond le marché de la pornographie".
On devine alors sans mal la spirale infernale, qui va enduire ces lieux de souillure et de luxure, là où ne devrait régner que moralité et droiture :
La pornographie, sans limite, envahit les foyers par le moyen d’internet et s’insère de manière pernicieuse dans la vie de nombreux jeunes. La majeure partie ne cherche pas à y avoir accès a priori, mais se trouve face à des images et des vidéos qui ne correspondent pas à leur recherche. Ces images sont courantes, et donc banales. Elles poussent à démystifier ce type d’information pour en faire des biens de consommation innocents et souvent socialement acceptés, voire socialement valorisés.
La folie turgescente s'abat ensuite sur ce pauvre foyer :
Rapidement la pornographie devient une consultation régulière pour une personne qui en avait entendu parler et qui va à son tour banaliser cet acte vis-à-vis de ses proches. Ce phénomène, connu ainsi que ses travers moraux, sont dénoncés par certains partis politiques.
Le pire arrive car des jeunes sont noyés dans cet univers lubrique :
La pornographie, si elle s’étend de manière silencieuse, s’introduit surtout de manière massive dans la société, affectant toutes les classes d’âges. Ce qui est alarmant, c’est qu’elle en vient à toucher non plus seulement de jeunes adolescents, mais aussi des enfants. Ces derniers savent déjà se servir d’internet et des réseaux sociaux alors même qu’ils apprennent à écrire. Et leur cerveau comme leur esprit critique se construit à partir de ce qui est virtuel et pas nécessairement destiné à tous.
C’est un peu comme si toute la réalité du monde, à travers toutes ses dimensions, était exposée aux enfants sans étape préalable, sans ordre, sans explication, sans morale quelconque. Les enfants vont se trouver confrontés à un ensemble d’informations destinées en grande majorité à un public adulte.
Le glissement vers l'enfer rose se poursuit, s'accélère, se raidit :
Se construisant à partir de la consultation de la pornographie, ils ne pourront que difficilement se confronter sainement aux différentes étapes de la vie : celle de devenir responsable vis-à-vis des autres, de fonder une famille, de manifester un équilibre et une stabilité nécessaires pour exercer une profession.
Car attention ! Selon le député, 80% des ados ont déjà maté du porno.
Le problème est ainsi psychologique mais aussi d’ordre médical. Il s’érige en véritable question de société lorsqu’on se fie aux chiffres relatant l’importance prise par les sites pornographiques sur internet. On estime qu’aujourd’hui 80 % des adolescents ont déjà visionné des films pornographiques dont un enfant de dix ans sur trois. De manière globale, le mot clef le plus tapé dans les moteurs de recherche est « sexe ».
Un chiffre qui vient d'où ? Simple : le député l'a récupéré dans une émission de TF1 « Le sexe dans tous ses états » du 18 février 2010, comme il l'indique dans ses commentaires. Puisqu'on évoque la situation des ados, autant rebondir sans nuance ("or") sur celle des pré-ados voire des plus jeunes encore :
Or, un enfant de 6 à 7 ans (comme on en rapporte beaucoup de cas) qui visionne une scène pornographique pouvant inclure des pratiques sadomasochistes, manifeste des troubles similaires à ceux qui adviendraient s’il avait subi un abus sexuel (perte du sentiment d’exister – de l’estime de soi – ambivalence – mort intérieure).
Et devinez ce qu’il advient de cette population ? Elle devient dépendante sexuelle, droguée comme l'est le mordu de LSD, crack et autre cannabis. Et pas qu'un peu :
Ces armées d'enfants se noyant dans des contenus pornographiques La personne est ainsi déstabilisée dès son plus jeune âge et on assiste à l’émergence d’une nouvelle frange de population : celle des dépendants sexuels. En effet, à l’image de toute drogue, la personne en vient à demander toujours plus au niveau sensationnel au fur et à mesure qu’elle en revient à la vision de ces sites année après année.
Les conséquences ne sont pas que sociales. Elles sont aussi médicales, car quand une personne regarde du porno, elle sécrète.
Les images pornographiques provoquent la sécrétion de plusieurs types d’hormones. Elles peuvent être considérées comme la cause d’une véritable pathologie qui mène à des désordres et des dysfonctionnements graves : à la suite des familles se brisent, des emplois sont perdus, des ménages s’appauvrissent et la délinquance sexuelle augmente.
Les effets de cette drogue sont alors dramatiques :
Cette dépendance engendre aussi chez la personne honte et culpabilité jusqu’à détruire la vie intérieure de ceux qui en deviennent prisonniers.
Un exemple ?
Les jeunes adolescents vont considérer alors les filles comme exclusivement des objets sexuels auprès desquelles la pornographie leur suggère d’exploiter leurs fantasmes. Les agressions sexuelles entre mineurs sont en très grande augmentation (cf. l’affaire de viol collectif d’une jeune fille à la gare de Lyon-Part-Dieu en mai 2011, devant des centaines de personnes de passage).
Pire encore :
D'après une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) menée par Marie Choquet en 2004, la propension des filles à faire des tentatives de suicide est multipliée par deux lorsqu’elles regardent assidûment des images X.
Blocage par défaut

Le député veut ainsi casser cette folie addictive pour répondre à « l’appel à l’aide de nombreux jeunes ayant 15 années de porno-dépendance derrière eux et qui manifestent à présent des signes importants de dépression ».

Le député UMP veut donc colmater ce fléau en s’inspirant d’une idée défendue par la députée britannique Claire Perry, laquelle milite pour le blocage, en partant du principe que les parents ne savent maitriser le contrôle parental..

Concrètement, il souhaite que « tout contrat pour une connexion à internet ne pourrait admettre ces sites [pornographiques, ndlr] qu’après une demande explicite du contractant. Cette demande figurerait donc comme l’une des clauses de ce contrat. »

L'abonné devra contacter son FAI pour débloquer chaque site porno

Juridiquement, le député propose donc d’amender la LCEN, dans sa version modifiée par la LOPPSI 2, en confiant à l’autorité en charge de la protection de la jeunesse un pouvoir de notification des URL. Il reviendrait alors à chaque abonné de demander expressément à son FAI le déblocage de tel site pour pouvoir y accéder. En clair, Mme Michu devrait écrire à Orange pour accéder à son site cochon fétiche.

La proposition de loi n’a aucune chance d’aboutir compte tenu du droit au respect de la vie privée, ou du principe de la liberté de communication et de la liberté d’information. Deux libertés qui ne sont pas que rarement compatibles avec ces dispositifs de blocage. Par ailleurs, le Conseil constitutionnel avait expliqué qu’hormis la pédopornographie, il refuserait que le blocage administratif soit possible en France. Par extension, le blocage par défaut de milliers et milliers de sites devrait subir le même sort…