Le numéro un de l’ANSSI défavorable au vote électronique

L'amour à la machine 30
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Crédits : Assemblée nationale
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le mercredi 18 janvier 2017 à 16:54
Xavier Berne

Guillaume Poupard, le directeur général de la très sérieuse Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) a déclaré ce matin à l’Assemblée nationale qu’il n’était « pas en faveur du vote électronique ». S'appuyant sur ses propos, un député a décidé de demander au gouvernement d’interdire les machines à voter pour les prochaines élections.

Si François Fillon a promis de généraliser le vote électronique, rappelons que son usage est aujourd’hui assez limité. S’agissant du vote par Internet, il est uniquement proposé aux Français de l’étranger (sur la base du volontariat), et pour quelques scrutins seulement. En 2017, cette faculté leur sera ainsi offerte pour les législatives, mais pas pour la présidentielle. Quant aux machines à voter, officiellement autorisées depuis la fin des années 60, seules quelques communes continuent de les utiliser, suite à l’adoption d’un moratoire, courant 2007.

Poupard favorable à une extension du moratoire sur les machines à voter

Interrogé lors d’une audition par le député socialiste Sébastien Pietrasanta, Guillaume Poupard a eu du mal à cacher sa réticence face à ces dispositifs. Le numéro un de l’ANSSI s’est tout d’abord dit « très en faveur » d’une « extension » du moratoire concernant les machines à voter. Sachant qu’aucune nouvelle commune ne peut aujourd’hui rejoindre la cinquantaine de villes qui font encore de la résistance, on imagine que cette nouvelle étape se traduirait par un abandon de ces appareils électroniques.

« Ces machines ont le défaut d'être assez différentes les unes des autres, elles sont difficiles à aller évaluer une par une... Il faut peut-être même simplement se reposer la question de l'intérêt de ces machines, mais là c'est un avis un peu personnel », a déclaré ce spécialiste de la cryptographie.

Les bulletins traditionnels jugés plus rassurants que le vote par Internet

Même son de cloche au sujet du vote par Internet : « En toute franchise, je ne suis pas en faveur du vote électronique, parce qu'aujourd'hui quand on met en regard les capacités de sécurisation que l'on a – même en faisant beaucoup d'efforts, même avec des gens très sérieux  et le niveau des attaquants potentiels (...), on a du mal à totalement rassurer. »

Tout en affirmant que les cybermenaces ne devaient pas être « tétanisantes », Guillaume Poupard a plaidé en faveur du système traditionnel. « De fait, ce processus encore très concret, avec des bulletins, des enveloppes... Ça, c'est de nature à me rassurer. »

Le directeur général de l’ANSSI, qui figure d’ailleurs dans le « bureau du vote électronique pour les élections des Français établis hors de France », a rapidement été entendu par Sébastien Pietrasanta. Dans un tweet, l’élu a « solennellement » demandé au ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, « d’interdire les machines à voter » pour les prochaines élections.

Sur ce dossier, le bilan de la majorité suscite cependant des critiques régulières, le PS ayant pris position en 2007 pour un abandon des machines à voter, avant de renoncer à les interdire coup sur coup sous le mandat de François Hollande (voir par exemple cet exemple, ou celui-là).


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