Courrier et colis : l’Arcep dresse un bilan du secteur suite à la crise sanitaire

Le colis rit, la lettre pleure
Economie 9 min
Courrier et colis : l’Arcep dresse un bilan du secteur suite à la crise sanitaire
Crédits : Susan Chiang/iStock

L’Arcep n'est pas que le régulateur des télécoms. Elle a également chargée « des postes et de la distribution de la presse », notamment pour les questions tarifaires. Elle vient de publier son observatoire et, sans surprise, la tendance générale est à la baisse, sauf sur la livraison de colis. Avec quelques surprises.

L’année 2020 a été marquée par de profonds (et très probablement durables) changements dans nos habitudes. La Covid-19 a entrainé des confinements plus ou moins stricts de la population un peu partout dans le monde ces 18 derniers mois. Les usages sur le fixe et le mobile ont explosé, il en est de même dans la distribution des colis.

9,5 milliards de lettres, colis et presse, en forte baisse…

Une tendance qui suit la montée en puissance des commandes en ligne pendant les différentes phases de confinement. La question pour l'Arcep était de savoir dans quelle mesure exactement, avec quel impact concret, mais aussi ce qu’il en est des autres secteurs de la distribution du courrier (lettres, presse, etc.).

Dans la synthèse de son observatoire, le régulateur dresse les grandes lignes : « En 2020, les services postaux représentent 9,5 milliards d’objets adressés en France et à l’étranger (plis, colis, presse par circuit postal) ». Il y avait pour rappel 11,2 milliards d’envois en 2019 et plus de 12,6 milliards en 2016.

Depuis 12 ans, le marché des envois de correspondance – c’est-à-dire les lettres, mais pas les colis et la presse – se contracte en France. 2020 ne déroge pas à la règle, avec une accentuation du phénomène :

« Après un recul modéré entre 2008 et 2012 (-3 à -4 % par an) et une contraction plus soutenue entre 2013 et 2019 (-6,5 % par an en moyenne), le volume de plis distribués en France (7 milliards en 2020) enregistre une chute sans précédent, de près de -20 % en un an, soit un nombre d’objets inférieur de 1,7 milliard par rapport à l’année 2019 ».

…mais des revenus quasiment stables

Malgré une chute importante des objets adressés, les revenus sont quasiment stables : 14,963 milliards d‘euros HT en 2020, contre 14,8 à 15,1 milliards entre 2016 et 2019. La baisse des revenus liés aux envois de lettres de 14,6 % est en effet contrebalancé par la hausse de 13,1 % des revenus liés aux expéditions de colis. 

Arcep Observatoire postal 2021 Objets distribuésArcep Observatoire postal 2021 Objets distribués

Ces derniers représentent 1,4 milliard d’objets envoyés rien que l’année dernière, la distribution de la presse 822 millions et les 300 millions restants sont les exportations (on arrive ainsi bien à 9,5 milliards environ). Notez que les publicités non adressées sont au nombre de 12,3 milliards, mais comptabilisées à part. Nous y reviendrons.

L’Arcep rentre dans le détail des envois en fonction du niveau « d’urgence » : la grosse majorité des expéditions de plis (4,887 milliards sur près de 7 milliards, en baisse de 17,7 %) se fait en mode « trafic non urgent », c’est-à-dire remis à J+3 ou plus. Le trafic rapide représente 1,5 milliard de plis (-18 %). Enfin les envois urgents en J+1 sont ceux qui baissent le plus (-39,7 %), mais aussi ceux avec le plus faible volume avec 500 millions.

Cela représente tout de même plus de 1,3 million de plis en J+1 par jour en moyenne.

La publicité adressée et les correspondances chutent

Le régulateur s’attarde ensuite sur la publicité adressée, aussi appelée publipostage ou marketing direct. En 2020, elle est en chute libre (-20,3 %) pour arriver à « 1,9 milliard d’envois, soit un peu moins de 30 % du volume total des envois de correspondance. Ce type de courrier diminue pour la quatorzième année consécutive et à un rythme compris entre -7 et -9 % entre 2017 et 2019 ». La crise sanitaire a là aussi accéléré les choses. 

Le nombre des autres envois (plis hors publicité adressée) diminue également d’année en année, avec des irrégularités. En effet, les années 2017 et 2019 correspondent à des baisses bien moins importantes que les autres années, car il y a eu la distribution de courrier électoral : présidentielles et législatives en 2017, européennes en 2019 ». En 2020 aussi il y a eu des élections municipales, mais elles n’ont pas permis de limiter la chute.

Arcep Observatoire postal 2021 CorrespondanceArcep Observatoire postal 2021 Correspondance

Des colis toujours plus nombreux

Les colis – ils étaient 1,389 milliard en 2020 – affichent deux courants contraires : « D’un côté, la crise sanitaire a fortement intensifié le recours au e-commerce : d’après la dernière édition du Baromètre du numérique, en 2020, 76 % des personnes interrogées déclarent avoir réalisé au moins un achat de biens sur internet au cours des 12 derniers mois (+ 12 points en un an), dont 48 % au moins une fois par mois (+ 13 points un an) ».

Mais « de l’autre côté, l’envoi de colis entre entreprises (segment BtoB) a pu impacter partiellement à la baisse le marché du colis, avec la suspension ou la limitation de l’activité de certaines entreprises ». Il n'en reste pas moins que le différentiel est largement positif : « Au total, le volume de colis domestiques (en provenance et distribués en France) dépasse le milliard en 2020, soit une croissance de +16,3 %, deux fois supérieure à celle de 2019 ». 

Arcep Observatoire postal 2021 ColisArcep Observatoire postal 2021 Colis

Cela ne surprendra pas grand monde, mais « l’import de colis connait une hausse plus contenue (+3,4 % en un an en 2020) que celle des colis domestiques en raison des restrictions de flux à l’import, notamment lors du premier confinement ». En 2020, il y a eu 367 millions de colis importés.

L'Arcep rappelle que les années précédentes, les petits paquets, « notamment en provenance d’Asie » avaient largement contribué à l’augmentation du nombre de colis distribués en France en provenance de l’étranger. L'observatoire de l'année prochaine sera intéressant à analyser pour voir si le régulateur identifie des changements suite aux nouvelles règles mises en place par l'Union européenne concernant la TVA.

Certains – notamment les dropshippers – profitaient en effet de « dispositifs obsolètes pour échapper au paiement de la TVA ». Auraient-ils trouvé de nouvelles parades ou se seraient-ils pliés aux règles ?

L’Union européenne en tête de l’import-export 

Le régulateur se penche au passage sur l'activité internationale du secteur : « Le nombre d’objets envoyés ou en provenance des pays étrangers (import et export) s’élève à 840 millions d’objets en 2020, en baisse de -7,8 % en un an ». Il ajoute que « la majorité du trafic postal international est à destination ou provient de l’Union européenne ».

La part de l'Europe était en baisse année après année au profit d'importations chinoises et asiatiques, mais la crise sanitaire et la fermeture des frontières a rebattu les cartes (temporairement ?). En effet, cette tendance baissière « ne se confirme pas en 2020, en raison de la baisse des échanges hors Union européenne liés à la pandémie ».

Arcep Observatoire postal 2021 Import Export

Tous types d’envois confondus (courrier, presse, colis), les exportations descendent ainsi à 298 millions « seulement » en 2020. « La contraction de ces flux s’accélère depuis trois ans (-9,7 % en 2020, contre -5,9 % en 2019 et -2 % en 2018). Ce recul accru provient majoritairement de la baisse plus intense des flux de correspondance hors publicité adressée (- 21,7 % en un an en 2020) », explique le régulateur. 

Concernant les importations, deux mouvements s'opposent : « le nombre d’objets importés en France diminue pour la deuxième année consécutive (-6,8% en 2020, après -0,4% en 2019) », tandis que « l’augmentation du nombre de colis importés (+3,4% en un an) ne compense pas cette baisse », d'autant en cette période de crise sanitaire.

La presse en baisse, le portage aux abonnés absents

En 2020, la distribution de la presse aux abonnés par circuit postal continue sa baisse, avec 7,4 % de moins (dans la lignée des années précédentes) pour arriver à 822 millions d'exemplaires.

Arcep Observatoire postal 2021 Presse

« Globalement, la distribution de presse aux abonnés est impactée, à l’instar de la vente au numéro, par la diffusion de la presse numérique », ajoute le régulateur. Les chiffres du « portage » ne sont pas communiqués, car les volumes « ne sont pas disponibles sur l'ensemble de l'année ».

Il s’agit pour rappel du deuxième canal de distribution, spécifique à ce secteur, en plus de celui de La Poste : « Certains éditeurs de presse ont créé leur propre réseau de distribution (sur liste d’abonnés). Les distributions gratuites de presse écrite sont exclues du champ de la publication », précise l’Arcep.

40 % de baisse sur la publicité non adressée

Continuons avec le marché de la publicité non adressée, c'est-à-dire « distribution des messages sans référence personnelle, sans adresse et sans nom ». Depuis quatre ans la tendance est faiblement baissière, mais elle s'est effondrée en 2020, là aussi « sous l’effet de la crise sanitaire ».

De plus de 20 milliards d'objets les années précédentes, on passe à un peu moins de 13 milliards, soit quasiment 40 % de moins. Les revenus suivent évidemment la même pente savonneuse. 

Arcep Observatoire postal 2021 InvestissementsArcep Observatoire postal 2021 Investissements

Enfin, l'Arcep propose un point sur les investissements : ils étaient de 720 millions d'euros en 2020, en baisse de 11,6 %. Ils se décomposent en deux parties : « La contraction des investissements (-95 millions d’euros en un an) est répercutée de manière équilibrée entre investissements corporels, avec une baisse de -11,8 % en un an (infrastructures, équipements, machines de tri, bâtiments, etc.) et investissements incorporels, avec une baisse de - 10,9 % en un an (brevets, licences, logiciels, etc.) ».

Même chose sur l'emploi : « Le nombre d’emplois des opérateurs autorisés et de colis s’élève, au 31 décembre 2020, à 208 000. L’année 2020 est marquée par un recul de 8 000 emplois contre -6 000 en 2019 et -1 000 en 2018 ». Sur le long terme, le différentiel est impressionnant : « Entre 2010 et 2018, l’effectif salarié des seuls opérateurs autorisés a diminué d’environ 30 000 ».

Le rapport complet du régulateur se trouve par ici.

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