L'histoire de Windows : l'attente fut longue avant Windows XP

25 ans déjà
Logiciel 12 min
L'histoire de Windows : l'attente fut longue avant Windows XP

Hier, Windows 95 fêtait ses 25 ans. Marquant le début d'une nouvelle ère, ce système d'exploitation a en effet changé le rapport du grand public à l'informatique, avec son fameux menu démarrer. Ce, dans une période où le PC entrait peu à peu dans tous les foyers.

Windows 95, apparu en août 1995, est pour beaucoup le début de l’aventure Windows. Pensé comme plus accessible, il présente des éléments que l’on retrouve toujours aujourd’hui : le menu Démarrer, la barre des tâches, le bureau et l’Explorateur de fichiers. Ce n’est pas encore tout à fait un système d’exploitation à part entière, MS-DOS 7.0 étant encore intégré, mais il peut quand même accéder directement au matériel.

Le DOS est cependant caché, Microsoft jouant sur les mots à cette époque pour suggérer que Windows s’en est débarrassé. C’est le premier système grand public de Microsoft à proposer les API (Application Programming Interface) Win32. Une partie du système est d’ailleurs réécrite en 32 bits, débutant ce que l’on appellera la série des « 9x », signalée par un code hybride 16/32 bits qui deviendra synonyme d’instabilité.

Le système est également connu pour ses évolutions dans les années suivantes (uniquement proposées aux OEM). En février 1996 paraît ainsi la mise à jour OSR1, modernisant la base de pilotes et apportant des correctifs. La suivante est davantage connue : OSR2, sortie en août de la même année.

Internet Explorer 3.0 est intégré et le support du FAT32 fait son apparition. La taille des partitions peut alors grimper jusqu’à 2 To, loin des 4 Go du FAT16. Deux autres mises à jour vont être proposées. OSR2.1 ajoute un premier support de l’USB, tandis qu’OSR2.5 ne fait qu’apporter Internet Explorer 4.

Notre dossier sur l'histoire de Windows :

Un mode de distribution bien loin des habitudes d’aujourd’hui, où tout se récupère sur Internet. Après tout, Windows Update et les boutiques d’applications n’existaient pas encore.

Windows 95 a pleinement consacré Microsoft dans son rôle d’acteur majeur de l’informatique, tant son succès a été important et rapide. La société ne revivra d’ailleurs pas un tel engouement avant des années. Petite anecdote amusante : le système disposait encore d’une édition sur disquettes (il sera le dernier). Il en fallait alors trente.

Il fut suivi de Bob qui préfigurait ce que deviendra Clippy plus tard dans Office. Cet assistant, destiné à faire découvrir les nouveautés du système, a été classé en 2010 par le Time Magazine parmi les cinquante pires inventions de tous les temps. Il est également connu pour avoir introduit la police Comic Sans MS, inventée pour lui.

Il sera très vite retiré de la circulation.

Windows NT 4.0

En parallèle de la version 95, Windows NT 4.0 est développé. Il sort l’année suivante (1996) et continue sur la lancée des deux précédents NT. On reste donc dans un environnement purement 32 bits, avec isolation des processus (réclamant également plus de mémoire vive). NT 4.0 reprend l’interface de Windows 95 et illustre une volonté de simplifier l’administration système (la route sera longue).

Mais outre un renouvellement graphique, le système inclut pour la première fois plusieurs évolutions que l’on retrouvera systématiquement par la suite. C’est le cas de la couche d’abstraction matérielle (HAL) qui permet au système de manipuler le matériel sans en connaître les spécificités. NT 4.0 en a deux : une pour les machines standards, l’autre pour les configurations multiprocesseurs. Le système permet aussi aux calculs graphiques d’accéder directement au noyau, menant à une hausse nette des performances.

NT 4.0 initie en outre les séries de Service Packs. Sans mises à jour régulières par Internet, ils témoignent d’une volonté d’apporter des correctifs et améliorations sur une base régulière. Le système en a eu six en tout, le premier apportant par exemple Internet Explorer 2, le troisième Internet Explorer 4 et le dernier des fonctions liées aux clés publiques et aux certificats de sécurité. Mais Windows NT 4.0 a surtout été connu pour sa version Server.

Plus simple que les moutures précédentes, elle est également plus complète et plus stable. La Workstation est plus confidentielle. Sans support de l’USB, du Plug & Play et de DirectX, elle se montre beaucoup moins souple d’utilisation. Plus chère, les entreprises lui ont souvent préféré Windows 95, avec lequel NT 4.0 Server est compatible.

Windows 98/SE

Quand Windows 98 sort en juin 1998, il se présente comme une évolution de 95, dont il reprend la nomenclature. Aucune nouveauté véritablement marquante, mais une longue liste d’ajouts améliorant le confort quotidien.

Sur un plan technique, rien de fracassant : on reste sur un socle MS-DOS. Cependant, le support de l’USB est largement amélioré (imprimantes et Mass Storage pris en charge), le FAT32 est utilisé par défaut, de nombreux nouveaux pilotes sont présents, basés pour la première fois sur WDM (Windows Driver Model).

L’ACPI 1.0 est supporté, autorisant la mise en veille et l’hibernation. La couche réseau est nettement modernisée, notamment via la gestion de SMB (Server Message Block), de WinSock 2.0, de l’IP multicast ou encore de NDIS 5.0, ce dernier rendant compatible le système avec de nombreuses architectures réseau.

Côté interface, Windows 98 fait un effort : miniatures d’images, personnalisation des dossiers, déplacement des fenêtres en affichant le contenu, minimisation d’une fenêtre en cliquant sur son bouton dans la barre des tâches, lissage des icônes, etc. Windows 98 a aussi marqué par un brusque virage de Microsoft vers Internet.

Cette fois, Internet Explorer est inclus dès la première version du système grand public, prémices de futures plaintes pour abus de position dominante. Windows se dote dans la foulée de l’Active Desktop, considérant le bureau comme une page Web (avec par exemple une exécution par simple clic), et d’outils tels qu’Outlook Express, Microsoft Chat ou FrontPage Express.

En mai 1999, Microsoft lance une Second Edition de Windows 98 (SE). Les améliorations sont générales et touchent WDM, l’USB, le remplacement d’IE4 par IE5, l’ajout de DirectMusic dans DirectX ou encore le support du Wake-On-LAN. Dans l’esprit des « geeks » ayant connu cette époque, Windows 98 reste comme le système ayant planté durant sa présentation. Bill Gates avait alors ri, expliquant qu’il ne s’agissait que d’une préversion. 

Windows 2000

L'édition 2000 Professional (NT 5.0, à ne pas confondre avec Millenium) est l’un des plus gros succès de l’éditeur. Sorti en février 2000, il reprend l’interface de Windows 98, en la modernisant légèrement. Il est resté pour une partie de ceux qui l’ont connu le « meilleur Windows » jamais sorti.

Il est bien plus souple que NT 4.0, grâce notamment à DirectX (7.0) et au Plug & Play, et en intégrant le gestionnaire de périphériques, ce que n’avait fait aucun NT jusque-là. Stable et rapide, il crée un vaste fossé avec Windows 98, dont il reprend en plus une bonne part des outils et services.

Là encore, l’interface reçoit moult petites améliorations, comme les notifications « ballons », les menus personnalisables dans Démarrer, l’autocomplétion pour la barre d’adresse de l’Explorateur, la prévisualisation de nombreux types de fichiers dans un panneau latéral, des colonnes redimensionnables dans la vue Détails ou encore un panneau de recherche. Mais Windows 2000 a marqué par une gestion du réseau étoffée.

La mouture Server a introduit Active Directory, un service d’annuaire exploitant DNS, LDAP et Kerberos. Serveur DNS, support d’IPSec et des Smart cards, Group Policy, fonctionnalités QoS ou encore COM+ font aussi leur entrée. Parmi les autres améliorations, citons NTFS 3.0 qui apporte les quotas de disque, la Microsoft Management Console (MMC), le System File Checker (SFC) pour vérifier l’intégrité des fichiers système, ainsi que les packs linguistiques MUI. L’ensemble a été entretenu ensuite par quatre Service Packs.

En dépit des qualités évidentes de Windows 2000, le monde de la sécurité a évolué à la même époque. Les menaces émanent désormais plus souvent d’Internet, à la recherche de configurations bien précises, particulièrement dans IIS (Internet Information Services). Windows 2000 active alors par défaut de nombreux composants, lui attirant des critiques. Ces problèmes de sécurité ne lâcheront plus Microsoft pendant des années.

Windows ME

C'est en septembre 2000 qu'est commercialisé Windows Millenium Edition, ou ME. Il n’est plus mentionné aujourd’hui sans provoquer des rires, tant le système était instable. Et pour cause : il a été développé à la va-vite pour attendre la réalisation du vieux projet Cairo, intégré dans le projet Whistler (qui deviendra Windows XP).

Manquant singulièrement de fiabilité, c'est le dernier système de Microsoft à être basé sur MS-DOS, tout en essayant de le cacher. Pourtant, il a introduit plusieurs nouveautés qui ont persisté, telle la restauration système, nettement renforcée par la suite. Internet Explorer 5.5 est présent, de même que Movie Maker et une nouvelle révision du Media Player. Reprenant l’interface plus claire de Windows 2000, il démarre aussi plus rapidement.

Windows 95Windows Me
Windows 95 face à Windows ME

D’autres améliorations vont être fournies, comme un défragmenteur plus véloce, une protection des fichiers système plus stricte ou le support des fichiers Zip. Millenium ajoute également plusieurs jeux, dont Freecell et la Dame de Pique. Mais la comparaison s’arrêtera là, tant le fossé technique séparant les deux systèmes est abyssal.

Récoltant des critiques assassines dès sa sortie, « ME » est rapidement la cible des quolibets, une partie des utilisateurs réinstallant Windows 98 SE en attendant des jours meilleurs.

Windows XP

La réponse arrivera moins d’un an plus tard, en octobre 2001, avec Windows XP. Une version qui a marqué une vraie rupture dans l’histoire du système. Pour la première fois, un noyau NT est utilisé pour le grand public, un projet que Microsoft avait dans ses bagages depuis des années.

Il n’est alors plus question de la branche 9x. Le produit est d’emblée remarqué pour son interface aux couleurs vives. Côté Apple, Mac OS X montre déjà toute l’étendue de son soin apporté aux détails visuels et Microsoft entend réagir. Du bleu, du vert, de l’orange, du rouge : Windows XP veut frapper fort et rénover le visage du système dans ce domaine. Au risque d’en faire trop, surtout pour ceux qui avaient apprécié la sobriété de Windows 2000.

Le nouveau thème, baptisé Luna – que certains ont surnommé « Playskool » – est cependant désactivable. Windows XP bascule alors sur l’interface de 2000, au grand plaisir de ceux qui avaient reproché au nouveau venu son gâchis d’espace visuel. Il apporte des améliorations notables, dont le support complet de l’hibernation (mise en veille prolongée), le Prefetch qui améliore le démarrage de Windows et des logiciels le plus souvent utilisés.

Mais aussi l’intégration des polices TrueType au moteur de rendu pour améliorer la lisibilité des textes sur écran LCD, DirectX 8.1, la possibilité de lancer un diaporama photo depuis un dossier, le changement rapide de session utilisateur, la compatibilité avec le FireWire 800 et de la plupart des modems, la prise en charge du double écran, la généralisation de la restauration système ou encore une protection plus efficace des fichiers essentiels.

Avec le noyau NT est en outre arrivée une stabilité inconnue de beaucoup dans le grand public. Cette fiabilité s’est accompagnée cependant de problèmes, notamment de compatibilité. Windows Update, alors fraîchement débarqué, ne permet pas encore de récupérer des pilotes.

D’autant que WDM est devenu obligatoire, forçant bien des constructeurs à les réécrire entièrement. La suppression de MS-DOS est aussi un souci pour ceux qui en ont encore besoin. En dépit de son statut de « messie », Windows XP n’est pas exempt de défauts et sera copieusement critiqué. Il est ainsi le premier Windows à réclamer une activation en ligne (ou par téléphone), inaugurant le programme WGA (Windows Genuine Advantage).

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Windows XP a également crispé les autorités américaines qui surveillaient depuis un moment l’intégration d’Internet Explorer. Le navigateur, présent en version 6.0 dans le nouveau système, vaudra à Microsoft une condamnation en 2002. Mais c’est surtout sur le plan de la sécurité que le système a essuyé l’essentiel des tirs.

Fournissant par défaut des droits administrateur à l’utilisateur, il est en mesure d’exécuter les nombreux malwares apparus à cette époque, comme le ver Sasser. Cette situation, particulièrement sérieuse, aura un impact sur l’arrivée du successeur de Windows XP, Vista. Microsoft, confronté à une crise, transférera une partie des ingénieurs sur le développement d’un Centre de sécurité comprenant notamment un pare-feu (voir ci-dessus).

Si le Service Pack 1 (septembre 2002) a apporté des améliorations générales et le panneau de gestion des applications par défaut, le SP2 (août 2004) a du coup été l’un des Packs les plus riches en fonctionnalités. Outre le Centre de sécurité, il va apporter la gestion du mode Bluetooth, ainsi qu’un nouveau composant permettant de stopper tout processus trop gourmand en processeur, ce qui est le cas de nombreux malwares à cette époque.

Contrairement aux NT précédents, Windows XP n’est pas accompagné tout de suite d’une édition Server. Il faudra attendre avril 2003 pour que Windows Server 2003 sorte avec de nombreuses améliorations pour Active Directory, l’arrivée de Shadow Copy pour les disques et de nouvelles fonctions d’administration.

Windows XP a eu droit à plusieurs éditions censées répondre à différents besoins. On se souvient notamment de Media Center, arrivée en 2005 et pensée pour les machines configurées comme centres multimédias. La Starter Edition était dévolue à quelques pays à budget moins élevé (Thaïlande, Turquie, Malaisie, Indonésie…).

Des éditions 64 bits sont apparues plus tard, pour les architectures x86_64 et IA-64 en entreprise uniquement, peu utilisées. Une Tablet PC Edition a même été proposée et constituera un premier essai – et un premier échec – dans le monde des tablettes. On se rappelle enfin de l’édition N, conséquence de la condamnation de Microsoft en Europe pour abus de position dominante. Elle supprime le Media Player (et d’autres fonctionnalités multimédias au passage). Si vous ne vous en souvenez pas, c’est qu’elle a été boudée par les constructeurs. Et pour cause : elle était vendue au même prix que l’édition classique.

Notez que Windows XP a été accompagné d’un support anormalement long : presque treize ans. Une situation inédite, liée en partie aux soucis de son successeur, Vista. Au-delà même de ce support record, il est arrivé plusieurs fois à Microsoft de publier des patchs spécifiques, notamment quand il a fallu lutter contre le malware Wannacry.

Enfin, il est le dernier Windows livré sur CD, les suivants utilisant tous des DVD.

Cet article a été publié dans le #1 du magazine papier de Next INpact distribué en janvier dernier. Il est rediffusé ici dans son intégralité. Il sera accessible à tous d'ici quelques semaines, comme l'ensemble de nos contenus.

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