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Quand l'Office de lutte contre la cybercriminalité exige le retrait d'un photomontage visant Macron

Chaleco Amarillo
Droit 4 min
Quand l'Office de lutte contre la cybercriminalité exige le retrait d'un photomontage visant Macron
Crédits : BrianAJackson/iStock/Thinkstock

L’office central de la lutte contre la criminalité informatique a réclamé le retrait sur Google+ d’un photomontage visant le président de la République à la place de Pinochet avec, derrière lui, Édouard Philippe, Premier ministre et Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Contacté, l'organisme s'est refusé à nous livrer la moindre explication. 

La photo initiale fut prise en 1973 par Chas Gerretsen, un photographe néerlandais de l’agence Gamma. « La posture, l’expression stricte et ferme du général Pinochet sur cette image sera réutilisée et largement détournée pour illustrer les excès de violence de sa dictature militaire » relate le site Phototrend, au fil de sa série Les dessous des images sur l’histoire de certains clichés emblématiques. Pour le cas présent, un contexte historique dramatique : « plus de 3 200 morts et disparus, plus de 38 000 torturés, des dizaines de milliers d’arrestations de dissidents ».

C’est cette photo qui a inspiré un internaute dans un détournement hébergé sur Google+. Et c’est exactement cette « caricature » qui a été ciblée par l’OCLCTIC, comme on peut le constater sur Lumen DataBase. Ce site répertorie l’ensemble des demandes de retraits, qu’elles proviennent d’ayants droit, de personnes physiques ou d’institutions gouvernementales, notamment. 

Chas Gerretsen Détournement Internet
À gauche, la photo de Chas Gerretsen, à droite son détournement visé par l'OCLCTIC

L'OCLCTIC se refuse à la moindre explication

Le post Google+ remonte au 14 décembre 2018, et la demande de retrait au 14 janvier 2019. Contacté, l’office s’est  cependant refusé à tout commentaire sur ses motivations, notamment s’agissant des bases légales de son retrait. Outrage au chef de l'État ? Atteinte au droit à l'image ? 

Faute d’explications, on ne sait pas davantage qui, en amont de l'office, est à l'origine de cette demande. De même, on comprend encore mal que cet organisme dédié à la lutte contre la cybercriminalité déploie ses compétences pour traquer une photo détournée, représentant son supérieur, le ministre de l’Intérieur, outre le Premier ministre et le président de la République. 

La célèbre photo a en tout cas inspiré un internaute cette fois sur Twitter, avec une version un peu différente, agrémentée du slogan « LA DICTATURE EN MARCHE ». Sauf erreur, ce fichier n’a pas fait l’objet d’une procédure similaire.

En haut de la pile, le terrorisme et la lutte contre la pédopornographie

Ce n’est en tout cas pas la première fois que l’OCLCTIC émet des demandes de retrait, comme on peut le voir dans cet inventaire sur Lumen. Cependant, les procédures concernent habituellement des faits de « provocation à des actes de terrorisme ou apologie de tels actes ».

Elle a par exemple sollicité la suppression d'un site WordPress au motif qu’il diffusait la vidéo de la décapitation de James Foley, en contravention avec l'article 227-24 du Code pénal.

Le terrorisme est d’ailleurs l’une des justifications principales selon nos constatations, avec la lutte contre la pédopornographie. Les messages adressés aux hébergeurs sont parfois accompagnés de voyants rouges, en lettres capitales : « *EMERGENCY - EMERGENCY - EMERGENCY - EMERGENCY - EMERGENCY - EMERGENCY - EMERGENCY* » 

En haut de la pile de ses compétences, on trouve justement la lutte contre le terrorisme et la pédopornographie. En témoigne, l’article 6-1 de la loi sur la confiance dans l’économie numérique, revu et corrigé en 2014, qui lui permet, sous le contrôle d’une autorité issue de la CNIL, d’adresser des demandes de suppression d’accès ou de déréférencement administratif de ces contenus, sans intervention préalable d’un juge. 

Dans les étages en dessous, se trouvent la contrefaçon de carte bancaire, le piratage informatique, outre les messages discriminatoires dénoncés par les internautes via la plateforme Pharos, mais pas nécessairement les atteintes au droit à l'image présidentielle ou gouvernementale.

Lumen Database, un listing d’URL dénoncé par les ayants droit

Les ayants droit ont de longue date critiqué le site Lumen DataBase, et son ancêtre Chillings Effects. En 2013, la Fox avait été jusqu'à réclamer le déréférencement d’une demande de déréférencement répertoriée par cette base. En 2014, une représentante de la Copyright Alliance avait considéré que ce site représentait tout simplement la plus grande base de données de contenus contrefaisants.

La raison est simple : les demandes sont le plus souvent accompagnées des URL litigieuses. Lorsque Google opère un déréférencement, les liens sont certes retirés du moteur, mais les sites identifiés sur Lumen restent accessibles lorsque l’hébergeur est introuvable ou non coopérant.

73 commentaires
Avatar de jackjack2 Abonné
Avatar de jackjack2jackjack2- 29/01/19 à 10:52:18

Wow
Je sais même pas quoi dire
Je suis juste choqué

Avatar de Mihashi Abonné
Avatar de MihashiMihashi- 29/01/19 à 10:54:08

Effet Streisand, quand tu nous tiens :bravo:.

Avatar de gouland Abonné
Avatar de goulandgouland- 29/01/19 à 11:01:08

Notre ami Marc va certainement parvenir à trouver (CADA ?) la base juridique et l'origine de cette demande de retrait... La définition du mot crime va certainement évoluer à cette occasion.

Sur un plan plus factuel, je vois mal cette image devenir une infox car à ma connaissance, les personnages représentés n'ont jamais porté l'uniforme chilien.
Un politique doit s'attendre à être la cible de caricatures ! C'est la base du métier :fumer:.
 
 

Avatar de Pseudooo Abonné
Avatar de PseudoooPseudooo- 29/01/19 à 11:04:46

C'est étrange, ce type de montage ne tombe pourtant pas sous le coup de la loi ?

Avatar de TriEdge INpactien
Avatar de TriEdgeTriEdge- 29/01/19 à 11:08:23

Il est passé où l'esprit je suis charlie ? :D

Avatar de dylem29 Abonné
Avatar de dylem29dylem29- 29/01/19 à 11:11:57

Là c'est pas pareil, c'est un crime de lèse-majesté, l'auteur doit-être pendu haut et court le + vite possible. 

Avatar de Mr.S INpactien
Avatar de Mr.SMr.S- 29/01/19 à 11:11:59

J'ai pas la même définition de cybercriminalité.
Est-ce que demain la justice va considérer toutes les caricatures, ou même les critiques sur Macron, comme des crimes ?

Avatar de hellmut Abonné
Avatar de hellmuthellmut- 29/01/19 à 11:12:39

mouais. un fonctionnaire un peu trop zélé?

Avatar de hellmut Abonné
Avatar de hellmuthellmut- 29/01/19 à 11:13:09

où tu as vu le rapport avec la justice quelque part ?

Avatar de Pseudooo Abonné
Avatar de PseudoooPseudooo- 29/01/19 à 11:17:25

Comme l'histoire de la banderole des gilets jaunes photoshopé au JT de France 2 ?
C'est encore pire que si ça vient d'en haut !

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