Transformation numérique de la SNCF : 3G/4G, Wi-Fi, IoT et Internet industriel

Une révolution plutôt TGV ou TER ? 14
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Crédits : SNCF
Nouvelle Techno
Sébastien Gavois

La SNCF dévoile ses plans d'avenir sur le numérique. Entre l'arrivée de la 3G/4G pour 90 % des voyages d'ici trois ans, le Wi-Fi dans les TGV qui va débuter dans quelques semaines/mois et l'Internet industriel pour améliorer sa gestion des ressources humaines et matérielles, il y a de quoi faire.

Ce matin, la SNCF organisait une conférence de presse afin de présenter « le bilan et l'envers du décor de la transformation digitale au sein de la SNCF ». Un vaste sujet qui concerne aussi bien les clients et les agents de service que les gares, les centres de maintenance et les rames des trains.

90 % des voyages couverts en 3G/4G d'ici trois ans

Pour commencer, Guillaume Pepy revient sur un sujet sensible des derniers mois : la couverture mobile 3G/4G, qui est la première des premières attentes des clients dans les trains. Le président de la SNCF explique que « ça a mis du temps, car il a fallu se caler avec les opérateurs et l'ARCEP, mais c'est en route ».

Le dirigeant en profite d'ailleurs pour confirmer le planning : « d'ici trois ans, c'est-à-dire mi-2019, 90 % des voyages seront connectés. Y compris les voyages TER, intercités et RER ». Il est bien question ici des « voyages » et non pas des voyageurs, ce qui peut faire une certaine différence dans la pratique en fonction de la capacité et du taux de remplissage des trains.

Afin de joindre les paroles aux actes, Guillaume Pepy donne quelques exemples qui sont déjà en place, ou en cours de réalisation, avec son partenaire Orange : « Paris-Lyon et Paris-Lille, c'est fait. Paris-Bordeaux et Paris-Strasbourg c'est devant nous avec des débits assez élevés car celui proposé par Orange est de 20 Mb/s ». Le travail commence également sur les tunnels de la ligne C du RER, ainsi que sur ceux à l'entrée de Paris, dont la dizaine que l'on retrouve avec le TGV Atlantique. 

Le Wi-Fi dans le TGV va commencer d'ici quelques semaines et finira fin 2017

Le président de la SNCF évoque ensuite le cas bien particulier des TGV. À cause de la vitesse, ces trains ne peuvent pas se contenter de la 3G/4G explique-t-il, il faut en plus mettre du Wi-Fi à l'intérieur des rames. « Le premier lot est parti » assure Guillaume Pepy, là encore avec Orange en tant que partenaire.

La première rame est donc en train d'être aménagée et, dans le courant de l'année, une quarantaine d'autres feront de même. D'ici fin 2017, « 300 rames de TGV seront équipées » annonce le président de la SNCF. Pour résumer, « le calendrier du Wi-Fi dans le TGV, ça va commencer dans quelques semaines ou quelques mois et ça s'achèvera à la fin 2017 » indique-t-il.

On espère maintenant que la SNCF ne va pas encore une fois changer son fusil d'épaule. Pour rappel, en juillet 2015, Guillaume Pepy annonçait déjà que « Le Wi-Fi, ou le train connecté, c'est pour fin 2016 [...] pour les TER, pour les Transiliens, les Intercités et pour les TGV » ; ce à quoi Barbara Dalibard, directrice générale Voyageurs, répondait au début de l'année que cela ne devait finalement commencer que début 2017.

Les initiatives et les projets de la SNCF sur l'Internet industriel

Au-delà de la connectivité pour ses voyageurs, la SNCF veut également moderniser son infrastructure. Il s'agit d'un projet déjà en marche depuis plusieurs mois, mais qui utilise « de nombreuses technologies qui n'existaient pas il y a un an » commente un responsable de la SNCF. Le chamboulement est important et concerne aussi bien les gares, les centres de maintenances, les agents, les techniciens que les trains. « Potentiellement, tous les composants du train sont concernés, sur tous les trains » ajoute-t-il.

Pour ce projet, la société mise sur l'internet des objets ainsi que sur le big data. Elle profitait de sa conférence de presse pour donner quelques exemples. Sur les trains, le chauffage, la climatisation, le système d'ouverture des portes, le niveau des réservoirs de sable (qui est utilisé lorsque la voie est grasse) sont ainsi vérifiés à distance. Il ne s'agit que de la partie visible de l'iceberg puisque 2 000 capteurs sont déjà en service sur pas moins de 184 rames. Au total, cela représente 70 000 données émises par mois et par rame.

SNCF Internet industrielSNCF Internet industriel

Caméras et capteurs de température sur les voies, tablettes pour les agents

D'autres pistes sont en train d'être déployées comme la mesure de la température des voies afin d'adapter la vitesse lors d'une canicule par exemple. Sur les trains qui utilisent des pantographes pour s'alimenter en électricité, des caméras ont été installées sur des poteaux de soutien des caténaires. Elles peuvent identifier les rames qui passent et vérifier automatiquement l'état du matériel afin de déclencher une maintenance préventive si besoin.

Dans les gares et les centres techniques, il est question de proposer une tablette aux agents afin qu'ils puissent naviguer sur une version numérique de tous les documents nécessaires à leur métier. En centre de maintenance, ils sont actuellement plus de 9 000 au format papier et passer de l'un à l'autre est souvent une perte de temps confie un opérateur.

La tablette à l'avantage d'être mobile et de proposer des versions toujours mises à jour. 700 tablettes sont d'ores et déjà en cours d'expérimentation et il est prévu de passer à 8 000 d'ici la fin de l'année. 

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Exemples d'applications pour la gestion des gares et de la végétation

D'autres expérimentations sont déjà en cours dans deux gares en Midi-Pyrénées (Arènes-Saint-Cyprien et Colomiers). Les ascenseurs sont équipés de capteurs afin de vérifier qu'ils fonctionnent correctement. « Nous pourrons nous connecter au serveur tous les matins avant le premier train, pour vérifier que les ascenseurs sont bien en service. Nous n’avons pas le personnel suffisant pour faire des tournées physiques dans toutes les gares TER » explique Christèle Lauga, la responsable des gares dans cette région.

Cyril Verdun du pôle ingénierie à Saint-Pierre-des-Corps donne d'autres exemples : « Les capteurs optiques à l’entrée des voitures comptabilisent le nombre de voyageurs qui montent et descendent du train. Des capteurs chargés de contrôler la compression des suspensions informent également sur le flux des voyageurs. Dans ce cas, il s’agit d’identifier où les voyageurs se positionnent dans les rames notamment pour l’aménagement des gares ».

Grâce à de nombreux relevés et à la météo, la SNCF anticipe également le développement de la végétation afin de concentrer ses efforts sur les zones les plus sensibles. Sur 30 000 km de ligne, pouvoir cibler précisément des portions de voies permet en effet de gagner du temps et donc d'économiser de l'argent. Pour cela, des drones sont utilisés afin d'effectuer des relevés sur place qui ne pourraient pas être faits autrement explique la SNCF. Bref, le big data et la multiplication des capteurs est au programme. 

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Optimiser les opérations de maintenance, recruter de nouveaux ingénieurs

L'ensemble de ces changements permet à la SNCF d'améliorer son système de prévention des incidents : anticiper les pannes, mieux cibler les maintenances et améliorer la gestion du trafic afin de limiter les désagréments pour les clients (trains supprimés, retards, etc.). Conséquence directe de la mise en place des capteurs, la SNCF annonce que cela a permis de réduire « de 90 % » les opérations de routine qui ne faisaient que confirmer le bon fonctionnement du train. 

Bien évidemment, il faut disposer d'un (ou plusieurs) réseau mobile afin de récupérer les informations, mais aussi une infrastructure pour gérer toutes ses données (big data). Plusieurs partenaires étaient présents lors de cette conférence : Sigfox pour son réseau bas débit, IBM pour sa plateforme Bluemix dédiée à l'IoT, Intesens pour la conception d'objets connectés, Ericsson pour la gestion des réseaux.

Bien évidemment, pour gérer et exploiter finement toutes ces données, il faut également des ingénieurs capables d'en comprendre les rouages. La SNCF est consciente de cette problématique et annonce qu'elle recrute du personnel dans « les nouvelles générations « Y » et « Z » qui s’adaptent facilement à ces nouvelles technologies ». De nouveaux postes ont également été créés, comme « data scientist » pour analyser les données des capteurs connectés.

Point pourtant important, la cybersécurité n'a été que rapidement abordée par les dirigeants de la SNCF qui reconnaissent que, « plus on est connecté, plus on a de service, plus il faut être protégé ». Pour cela, elle mise non seulement sur ses partenaires, mais également sur un système ouvert qui permet à la communauté d'apporter sa touche. On attendra de voir comment cette « ouverture » se concrétisera dans la pratique.

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... et réduire les coûts avec 1,5 milliard d'économies d'ici 2020

Pour concevoir ses capteurs, la SNCF travaille avec plusieurs fabricants (certains viennent de l'aérospatiale) afin d'avoir « une standardisation et une économie d'échelle ». La société ne cache d'ailleurs pas son souhait de travailler de concert avec des partenaires d'autres secteurs afin d'uniformiser leurs plateformes pour qu'un capteur puisse être utilisé par plusieurs sociétés différentes, augmentant ainsi les volumes et réduisant donc les coûts.

Au niveau des prix justement, la SNCF souhaite que le prix d'un objet connecté descende à 1 ou 2 euros par an, communications comprises. Dans tous les cas, avec son projet d'Internet industriel lancé en 2015, la société espère économiser près de 1,5 milliard d'euros d'ici 2020. Rendez-vous est pris dans quatre ans pour voir ce qu'il en sera vraiment.


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