Ubisoft : un semestre calme et 75 millions d'euros de pertes

Enfin calme, ça dépend où l'on regarde 20
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Finances
Kevin Hottot

Alors qu'il doit faire face aux assauts de Vivendi sur les marchés boursiers, l'éditeur Ubisoft vient de présenter ses résultats financiers pour son premier semestre 2015-2016. Faute du moindre lancement majeur, les six derniers mois ont été très calmes pour l'éditeur, qui compte se rattraper sur les deux trimestres à venir.

Si l'on exclut les derniers rebondissements du mélodrame qui se joue entre Ubisoft et Vivendi, les six derniers mois ont été très calmes pour l'éditeur français. Aucun lancement majeur n'a eu lieu et forcément cela se ressent plus que nettement sur ses résultats.

Des pertes, en attendant « le meilleur trimestre de l'histoire d'Ubisoft »

Sur les deux premiers trimestres de son exercice fiscal en cours, Ubisoft a réalisé un chiffre d'affaires de 207,3 millions d'euros, contre 484,2 millions d'euros un an auparavant, soit une baisse de 57,2 %. Cette variation l'éditeur l'explique tout simplement par le fait que l'an passé Watch_Dogs avait été lancé lors du premier semestre, ce qui avait fortement gonflé les résultats.

Fatalement, avec des revenus en baisse, il ne faut pas s'attendre au moindre miracle sur le résultat net. Sur le premier semestre, il est donc question d'une perte nette de 75,2 millions d'euros, à comparer avec un bénéfice de 12,1 millions l'an passé. Il n'y a pas vraiment de quoi pavoiser. Malgré tout, Ubisoft estime être en mesure de remplir ses objectifs fixés en début d'année à savoir, un chiffre d'affaires stable par rapport à l'an passé (1,46 milliard d'euros) avec un bénéfice opérationnel de 200 millions d'euros « minimum ».

Pour y parvenir, l'éditeur estime être en mesure de réaliser un chiffre d'affaires de 600 millions d'euros au prochain trimestre, suivi par « le meilleur trimestre de l'histoire d'Ubisoft ». Il faut dire qu'il a prévu de gros lancements entre octobre et mars prochain. Assassin's Creed Syndicate et Just Dance sont là depuis quelques semaines, Rainbow Six : Siege arrivera le 1er décembre, tandis que FarCry Primal et The Division occuperont le terrain en février et mars.

Des équipes « massives »

Dans un mail interne récent, Yves Guillemot, le PDG d'Ubisoft, affirmait que le principal risque d'une prise de participation de Vivendi dans Ubisoft est que l'entreprise « serait alors dirigée par des gens qui ne comprennent pas notre expertise ni ce qu'il faut faire pour avoir du succès dans cette industrie ». Justement, les raisons de son succès Ubisoft s'y est particulièrement attardé lors de la présentation de ses résultats. 

Ubisoft Results

L'éditeur affirme tout simplement être le seul au monde capable de lancer plusieurs jeux basés sur des mondes ouverts chaque année, et ce de façon régulière. Dans un tableau, il met en avant le fait qu'EA n'a lancé qu'un seul jeu répondant à cette définition depuis avril 2013 (en omettant deux volets de Need for Speed), qu'Activision, Take Two, Konami et CD Project en font autant, tandis que Warner Bros en a publié trois. Le score d'Ubisoft est quant à lui de huit. Une performance qui selon l'éditeur français nécessite « une planification sur le long terme » et « des équipes massives ».

Si Ubisoft insiste sur ce dernier point, c'est tout simplement parce qu'il dispose du plus grand nombre d'employés au monde parmi les autres entreprises du secteur, à l'exception peut-être du nouvel ensemble formé par King et Activision Blizzard, qui avec un peu plus de 9100 employés, fera jeu égal avec l'éditeur français. Or il ne réalise pas vraiment le même chiffre d'affaires et un investisseur un peu hostile pourrait être tenté de vouloir tailler dans les effectifs afin d'améliorer la rentabilité de l'éditeur, à court terme.

« Coucou c'est nous ! »

Justement, Ubisoft fait actuellement l'objet d'un raid plus ou moins amical de la part de Vivendi. L'entreprise présidée par Vincent Bolloré est entrée à hauteur de 6 % puis de 10 % au capital d'Ubisoft. Une manœuvre qui n'a pas été sollicitée par l'éditeur, que Vivendi décrit comme gentillette à nos confrères du Telegramme : « 6 %, c'était amical. Une sorte de petit Coucou, c'est nous ! ».  

Dans la pratique, Vivendi est un peu moins amicale que cela. Dans sa déclaration d'intentions au sujet d'Ubisoft, le géant français explique que  « ces investissements s’inscrivent dans une vision stratégique de convergence opérationnelle entre d’une part les contenus et plateformes de Vivendi et de l’autre les productions d’Ubisoft et Gameloft dans le domaine des jeux vidéo » avant d'ajouter que « ces achats n’ont pas été spécifiquement conçus comme une étape préparatoire à un projet de prise de contrôle d’Ubisoft et Gameloft. Néanmoins, sur les six prochains mois, Vivendi ne peut pas écarter la possibilité d’envisager un tel projet ». Ambiance.

Lors de la conférence téléphonique de présentation des résultats de son entreprise, Yves Guillemot assurait à ses actionnaires qu'il était à la recherche d'une solution pour arrêter le raid de Vivendi. « Nous cherchons un potentiel investisseur ou partenaire qui jugerait la coopération pertinente, pour que cela booste les profits de la compagne et que cela soit positif pour les actionnaires » soufflait-il, ajoutant qu'il s'agit d'une « priorité » pour Ubisoft. Le salut pourrait provenir du monde du cinéma, l'éditeur ayant déjà de forts liens avec divers partenaires tels que Nickelodeon, Warner, Fox ou Columbia, il reste maintenant à voir qui voudra bien endosser le rôle du chevalier blanc. 

En bourse, les pertes annoncées par l'éditeur n'ont pas refroidi les investisseurs, le cours de l'entreprise gagnant 2 points lors de la séance du jour, de quoi maintenir sa valorisation juste au-dessus des 3 milliards d'euros.


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