L'iPad Pro, cette tablette qui pourrait avoir du mal à trouver sa place

Le tactile est-il un moyen ou une finalité ? 82
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le vendredi 11 septembre 2015 à 17:43
Vincent Hermann

La présentation de l’iPad Pro par Apple a mis fin à une longue attente. Nombreux étaient ceux qui estimaient qu’un tel produit finirait par être lancé et les rumeurs des derniers mois ne laissaient plus guère de doute. Cependant, en dépit de caractéristiques techniques assez sérieuses, son arrivée pose de nombreuses questions.

L’iPad Pro sera de loin l’appareil mobile iOS d’Apple le plus performant (voire notre compte rendu). Le « record » était détenu par l’iPhone 6 et sa puce A8, tandis que la nouvelle version A9, intégrée dans les modèles 6S, présente selon les firmes des performances nettement augmentées : 70 % pour le CPU, 90 % pour le GPU. Des chiffres qu'il faudra confirmer dans la pratique.

De son côté, l’iPad Pro exploite une version « X » de cette puce A9, dont les performances graphiques sont encore plus importantes. La tablette intègre en outre 4 Go de mémoire vive, une information sur laquelle Apple ne communique jamais, mais dont Adobe a semble-t-il vendu la mèche au sein d'un billet de blog… avant de se reprendre et d’en supprimer la mention. Il faudra donc le confirmer.

L’écran de cet iPad Pro présente une diagonale de 12,9 pouces et affiche une définition de 2 732 x 2 048 pixels, soit 264 ppp, pour un total de 5,6 millions de pixels. L’appareil photo reste à 8 mégapixels (avec une ouverture de f/2,4, vidéo 1080p, ralenti à 120 images par seconde et timelapses). Du côté du réseau et de la connectique, on retrouve le Wi-Fi 802.11ac, le Bluetooth 4.2, le LTE (20 bandes) sur le modèle le plus complet, un port Lightning (qui peut servir à recharger le stylet) et un connecteur magnétique pour le clavier.

Un iPad tourné vers les créatifs

Évidemment, avec un iPad de presque 13 pouces, la question de l’utilisation que l’on peut en avoir se pose immédiatement. Autant le dire clairement, cette version Pro vient jouer dans la cour de la Surface Pro de Microsoft et des autres appareils « hybrides » qui se multiplient ces dernières années dans l'écosystème Windows. Il ne faut pour autant pas confondre une tablette qui n’est pas un ordinateur hybride, bien que son usage peut effectivement le rappeler. On peut ainsi s’en servir comme d’une tablette classique, bien que beaucoup plus grande, ou d’un appareil dédié à la création.

Dans ce deuxième cas, l’iPad Pro aura du mal à se passer de son stylet gérant tout un éventail de niveaux de pression, ainsi que de son Smart Keyboard, un clavier ressemblant énormément à la Smart Cover de la Surface Pro 3. Les démonstrations effectuées sur scène par Microsoft et Adobe notamment pendant la conférence illustrent bien à quoi se destine l’iPad Pro : des travaux plus ou moins complets, allant de la simple prise de note à la création plus avancée, la mise en page, les révisions de documents, les esquisses ou n’importe quelle activité relativement précise que l’on voudrait effectuer à la pointe d’un stylet. De ce point de vue, les vidéos fournies par Apple sont très explicites et donnent un aperçu du créneau recherché.

La tablette pourrait pousser l'un des MacBook vers la sortie

Car oui, l’iPad Pro se destine bien à un créneau particulier et ne sera pas pour tout le monde. Le format de la tablette en fait un produit à part et il n’a jamais été question de la proposer comme une solution universelle. Pour autant, son existence même risque de bousculer quelque peu l’ordre établi des choses, surtout chez Apple où les gammes existantes vont sans doute devoir évoluer. L’iPad Pro a beau en effet être une tablette, il pourra très bien être utilisé en remplacement d’un ordinateur portable.

Dès lors, chez Apple, l’offre consacrée aux « travaux mobiles » devient un peu trop riche. Les MacBook Pro sont inamovibles puisqu’ils représentent l’offre classique et la plus puissante : les plus gros processeurs, les plus grandes quantités de mémoire vive, les plus gros SSD et ainsi de suite. À l’opposé, on trouve le récent MacBook 12 pouces, dont le design a été particulièrement applaudi, mais la connectique fortement déplorée, puisqu’elle se résume à un unique port USB Type-C, utilisé d’ailleurs pour recharger la machine. Entre les deux, on trouve le MacBook Air.

On peut se demander si cette machine, souvent très appréciée pour son autonomie et son tarif « raisonnable », ne finira par disparaître. L’iPad Pro équipé de son clavier, même pris dans son modèle de base à 800 dollars, vient déjà flirter avec la barre des 1 000 dollars. Et encore il ne s’agit que des prix américains, forcément moins élevés que leurs équivalents en euros. Or, le premier MacBook Air 13 pouces débute à 1 079 euros et a toujours joué dans la catégorie des machines d’appoint. Deux diagonales presque identiques, pour une informatique d’accompagnement : il peut y avoir bel et bien empiètement de territoire.

Apple Mac 2015
Qui va perdre sa place ?

Des performances « desktop class »

Comme si ces produits ne se rapprochaient pas assez, il faut se souvenir qu’Apple a pour la première fois parlé de performances « desktop class » pour sa puce A9X. Autrement dit, des performances proches de celles d’une machine de bureau. La communication d’Apple ne laissant jamais rien au hasard (la date de lancement d’OS X El Capitan apparaissait brièvement dans la vidéo de présentation de l’iPhone 6S), le simple fait de le verbaliser est tout sauf anodin.

La firme pourrait avoir fait d’une pierre deux coups : vanter les performances de sa tablette et ouvrir pourquoi pas une piste vers un avenir moins dépendant d’Intel. Surtout quand on sait la place que prend petit à petit l’API Metal pour tout ce qui touche à la 3D sur iOS et OS X. Il faudra néanmoins confirmer cette affirmation, notamment pour des applications qui nécessitent un minimum de puissance autre que le jeu 3D, comme le traitement massif de photos, la retouche vidéo ou encore les calculs complexes au sein de fichiers Excel par exemple.

Mais si cela se confirme, la montée en gamme des puces Apple pourrait commencer à rencontrer la baisse en consommation de celles d'Intel, et tout deviendra alors possible, en fonction des résultats. L’idée de nouveaux Mac au form factor largement remanié (dans la veine du MacBook 12 pouces) et équipés de puces ARM n’a rien d’une science-fiction. Après tout, quand Apple a annoncé le passage aux processeurs Intel en 2006, on a appris que ce projet datait déjà de plusieurs années (le fameux Marklar).

Un type de produit qui existe déjà depuis plusieurs années

Dans l’immédiat, la question qui va surtout se poser pour l’iPad Pro est de trouver sa place dans un marché qui ne l’a pas attendu. On attend Microsoft au tournant avec une Surface Pro 4 qui devrait être présentée dans un mois ou deux et intégrer la nouvelle gamme de processeurs Skylake d’Intel. Dans la foulée, on peut imaginer des modèles plus accessibles, mais qui restent des produits pensés exactement de la même manière que l’iPad Pro, tout en misant sur un design fin et passif : consommer du contenu, apporter un soutien bureautique, permettre la prise de notes, préparer différents travaux et globalement réagir à de nombreuses situations.

Mais l’iPad Pro va aussi devoir faire face aux mondes des hybrides sous Windows, qui connaît déjà de nombreux modèles, dans tous les genres. Et son tarif ne risque pas de jouer en sa faveur. Il n’est pas question de conseiller ou déconseiller son achat, car ce sont les besoins qui, comme toujours, vont parler, saupoudrés des inévitables raisons du cœur. Mais si on reste dans la zone des 1 000 euros, on retrouve la gamme Yoga chez Lenovo du côté des ordinateurs hybrides, mais aussi la T300 Chi d’Asus.

Il s'agit d'une tablette de 12,5" (1080p) livrée avec un clavier Bluetooth, qui peuvent être liés par une véritable charnière à fixation magnétique. Mais, pour le prix d’un iPad Pro seul, elle sera équipée d’un clavier et d’un stylet, proposera un processeur Core M 5Y10, 8 Go de mémoire, 128 Go de stockage, d'un stylet, d'une sortie micro-HDMI, d'un adaptateur permettant de disposer de deux ports USB 3.0, etc. Un produit vendu actuellement sous la barre des 600 euros par la Fnac à ses adhérents, avec une remise de 15 % (699,90 euros sinon).

ASUS T300 Chi
La T300 Chi d'ASUS

La pingrerie d’Apple ne joue pas en sa faveur et on aurait aimé que les prix de l'iPad Pro soient inférieurs de 100 dollars afin de mieux s'intégrer dans la gamme, en lien entre les iPad et les MacBook, ou que les différents modèles soient directement fournis avec le stylet. Ce dernier est proposé séparément à 99 dollars alors même qu’il est à lui seul l’une des plus grosses caractéristiques du produit. Les questions « Quels sont mes besoins ? » et « Quels produits peuvent y répondre ? » continueront de se poser, mais il ne faudra pas perdre de vue un élément capital : les PC hybrides ont le gros avantage de proposer un Windows complet, et des applications classiques ou celles du Store.

iOS, pas OS X

Il s’agit en effet d’un point critique : l’iPad Pro vient avec iOS, pas OS X. Cela signifie une utilisation totalement pensée pour le tactile, pas pour les autres périphériques. Oui le clavier permet effectivement de taper rapidement un texte, mais les utilisateurs ayant de gros besoins bureautiques risquent par exemple de passer leur chemin, du fait de l’absence d’une souris. On imagine assez mal par exemple certaines opérations se faire simplement, comme placer précisément et rapidement le curseur dans un texte. Le tactile est-il en résumé un moyen ou une finalité ?

C'est toute la différence entre l'iPad Pro et les MacBook ou même les PC hybrides : un parc applicatif très complet avec des logiciels pensés pour des utilisations très avancées. Même si Photoshop existe dans une version allégée, que Word et Excel sont présents et que l'on peut en théorie accomplir plusieurs travaux, de nombreux besoins seront couverts plus efficacement par des ordinateurs classiques. On pourra arguer du fait que l'iPad Pro est conçu pour accompagner au quotidien et qu'il n'est pas destiné à remplacer une machine principale, mais on retombe dans ce cas sur la problématique du tarif.

Il n’est pas certain en fait qu’Apple compte écouler une montagne d’iPad Pro. Le produit a une visée assez spécifique et se montrera nécessairement moins souple qu’une machine telle que le MacBook Air (qui n’est pas tactile). L’arrivée du produit, prévue pour novembre, sera dans tous les cas intéressante à suivre car elle constitue probablement un test pour Apple. Reste à voir les conséquences pour les autres gammes de l’entreprise, et la manière dont la concurrence réagira.


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