L’inefficacité du blocage des sites « pirates » soulignée par une étude italienne

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Crédits : spaxiax/iStock
Hadopi
Xavier Berne

Alors que les blocages de sites de téléchargement se sont multipliés ces dernières années en Europe, à l’image du sort récemment réservé en France à The Pirate Bay et T411, une étude italienne tend à démontrer une nouvelle fois l’inefficacité de telles mesures de rétorsion. Pire, cela ferait de la publicité aux sites visés.

« Le blocage a prouvé son efficacité », clamaient l’année dernière les majors du disque. Le professeur Giorgio Clemente, de l’Université de Padoue, n’est cependant pas du même avis. À l’appui d’une étude menée pendant un an en Italie sur une vingtaine de sites de streaming, de téléchargement direct ou de liens torrent, le chercheur affirme dans les colonnes de TorrentFreak que « le blocage augmente la popularité des sites bloqués ».

Pour en arriver à cette conclusion, l’auteur a comparé l’audience de sites ayant fait l’objet d’une décision de blocage de la part des autorités italiennes, en se basant sur les comportements des utilisateurs de la version italienne de Google. L’idée était de pouvoir ainsi prendre en compte les éventuels changements de nom de domaine de certains portails visés (de « thepiratebay.se » à « thepiratebay.sx » par exemple).

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Exemple du site Film-Italia.net, bloqué depuis mars 2015 - Crédits : Etude de Giorgio Clemente - Via TorrentFreak

En mars 2014, 106 000 internautes ont accédé à Cineblog01.net grâce à Google Italie, contre plus de 2,2 millions en février 2015, a constaté Giorgio Clemente. Il en va de même pour le célèbre LimeTorrents.com, passé de 9 000 à 168 000 visiteurs entre avril et décembre 2014. Y compris pour des sites peu ou pas connus, une augmentation a été relevée par le chercheur. Ce fut le cas par exemple pour TorrentRoom.com, passé d’environ 2 400 requêtes en mai 2014 à plus de 5 000 dès le mois d’octobre.

Des mesures jugées contreproductives

Pour l’auteur de cette étude, ces mesures de blocage ne servent finalement qu’à « faire de la publicité aux œuvres piratées, créant le classique mais bien connu effet Streisand ». Car la particularité des sites ayant servi de cobayes réside dans le fait qu’ils ont tous été bloqués sur décision de l’AGCOM, le régulateur italien des télécoms. Institution qui détaille sur son site le nom et l’adresse précise des plateformes visées par une telle mesure de rétorsion (voir ici). En mettant toutes ces informations aux yeux et au vu de tous, l'appétence des internautes pour des sites « pirates » aurait en ce sens été renforcée.

Si ces travaux se distinguent de par leur ampleur et les particularités locales de leur objet, force est néanmoins de constater qu’ils rejoignent de précédentes études sur le sujet. En 2013, des chercheurs avaient par exemple démontré que le blocage de The Pirate Bay n’avait eu « aucun effet » sur une très grande partie de la population des Pays-Bas, puisque seuls 4 à 6 % des abonnés néerlandais affirmaient télécharger moins. Même la Hadopi expliquait l’année dernière que suite à de telles mesures, ou bien suite à la fermeture de MegaUpload en 2012, « la plupart » des internautes français continuaient finalement de se tourner vers des sources illicites. 


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