100 000 copies de The Interview envoyées en Corée du Nord par ballon

Des activistes gonflés 95
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le lundi 05 janvier 2015 à 17:00
Vincent Hermann

Un transfuge de la Corée du nord prépare actuellement une opération pour lâcher sur le pays un ballon plein d’une cargaison assez spéciale : des dizaines de milliers de DVD et de clés USB contenant le film The Interview.

Une promotion plus efficace que n'importe quelle campagne de publicité

Les deux derniers mois ont été particulièrement riches en actualités autour du film The Interview. Racontant comment deux journalistes, incarnés par James Franco et Seth Rogen, sont contactés par la CIA pour assassiner Kim Jong-Un (dirigeant de la Corée du Nord) lors d’une interview, il est surtout connu pour avoir provoqué la colère de la dictature militaire, qui avait annoncé que les États-Unis paieraient le prix de cette effronterie.

Le piratage de Sony, ayant abouti à la capture de 11 To de données, n’a fait qu’accentuer la promotion passive du film. L’opération avait été en effet revendiquée par les pirates de Guardians of Peace, qui avaient très clairement annoncé par la suite que si l’œuvre venait à être diffusée, les cinémas et les spectateurs américains ne seraient pas tranquilles. La menace avait été brandie avec une référence directe aux évènements du 11 septembre, conduisant Sony Pictures à annuler la sortie de The Interview, Barack Obama à intervenir, puis au studio de se raviser pour finalement le lancer dans quelques salles.

100 000 DVD et clés USB envoyés par ballon

Le film, quelles qu’en soient les critiques, est dès lors devenu l’incarnation d’une lutte pour le respect de la liberté d’expression, tout en démontrant qu’un grand studio américain pouvait se plier aux exigences d’un groupe de pirates, sans pour autant que les menaces soient considérées comme sérieuses.  Et cette image ne risque pas de changer avec le projet de Park Sang-hak, un transfuge de la Corée du Nord, résidant désormais dans celle du Sud : faire survoler la dictature militaire par un ballon qui lâchera sur le pays un assortiment de 100 000 DVD et clés USB contenant le film.

Park Sang-hak n’en est pas à son coup d’essai.  Lui et sa famille ont fui la Corée du Nord pour se réfugier dans un premier temps en Chine, avant de venir en Corée du Sud. Il est impliqué dans plusieurs groupes se battant pour faire filtrer des valeurs démocratiques dans l’autre Corée, et il est notamment le président de l’association Fighters for a Free North Korea. Depuis plusieurs années, il lâche régulièrement des ballons pour répandre notamment des tracts.

Casser « l'autorité absolue » du dirigeant nord-coréen

La Human Rights Foundation est même partenaire de la nouvelle opération. Elle assure le financement des DVD et des clés USB, la copie fournie de The Interview comportant des sous-titres coréens afin de ne pas en manquer une miette. Confirmant ces informations à l’Associated Press, Park Sang-hak a indiqué par ailleurs que la fondation se rendrait en Corée du Sud aux alentours du 20 janvier afin de livrer la précieuse cargaison.

Pour Sang-hak, le raisonnement est simple : « L’autorité absolue de la Corée du Nord s’effondrera si l’idolâtrie du dirigeant Kim s’arrête ». Et quoi de mieux finalement pour stopper une idolâtrie que de tourner en ridicule un dictateur ? Si l’opération devait réussir, il y a de grandes chances pour que le gouvernement nord-coréen ne goute que très modérément la plaisanterie, mais il est difficile de savoir réellement si les habitants, eux, pourront apprécier le film. Le taux d’équipement est a priori faible, et il faut posséder un ordinateur, ce qui ne peut se faire qu’avec l’accord du gouvernement.

Le lancement se fera en secret

En outre, les sud-coréens résidant près de la frontière n’apprécient guère ce genre d’activité prompte à provoquer la colère de Pyongyang. Le risque de guerre est permanent et comme l’indique Associated Press, une partie de la population réclame l’arrêt des envois de ballons, tout comme la Corée du Nord, qui souhaite également que soient arrêtés les activistes. Séoul a refusé jusqu’à présent, mais la situation reste complexe.

Park Sang-hak a d’ailleurs indiqué que si l’opération se faisait à visage découvert, ne serait-ce que par l’implication de la Human Right Foundation, le lancement exact serait, lui, fait en secret. Tout juste a-t-il évoqué le mois de mars et de vents plus favorables à cette période de l’année. Sur son site (actuellement indisponible), la HRF indique simplement de son côté qu’elle appelle les activistes à continuer les envois de ballons, en ajoutant qu’elle permet également à certains d’entre eux d’émettre sur les ondes radios depuis la Chine pour atteindre ceux qui possèdent des radios et connaissent les fréquences.

Il n’est pas dit que les Guardians of Peace aient mesuré toute la portée d’un tel geste initialement. Perpétrer des attaques massives pour bloquer la sortie d’un seul film ne pouvait qu’accentuer, voire exacerber la curiosité du public pour l’œuvre. Là où une comédie un peu potache en aurait amusé certains, The Interview devient désormais un phénomène que certains veulent envoyer en Corée du Nord en guise de pied-de-nez.


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