Piratage de Sony : le FBI accuse, la Corée du Nord dément, Obama tempère

Et la Chine trolle 124
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Crédits : Chip Somodevilla/Getty Images News/Thinkstock
Securité
Vincent Hermann

Le piratage de Sony Pictures Entertainment n’en finit plus d’avoir des conséquences. Après une période strictement centrée sur les soucis informatiques et de sécurité, l’affaire prend un tour largement plus politique. Entre proposition d’aide de la Corée du Nord et interventions de Barack Obama, les conséquences se font plus complexes. L'occasion pour nous de faire le point.

D'une vaste fraude informatique à des menaces terroristes

Il y aura bientôt un mois, le studio Sony Pictures Entertainment (SPE) a été attaqué par un groupe de pirates se faisant appeler les Guardians of Peace. Plutôt que de paix, il s’est rapidement agi de terreur, d’abord par le vol de 11 To de données, dont des films qui n’étaient pas encore sortis en salles, des informations personnelles sur les employés et les acteurs, des bilans financiers ainsi que des projections, des certificats de sécurité, dont un a été utilisé pour signer un variante du malware Destover, ainsi que des identifiants et des mots de passe pour les serveurs.

La piste de la Corée du Nord avait rapidement été évoquée, plusieurs experts en sécurité évoquant les similitudes entre cette attaque et d’autres qui avaient été perpétrées, et pour lesquelles on savait que la dictature militaire était impliquée. Pourtant, SPE avait réagi pour indiquer que cette hypothèse n’était pas sérieuse, et la Corée du Nord avait publié un communiqué s’insurgeant contre ces accusations, tout en soulignant que les États-Unis n’avaient que ce qu’ils méritaient, une conséquence de leur attitude « impérialiste ».

Le FBI confirme que la Corée du Nord est bien derrière l'attaque

La situation s’était encore troublée davantage quand les Guardians of Peace étaient revenus à la charge, passant aux menaces terroristes en fin de semaine dernière. Via une référence au 11 septembre 2001, ils prévenaient que les cinémas et les spectateurs seraient en danger si le film the Interview, mettant en scène l’assassinat de Kim Jong-un, devait sortir en salles. Sony avait finalement décidé d’annuler le lancement, alors même que le département de la défense avait indiqué qu’il n’y avait aucun risque et que Barack Obama lui-même avait enjoint le public à se rendre dans les cinémas.

Or, le FBI a justement annoncé vendredi qu’au terme des premiers éléments de l’enquête, il était désormais clair que la Corée du Nord était bien le chef d’orchestre du piratage. « Nous sommes profondément inquiets quant à la nature destructrice de cette attaque sur une entité du secteur privé et les citoyens ordinaires qui y travaillent. Les actions de la Corée du Nord avaient vocation à infliger de grands dégâts sur une entreprise américaine et à supprimer le droit des citoyens à s’exprimer librement. De telles actions d’intimidation sortent des limites acceptables de l’attitude d’un État ».

La Corée du Nord dément et propose son aide

Des accusations que la Corée du Nord a une nouvelle fois démenti, et le pays a même rendu la situation encore plus trouble en proposant son assistance dans l’enquête en cours, mais sans pourvoir s’empêcher manifestement de vouloir détourner l’attention : « Nous proposons une enquête commune avec les États-Unis pour cet incident », tout en précisant qu’il y aurait de « graves conséquences » si l’Oncle Sam continuait sur ses accusations et refusait sa proposition. Pour donner bonne mesure, le pays d’Asie a ajouté : « Sans requérir à des tortures comme celles perpétrées par la CIA, nous avons les moyens de prouver que cet incident n’a aucun rapport avec nous ».

Des propos qui n’ont amusé qu’à moitié les États-Unis. Mark Stroh, porte-parole du Conseil National de Sécurité (NSC) a ainsi déclaré à Reuters : « Si le gouvernement nord-coréen veut aider, ils peuvent admettre leur culpabilité et dédommager Sony pour les dégâts que cette attaque a causés ». Il a également indiqué que le gouvernement américain maintenait les conclusions de l’enquête du FBI et a ajouté que la Corée du Nord avait « un long historique de négations de sa responsabilité pour des actions destructrices et provocatrices ».

Pas une déclaration de guerre, mais « un acte de cybervandalisme »

S’agissait-il alors d’une déclaration de guerre ? Pour Barack Obama, qui s’est exprimé hier sur la chaine CNN, ce n’est pas le cas. Il estime cependant que l’attaque était « un acte de cybervandalisme » dont la réponse sera à la mesure. Par ailleurs, si les États-Unis ne considèrent pas être en guerre avec la Corée du Nord, Obama réfléchit à la possibilité de placer le nom du pays sur la liste des pays soutenant le terrorisme. Une décision qui ne sera pas précipitée : « nous ne prenons pas ces décisions en fonction des nouvelles du jour. Nous examinons systématiquement ce qui a été fait et, sur la base de ces faits, nous ferons notre choix dans le futur » a ainsi ajouté le président.

Obama a par ailleurs décrit le comportement de Sony comme « une erreur » : le studio n’aurait jamais dû annuler le lancement de The Interview. Il aurait ainsi préféré que le PDG, Michael Lynton, l’appelle d’abord pour parler de cette importante décision, car la décision ne concerne pas que le studio : elle établit un précédent puisqu’une puissante major a reculé devant des menaces terroristes, alors même qu’aucune preuve n’étayait cette hypothèse et que le département de la défense s’était déjà exprimé.

Pour la Chine, tout part d'une « arrogance culturelle » des États-Unis

Une situation qui agace la Chine. Dans le Global Times, détenu par le parti unique, un éditorial se veut mordant : « N’importe quel monde civilisé s’opposera aux attaques des hackers ou à n’importe quelle menace terroriste. Mais un film tel que The Interview, qui se moque du dirigeant d’un ennemi des États-Unis, n’a pas de quoi rendre fier Hollywood et la société américaine. Qu’importe la manière dont cette société regarde la Corée du nord et Kim Jong-un, Kim reste le dirigeant du pays. Ces moqueries vicieuses ne sont que le résultat d’une arrogance culturelle ».

La Chine est depuis longtemps un allié de la Corée du Nord, et la Maison Blanche a joint samedi la présidence chinoise pour demander un arrêt des aides accordées à ce pays, notamment les ventes d’armes. Washington n’a pour l’instant pas reçu de réponse.

Enfin, sachez que Sony réfléchit activement à distribuer directement The Interview. S’exprimant par communiqué sur le site The Verge, le studio précise cependant qu’aucun distributeur de VOD ni aucun site majeur de commerce électronique ne l’a approché en se déclarant intéressé. Des alternatives sont donc en cours de recherche pour diffuser le film, qui bénéficie désormais d’une couverture qu’une campagne publicitaire classique, même géante, n’aurait pu atteindre.


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