Après Snowden, l'hypothèse d'un nouveau lanceur d'alertes se renforce

Sueurs froides au gouvernement américain 50
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Crédits : Hlib Shabashnyi/iStock/thinkstock
Securité
Vincent Hermann

Certaines révélations récentes par The Intercept laissaient l’un de ses fondateurs, Glenn Greenwald, supposer qu’il devait exister un autre lanceur d’alertes majeur, en plus d’Edward Snowden. Désormais, le gouvernement américain estime que c’est bien le cas.

Près de 700 000 noms dans la liste de surveillance des terroristes

Le gouvernement a beau posséder une loi protégeant les lanceurs d’alertes, il n’est pas particulièrement tendre avec certains d’entre eux. On se souvient par exemple de la condamnation du soldat Manning, et beaucoup n’hésitent à qualifier Snowden de traître aujourd’hui, voire d'être à la solde d’une puissance étrangère. Il faut dire que ces deux personnes en particulier ont laissé un important sillage. Dans le cas de Snowden, les surprises continuent d’arriver régulièrement.

Hier, le site The Intercept, cofondé notamment par le journaliste Glenn Greenwald, publiait un article centré sur le gonflement démesuré des bases de données contenant des noms de personnes suspectées d’être des terroristes, ou clairement reconnues comme tels. Selon les auteurs de l’article (Jeremy Scahill et Ryan Devereaux), la Terrorist Screening Database contient 680 000 noms, dont 280 000 (environ 40 % de l’ensemble) n’ont aucune affiliation connue avec un groupe établi.

Des documents datant... d'octobre 2013 

Si ces données sont intéressantes, elles comportent d’autres informations en filigrane. Car les documents obtenus par les deux journalistes pour écrire leur article datent d’octobre 2013. Or, la date de création de ces documents est particulièrement importante : ils ne peuvent pas faire partie du lot de documents dérobés par Edward Snowden. L’ancien prestataire de la NSA a beau être parti en embarquant 1,7 million de documents, il ne possède pas pour autant de machine à voyager dans le temps.

L’idée qu’un autre lanceur d’alertes serait à l’œuvre n’est pas neuve mais elle gagne réellement en substance depuis quelques jours. Dimanche, le cryptologue Bruce Schneier abordait justement ce thème en analysant des informations dont il pensait qu’elles ne pouvaient pas provenir de Snowden. Lorsque le lien de son article est repris dans un tweet, Glenn Greenwald rebondit presque dans la foulée pour abonder en ce sens : « Cela semble clair désormais » qu’un autre lanceur opère dans l’ombre. CNN rappelle à ce sujet que cette hypothèse avait déjà été avancée par Greenwald lors d’une interview en février dernier, quand il déclarait que l’affaire Snowden allait certainement « inspirer » d’autres vocations.

Ombre ou lumière ? 

Selon CNN toujours, le gouvernement américain croit désormais lui aussi à cette hypothèse. Et il est plus que probable que l’idée même d’un nouveau Snowden donne des sueurs froides à certains responsables. Pour autant, les documents récupérés par The Intercept sont de niveau de sécurité moindre que ceux fournis par Snowden à de nombreuses reprises. Tout ce qui touchait Prism par exemple ou plus globalement les mécaniques de surveillance était classé « Top Secret », qui est le grade le plus élevé. Ceux relatifs aux bases de données du terrorisme sont classés « Secret » et « NOFORN », ce dernier indiquant que les informations ne doivent pas être montrées à des puissances étrangères.

Rien ne garantit toutefois qu’à l’instar de Maning ou de Snowden, le nouveau lanceur d’alertes révèlera son identité. Depuis un an, les États-Unis sont particulièrement à cran, les révélations successives ayant largement détérioré certaines relations avec le reste du monde, particulièrement avec l’Europe.


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