Le développement d'Ariane 6 entre dans sa dernière ligne droite, vol inaugural en 2020

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Crédits : ESA–D. Ducros, 2014
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Sébastien Gavois

Tous les voyants sont au vert pour Ariane 6, dont le développement est dans la dernière ligne droite. Le vol inaugural est prévu pour 2020, puis les vols commerciaux début 2021 et Arianespace vise la Lune en 2023. Pendant ce temps, le cargo Canopée se dévoile : il sera chargé de transporter les morceaux d'Europe à Kourou, en Guyane française.

Ariane 6 continue d'aller de l'avant et une nouvelle étape vient d'être franchie par ArianeGroup : l'inauguration du bâtiment en Allemagne où sera intégré l'étage supérieur de la fusée, celui contenant les charges utiles. La société explique que son usine est d'ores et déjà « pleinement opérationnelle », et qu'elle intègre « actuellement les deux premiers étages supérieurs [qui sont] en phase finale d’assemblage ». Le vol inaugural est prévu pour le second semestre 2020.

Dans le même temps, Stéphane Israël (directeur général d'Arianespace, société chargée de la commercialisation et de l'exploitation des lanceurs d'ArianeGroup) profitait du 70e Congrès mondial d'astronautique de Washington pour parler des projets de son groupe, notamment son ambition d'aller vers la Lune en 2023.

« Dernière ligne droite du développement d’Ariane 6 »

Le bâtiment d'intégration se trouve donc à Brême en Allemagne. Il s'étend sur une superficie de 6 000 m², avec une hauteur de 21 m. Les deux étages supérieurs qui sont en train d'être finalisés auront deux missions différentes : « L’un partira pour ses tests à feu vers le nouveau banc du DLR, inauguré en février dernier à Lampoldshausen. Le second rejoindra les autres éléments constitutifs du lanceur à Kourou pour les tests combinés entre le lanceur et le pas de tir ELA-4 (Ensemble de Lancement – 4) », explique ArianeGroup.

Quelques semaines auparavant, André-Hubert Roussel, président exécutif d’ArianeGroup, prenait la parole : « Nous entrons désormais dans la dernière ligne droite du développement d’Ariane 6. Sa conception est maintenant validée et tous les choix permettant de donner à ce lanceur l’ensemble des performances attendues, en termes de coûts de fabrication, de fiabilité et de polyvalence, sont finalisés. Nous pouvons donc commencer la phase de qualification pour un premier vol au second semestre 2020 ». 

En plus de l'étage supérieur à Brême, l'étage principal est en train d'être intégré sur le site des Mureaux en France. De son côté, « le propulseur à poudre P120C subira lui son troisième et ultime test à feu au début de l’année prochaine », après avoir passé avec succès les précédents tests. Concernant les moteurs à propulsion liquide Vulcain 2.1 et Vinci, la qualification formelle  « est en cours de finalisation, suite à la réussite de tous les essais à feu ».

Bref, les bonnes nouvelles et les feux verts s'enchaînent pour le moment pour Ariane 6, dont la « Revue de Conception Détaillée » s'est achevée le 25 septembre en autorisant « l’entrée du lanceur dans sa phase finale de qualification pour vol ». 

Bateau cargo « écoresponsable » Canopée pour traverser l'Atlantique

Les éléments construits et assemblés en Europe seront transportés à Kourou en Guyane française par le navire Canopée « à propulsion hybride et à voiles articulées » dont la superficie est de 375 m², pour un transport « écoresponsable » avec une « réduction de 35% des émissions polluantes » selon ArianeGroup... qui ne parle évidemment pas du bilan carbone de la conception, construction et décollage d'une fusée.

Le bateau cargo de 121 x 23 mètres est construit par Alizés, une société commune entre l’armateur Jifmar Offshore Services et la compagnie maritime Zéphyr & Borée. Il devrait atteindre les 30 km/h (16 noeuds), mais il ne sera par contre pas disponible pour transférer les premiers éléments d'Ariane 6 puisque le lancement de Canopée « est prévu pour 2022 ».

Lancement commercial début 2021, 14 lanceurs en production

Sans attendre le vol inaugural de 2020, « la production de série des quatorze premiers lanceurs a démarré le 6 mai dernier et toute la chaîne industrielle est en marche pour produire les lanceurs qui voleront à partir du premier semestre 2021, conformément au calendrier établi avec les premiers clients d’Ariane 6 ». Pendant une période de transition, des lancements seront également effectués avec Ariane 5.

Pour rappel, l'étage supérieur d'Ariane 6 est équipé d'un moteur réallumable plusieurs fois : Vinci. Il « permet au futur lanceur européen d’effectuer tous types de missions, quelles que soient la durée et l’orbite visées, notamment les déploiements de constellations de satellites » sur des orbites différentes, explique ArianeGroup. C'est un des points forts d'Ariane 6.

Pour rappel, la Cour des comptes a récemment étrillé le modèle économique d'Ariane 6 qui présenterait des risques. Des accusations balayées d'un revers de la main par ArianeGroup pour qui Ariane 6 est « le couteau suisse qu'il nous faut ».

La Lune en 2023

Ensuite, ArianeGroup devrait s'envoler vers la Lune, une première étape avant de s'attaquer à d'autres objets de notre galaxie, dont la planète Mars. Ariane 6 sera ainsi en mesure d'apporter plus de 8 tonnes de chargement en orbite lunaire. Les orbiteurs et/ou atterrisseurs seront capables d'atteindre notre satellite naturel en l'espace de trois jours.

« En 2023, nous sommes prêts à proposer la première mission en "covoiturage" vers la Lune », avec des partenaires privés ou publics, explique Stéphane Israël, repris par SpaceNews. L'Agence spatiale européenne prévoit elle aussi d'utiliser Ariane 6 pour une mission sur la Lune, mais cela reste à confirmer. 

Il n'est pas (encore) question de transporter un équipage à bord des fusées Ariane 6, mais Stéphane Israël aimerait que cette idée soit discutée au niveau européen, lors d'une réunion entre ministres des différents États membres, en 2022. Par contre, la NASA compte bien envoyer des hommes sur la Lune en 2024 avec son programme Artémis.

L'Agence spatiale américaine a d'ailleurs laissé entendre que des astronautes non américains pourraient prendre place dans l'équipage, mais cela reste à négocier pays par pays (et en fonction des contributions financières évidemment). Dans tous les cas, le Français Thomas Pesquet est prêt : « J'ai toujours rêvé d’aller plus loin et plus profondément dans l’espace. J’espère vraiment prendre ma part dans cette prochaine étape de l’exploration spatiale ».


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