Contre l’exposition des enfants aux écrans, une sénatrice veut imposer des messages de prévention

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Crédits : Nadezhda1906/iStock/Thinkstock
Loi
Xavier Berne

Afin de limiter l’exposition des enfants de moins de trois ans aux écrans, la présidente de la commission de la culture du Sénat, Catherine Morin-Desailly, vient de déposer une proposition de loi obligeant notamment les fabricants d’ordinateurs et de tablettes à apposer un message de prévention sur les emballages de leurs produits.

On connaissait le « Fumer tue » sur les paquets de cigarettes. Les messages « Pour votre santé, évitez de manger trop gras, salé, sucré » dans les publicités alimentaires. Aura-t-on bientôt un encart « L’exposition prolongée des enfants de moins de trois ans aux écrans peut nuire à leur développement psychomoteur » sur tous les emballages de tablettes, smartphones et ordinateurs (notamment) ?

Telle est en tout cas la mesure phare de la proposition de loi « visant à lutter contre l'exposition précoce des enfants aux écrans », dont Next INpact dévoile aujourd’hui le contenu.

Un message visant tous les « outils et jeux numériques disposant d’un écran »

Afin de limiter le temps passé par les enfants devant les divers écrans qu’ils peuvent côtoyer au quotidien, Catherine Morin-Desailly voudrait « oblige[r] les fabricants d’ordinateurs, de tablettes et de tout autre jeu ludo-pédagogique disposant d’un écran à indiquer sur l’emballage de ces outils numériques que leur utilisation peut nuire au développement psychomoteur des enfants de moins de trois ans ».

Sa proposition de loi vise plus exactement tous les « outils et jeux numériques disposant d’un écran » – ce qui exclurait vraisemblablement les télévisions.

La présidente de la commission des lois explique que cette réforme s’appliquerait y compris aux « outils informatiques destinés aux adultes, qui sont également utilisés par les très jeunes enfants, afin de faire prendre conscience aux parents des enjeux liés à une exposition précoce aux écrans de leurs enfants ».

L’intitulé exact du « message à caractère sanitaire » avertissant des dangers liés à l’utilisation de ces appareils par des enfants de moins de trois ans serait toutefois défini ultérieurement, par arrêté du ministre de la Santé.

Une campagne de sensibilisation basée sur la règle « 3, 6, 9, 12 »

Deuxième mesure proposée par Catherine Morin-Desailly : l’organisation, « chaque année », par le ministère de la Santé, d’une « campagne de sensibilisation aux bonnes pratiques en matière d’exposition des enfants aux écrans ». La sénatrice espère que l’affiche « Apprivoiser les écrans et grandir, 3, 6, 9, 12 » soit diffusée à cette occasion « dans tous les lieux administratifs, scolaires et médicaux fréquentés par les enfants et leurs parents ».

L’élue se réfère ici à la règle dite des « 3, 6, 9 et 12 », portée notamment par le psychiatre Serge Tisseron (et relayée désormais par l’association française de pédiatrie ambulatoire) :

  • Pas d’écran avant 3 ans, ou tout au moins les éviter le plus possible
  • Pas de console de jeu portable avant 6 ans
  • Pas d’Internet avant 9 ans, et Internet accompagné jusqu’à l’entrée en collège
  • Internet seul à partir de 12 ans, avec prudence

affiche écrans enfants

« L’augmentation très forte du nombre d’enfants n’ayant pas encore acquis le langage et présentant des difficultés de communication en raison d’une exposition précoce aux écrans laisse craindre, selon de nombreux spécialistes de la petite enfance, l’apparition d’un véritable problème de santé publique », fait valoir Catherine Morin-Desailly.

La présidente de la commission de la culture du Sénat regrette que les enfants soient « exposés de plus en plus tôt et de plus en plus longtemps aux écrans », en raison notamment du cumul « télévision et outils numériques mobiles » (tablettes, consoles portables, téléphones...).

Tout en se disant « convaincue des potentialités qu’offre le numérique », l’élue espère inciter les parents à accorder à leurs enfants un temps « raisonné » devant les écrans, en particulier chez les plus jeunes.

Le gouvernement mise sur la prévention 

En mars dernier, la ministre de la Santé avait reconnu devant l’Assemblée nationale que l’exposition aux écrans avait « pour conséquences chez le nourrisson des troubles du développement et des risques d'hyperactivité ».

La « stratégie nationale de santé 2018-2022 » prévoit ainsi une sensibilisation des parents « aux risques associés aux addictions ou aux usages nocifs des écrans (téléphone, tablette, ordinateur) et aux enjeux associés à la qualité du sommeil ».

Les carnets de santé distribués aux bébés nés à partir d’avril intègrent en outre « un message de prévention relatif aux écrans ».

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a de son côté été chargé d’élaborer des « campagnes d'information », afin de « rappeler que l'ensemble des programmes télévisuels ne sont pas adaptés aux enfants de moins de trois ans ». Ces spots devront être relayés « par toutes les chaînes de télévision », avait précisé Agnès Buzyn.

La ministre avait néanmoins souligné qu’il fallait « encore progresser dans la connaissance de cette question », les statistiques manquant visiblement à l’appel : « C’est pourquoi nous mènerons des études spécifiques et resterons évidemment très attentifs à la parution de toutes données nouvelles et probantes nous permettant d’asseoir notre politique de santé publique. »

« Un véritable problème de santé publique »

« Le débat ne fait que commencer » avait conclu Agnès Buzyn. Ce sujet intéresse d’ailleurs de près le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui fait souvent part de ses craintes quant à une exposition prolongée des enfants aux écrans. Il y a quelques jours, Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’État au Numérique, l'a également touché du doigt en évoquant une éventuelle loi pour éviter que les Français passent trop de temps sur les réseaux sociaux.

Catherine Morin-Desailly dit avoir bon espoir que ses propositions soient examinées au cours de la session parlementaire 2018/2019. « Ce n’est pas un texte d’appel », nous assure la sénatrice. « Ces dispositions pourraient éventuellement être reprises sous forme d’amendements, mais je souhaite que ce débat ait lieu. »


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