Quand le ministre de l’Intérieur craint que l’Open Data donne lieu à des « attaques cyber »

La phrase du jour 88
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Crédits : Assemblée nationale
Loi
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le jeudi 16 novembre 2017 à 16:32
Xavier Berne

Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, a déclaré hier à l’Assemblée nationale qu’il fallait prendre garde à l’Open Data, par crainte d’ « attaques cyber (...) extrêmement importantes ». Une déclaration pour le moins surprenante...

Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2018, la députée Mathilde Panot (LFI) a défendu cette nuit un amendement destiné à ce que le gouvernement rédige « un rapport d’information permettant de chiffrer le coût et les économies permises par la systématisation de la publication en Open Data des données publiques détenues par les collectivités territoriales ».

Avec la loi Numérique, les villes, départements et régions de plus de 3 500 habitants sont en effet tenus de mettre automatiquement en ligne, « dans un standard ouvert, aisément réutilisable et exploitable par un système de traitement automatisé » :

  • Les documents administratifs qu’ils communiquent suite à des demandes CADA individuelles – depuis le 7 avril 2017.
  • Les documents qui figurent dans leur répertoire d’informations publiques (qui sont censés recenser leurs principaux documents administratifs) – depuis le 7 octobre 2017.
  • Leurs bases de données – à compter du 7 octobre 2018 « au plus tard ».
  • Leurs données « dont la publication présente un intérêt économique, social, sanitaire ou environnemental » – à compter du 7 octobre 2018 « au plus tard ».
  • Les « règles définissant les principaux traitements algorithmiques » servant à prendre des décisions individuelles (de type attribution d’allocation ou calcul d’impôt) – à compter du 7 octobre 2018 « au plus tard ».

Demande de chiffrage des coûts et économies permis par l’Open Data

Le rapporteur Jean-René Cazeneuve (LREM) n’a toutefois pas jugé bon d’apporter son soutien à une telle demande de chiffrage, dans la mesure où « un certain nombre d’informations » serait déjà fourni à ce sujet par la Direction générale des collectivités locales.

Gérard Collomb a également émis un avis défavorable à cet amendement. « Le problème que vous soulignez est un problème intéressant, auquel il conviendra de réfléchir », a néanmoins concédé le ministre de l’Intérieur.

Avant de se lancer dans cette explication particulièrement surprenante : « Nous nous apercevons que l'Open Data a évidemment des avantages – et nous en avons fait beaucoup dans la métropole de Lyon – mais qu’elle peut aussi permettre d'avoir des attaques cyber qui sont extrêmement importantes. Et donc ce sera un sujet de réflexion globale. »

Le ministre a-t-il confondu l’Open Data avec autre chose ? Le doute est permis, le mouvement d’ouverture des données publiques ne consistant qu’à mettre en ligne des fichiers (tableurs de statistiques, etc.), dans un effort de transparence.

La parution de notre article n'a pas manqué de faire réagir, à l'image de ce tweet signé Suzanne Vergnolle, de l'association Regards Citoyens :

Toujours est-il que l'amendement de Mathilde Panot a finalement été rejeté, sans aucune réaction supplémentaire.


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