Très haut débit : la Firip exclut SFR, qui « menace les réseaux publics »

SFR ne se laisse pas faire 46
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Guénaël Pépin

La fédération des industriels des réseaux publics se sépare de l'un de ses plus importants membres, accusé de fragiliser les projets des collectivités. Le signal est important, au moment où le gouvernement négocie une nouvelle répartition du déploiement de la fibre en France.

SFR promet de fibrer seul la France d'ici 2025, et ça ne plaît pas à tout le monde. Les Échos révèlent que l'entreprise a été exclue de la Fédération des industriels des réseaux d'initiative publique (Firip), un jeune lobby devenu la voix des principaux acteurs privés des réseaux de collectivités locales.

Pourquoi cette exclusion ? « Les annonces tonitruantes de fibrer la totalité de notre pays, même si ce n'est pas crédible. Il menace les investissements de réseaux d'initiative publique » nous répond Étienne Dugas, le président de la Firip. La décision a été actée le 18 octobre en conseil d'administration, et SFR prévenu dans la foulée.

Contacté, l'opérateur estime ce choix « regrettable » et appelle à « arrêter d'opposer zone privée et publique dans l'aménagement du territoire ». Les grandes manœuvres qu'il entreprend depuis l'été inquiètent pourtant les réseaux publics, censés amener le très haut débit dans les zones rurales oubliées des opérateurs privés.

Une exclusion qui n'a « rien d'inévitable »

Pour Étienne Dugas, l'exclusion de SFR Collectivités « n'a rien d'inévitable ». L'opérateur pourrait être réintégré si sa maison-mère s'engage à ne pas déployer de fibre en parallèle des réseaux publics montés par les départements et régions. Actuellement, l'entreprise démarche des collectivités de communes, en leur proposant de déployer la fibre à coût zéro, en lieu et place du réseau prévu. C'est notamment le cas en Alsace (voir notre actualité).

Pour l'Agence du numérique, un doublon d'un réseau public est une « ligne rouge » à ne pas franchir, quand l'autorité des télécoms (l'Arcep) estime que cette stratégie mènera à des « impasses ». La Firip demande donc à ce que la marque au carré rouge évite les neuf millions de lignes déjà engagées, laissant les autres six millions de lignes libres.

L'État est en pleine négociation avec les opérateurs nationaux, qui souhaitent reprendre des déploiements « publics » à leur compte. Des centaines de milliers, voire millions de lignes sont concernées. Même si ce serait un moindre mal, la Firip est peu enchantée de cette perspective.

Le secrétaire d'État « Julien Denormandie nous a dit en juillet que nous, opérateurs de réseaux publics, ne devions pas venir taper dans la zone AMII [où les opérateurs privés coinvestissent sur 12 millions de lignes]. Il fallait jouer l'équilibre. Nous ne pouvions pas demander la protection de nos positions si on attaquait les positions ennemies. On a accepté l'équilibre, il n'y a donc pas de raison de venir taper dans notre gamelle » estime le président de la fédération.

Tension à un moment critique

Il y a donc urgence à se faire entendre. « Nous ne voulons pas être les dommages collatéraux d'une renégociation globale sur les licences mobiles et les zones AMII » défend la fédération, qui se dit « parfaitement alignée » avec les collectivités sur le dossier.

Elle craint aussi l'absence d'accord global entre État et opérateurs. « En admettant qu'il n'y a pas de deal global, [les opérateurs nationaux] feront du cherry-picking. Ils prendront le peu de gras restant sur les zones d'initiative publique. Il ne restera plus que des prises très chères avec peu de volume, si rien n'est fait » estime le lobby. L'accaparation des zones rentables par les opérateurs nationaux, laissant les plus difficiles à raccorder, empêcherait les réseaux publics de financer les zones peu rentables avec les bénéfices de celles qui le sont.

La fédération défend donc la future proposition de loi du sénateur Patrick Chaize, au dépôt prévu la semaine prochaine. Elle doit interdire les doublons des réseaux publics, tout en renforçant les contraintes des opérateurs privés dans leurs déploiements. En échange, des contreparties demandées de longue date sont intégrées.

Qu'il soit adopté ou non, le texte est un moyen de pression dans les négociations, dans lesquelles le gouvernement devra concilier les intérêts des opérateurs, des collectivités et de l'aménagement du territoire... qui ont semblé bien difficiles à concilier dernièrement, après le coup de tonnerre qu'a été la promesse de SFR.

En attendant, les réseaux publics voient l'aileron de SFR tourner de plus en plus près d'eux. Pour la Firip, il reste que « SFR drague les collectivités mais ne construit pas. Ils ont fait 75 000 prises au dernier trimestre, moins que les réseaux d'initiative publique »... dont une partie s'appuie sur SFR Collectivités. Selon l'Arcep, de la mi-2016 à la mi-2017, il a posé 97 000 lignes fibre raccordables pour des réseaux publics, soit bien plus que chacun de ses concurrents.

En excluant cet acteur, la Firip perd donc un de ses représentants les plus actifs. Un mal nécessaire en cette période de turbulences, que le gouvernement est chargé de calmer dans les prochaines semaines, en suivant des recommandations de l'Arcep.


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