Adobe Max 2017 : Lightroom devient Classic, conception d'interfaces, IA et performances

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le vendredi 20 octobre 2017 à 11:21
Vincent Hermann

Adobe a présenté mercredi soir de nombreuses nouveautés pour ses diverses solutions, ainsi qu’un renforcement très net de ses abonnements. Désormais, les utilisateurs n’auront plus guère le choix, même pour Lightroom.

L’offre Lightroom subit une profonde transformation qui ne sera pas sans amener sans doute une certaine confusion chez l’utilisateur. L’actuel Lightroom CC devient en effet Lightroom Classic CC, tandis que le projet Nimbus est renommé… Lightroom CC.

Pourquoi de tels changements de noms ? Parce qu’Adobe veut proposer une nouvelle génération pour Lightroom. L’application que l’on connaissait devient donc Classic pour bien marquer l’héritage. Le nouveau Lightroom (tout court) est une nouvelle application prenant appui sur le service en ligne anciennement connu comme Nimbus. Il s’agit toujours d’une bibliothèque en ligne renforcée de fonctions d’édition.

En fait, le nouveau Lightroom se veut plus accessible au commun des mortels, tandis que l’édition Classic se veut davantage professionnelle. Elle n’est d’ailleurs pas simplement renommée, puisqu’elle passe pour l’occasion en version 7.

Adobe s’intéresse enfin aux performances de Lightroom

On se rappelle que l’éditeur avait avoué être conscient des problèmes de performances de son logiciel. Lightroom 7 représente donc une première étape dans ce voyage.

Adobe indique ainsi avoir travaillé sur une première série d’optimisations, notamment le temps de lancement de l’application, le passage de Bibliothèque à Développement (l’un des principaux reproches qui lui étaient faits), la génération des aperçus, le pinceau de retouche, le défilement des photos dans Développement ou encore l’importation avec l’option Fichier annexe incorporé.

L’éditeur n’a donné aucun chiffre ou renseignement précis pour se faire une idée des gains. Selon les premières constatations, les optimisations sont visibles mais pas extraordinaires. Pour certains points comme la création des aperçus, les améliorations sont plus ou moins visibles en fonction du type de fichier RAW avec lequel on travaille.

Adobe reconnait toutefois que le travail d’optimisation n’est pas terminé, et on peut donc s’attendre à ce que cette démarche – salutaire – se poursuive dans les prochaines moutures. Dans l’idéal, on peut espérer que l’entreprise n’attende pas Lightroom 8.

Les nouveautés de Lightroom ne sont à côté de ça pas si nombreuses. Adobe a ajouté quelques outils pour faciliter la sélection par couleur ou tonalité, comme le Pinceau de retouche ou le filtre Radial ou Gradué pour définir un masquage rapide. Mais c’est à peu près tout. La société promet toutefois un flux continu de nouvelles fonctionnalités dans l’avenir.

Et le nouveau Lightroom CC alors ?

On pourrait comparer ce service à Photos de Google, ou iCloud chez Apple. L’utilisateur dispose ainsi d’une bibliothèque centralisée, dont l’accès est unifié. Des applications pour Windows, macOS, Android, iOS et web sont disponibles, avec à peu près les mêmes fonctionnalités partout.

Pour Adobe, c’est l’aboutissement du projet Nimbus, en test depuis un peu plus d’un an. Le concept central est de permettre aux photographes d’avoir toujours la même chose sous les yeux, qu’il s’agisse de leurs données ou des capacités des applications. Il peut donc commencer le travail sur une machine et poursuivre sur une autre.

Attention toutefois, car la nouvelle application Lightroom CC contient beaucoup moins de fonctionnalités que l’ancienne, devenue Classic. Le photographe ne pourra par exemple créer ni livre, ni diaporama. Il n’aura pas accès non plus au module d’impression ni à bon nombre d’options qui font la richesse actuelle de Lightroom. Les deux versions auront une évolution parallèle, et Classic CC n’est pas censée disparaitre.

Notez que les applications mobiles et web existaient déjà, mais qu’elles s’enrichissent pour l’occasion. La mouture iOS prend par exemple en compte l’application Fichiers présente dans iOS 11. Il est également possible de créer des albums hiérarchiques pour les gérer au sein de dossiers, histoire de faciliter le classement. Sur le web, on note l’apparition d’une galerie publique permettant d’ajouter rapidement clichés et albums à une page visible par tous. Toutes les modifications effectuées sur les clichés (ajouts, retouches, etc.) sont synchronisées avec la galerie.

Maintenant que deux Lightroom se font face, se pose la question légitime de l’offre. Adobe propose donc trois abonnements :

  • Lightroom CC, 1 To de stockage : 11,99 euros par mois
  • Lightroom CC, Lightroom Classic, Photoshop CC, 20 Go de stockage : 11,99 euros par mois
  • Lightroom CC, Lightroom Classic, Photoshop CC, 1 To de stockage : 23,99 par mois

Notez que les clients actuels pourront basculer sur cette dernière offre pour 17,99 euros par mois pendant un an. Ce découpage laisse par ailleurs penser qu’Adobe favorise cette formule, tant les 20 Go de la deuxième risquent de vite paraître bien courts. Tous les abonnements peuvent en tout cas recevoir du stockage supplémentaire à raison de 11,99 par To et par mois.

adobe lightroom cc

Adobe se met à l’intelligence artificielle avec Sensei

Toutes ces applications profitent par ailleurs d’une fonctionnalité qu’Adobe ajoute maintenant partout : Sensei. Comme chez d’autres entreprises, Sensei est un service dit « intelligent », qui permet aux utilisateurs d’effectuer rapidement des opérations complexes.

On le trouve par exemple dans le nouveau Lightroom CC. Il se charge dans ce cas de repérer les éléments constitutifs des clichés pour créer automatiquement des tags, afin de les appliquer à l’ensemble des photos et les synchroniser avec la bibliothèque. Adobe met ainsi en avant les gains de temps qu’un photographe peut en retirer.

Sensei sert également d’assistant personnel vocal, à la manière d’un Assistant (Google), Cortana (Microsoft) ou Siri (Apple). On peut l’appeler depuis une application, Sensei détectant alors de nombreux éléments dans le travail en cours. En écrivant sa requête dans le champ dédié ou la dictant dans le micro, l’utilisateur peut demander à Sensei d’effectuer des actions, le plus souvent trouver des contenus associés.

L’assistant analyse en fait tout contenu placé dans la zone de travail pour en extraire une série de mots-clés correspondant aux éléments trouvés, et identifier des zones classiques de retouche, comme les visages. Sensei étale ensuite les outils correspondants pour accélérer (toujours cette idée) le travail en court-circuitant les étapes rébarbatives. Selon l’activité en cours, comme déplacer un visage, il peut proposer la création d’un masque adapté. Fonds d’écran et polices sont en outre proposés pour accompagner le projet.

Entre le début et la fin du travail, Sensei génère un « creative graph » correspondant à l’arbre des sélections par l’utilisateur. Tous les éléments peuvent alors être modifiés, avec impact en direct sur le rendu final.

La démonstration d’Adobe est impressionnante (à partir de 2h11 dans la vidéo plus bas) et l’outil est visiblement efficace. Mais comme toute démonstration, le flux de travail a été répété à l’avance et est donc idéalisé. Ce ne sera qu’à l’utilisation que les limites apparaîtront, car il y en aura forcément.

En l’état, Sensei promet en tout cas de gagner du temps, mais à une condition : que l’utilisateur soit connecté à Internet. Toutes les opérations sont en effet calculées sur les serveurs d’Adobe. Si la connexion est coupée pour une raison ou une autre, l’assistant ne pourra plus faire grand-chose.

Deux nouvelles applications : Adobe XD et Dimension

Plusieurs nouveaux composants seront disponibles pour ceux payant déjà l’abonnement Creative Cloud à 59,99 euros par mois : XD CC et Dimension CC.

Adobe XD est un produit attendu de longue date, puisque le projet (Comet) avait été révélé il y a deux ans. Spécialisé dans le prototypage des interfaces, il vient combler un vrai vide dans l’offre de l’éditeur. Les concepteurs travailleront donc sur une grille pour disposer des éléments, avec possibilité d’y effectuer facilement des opérations telles que les déplacements, redimensionnements, ajouts de propriétés, liens entre les actions et ainsi de suite.

On retrouve également tout ce qui touche au travail d’adaptation des tailles d’écrans, la personnalisation des plans, la possibilité de dupliquer les éléments, etc. Pour être sûr de marquer des points face à la concurrence (notamment Sketch), Adobe lui ajoute des composants tiers comme ceux de Sympli et Zeplin, tout en permettant l’ajout de plugins (qui arriveront un peu plus tard).

XD se veut du coup adapté à toutes les conceptions d’interfaces mobiles et web. Des applications sont disponibles pour Android et iOS afin de pouvoir tester plus facilement les prototypes développés pour ces plateformes.

Dimension est de son côté l’ancien projet Felix. Le placement de ce produit est assez clair, Adobe évoquant le branding et le packaging dans sa présentation. Le nouveau venu permet des structures 3D et de les travailler pour obtenir un rendu photoréaliste. Produits divers, décors, emballages et autres peuvent donc être créés dans Dimension, avant d’être texturés, l’utilisateur pouvant ensuite jouer sur la lumière, l’angle de vision et autres afin d’obtenir le résultat attendu.

Comme on peut le voir sur la page des tarifs, ces logiciels sont disponibles de manière séparée, comme tous les autres produits chez Adobe. Ils n’ont cependant pas le même tarif mensuel : 11,99 euros pour Adobe XD, contre 23,99 euros pour Dimension. Quant à ceux qui payaient déjà le Creative Cloud complet, les applications viennent simplement s’ajouter dans leur collection.

Du neuf aussi pour Photoshop, Illustrator et InDesign

Toutes les applications du Creative Cloud ont évidemment été mises à jour. À commencer par Photoshop.

SI vous avez suivi les nouveautés présentées jusque-là, vous ne serez pas étonnés de voir la prise en charge de Sensei (Adobe y faisait sa démonstration) ou encore l’accès direct à la bibliothèque Lightroom. Car oui, il est enfin possible d’aller chercher une photo dans ce dernier depuis l'écran d'accueil de Photoshop, Sensei se chargeant d’ailleurs de filer un coup de main via l’utilisation des mots clés. Bien sûr, toute modification réalisée dans Photoshop sera automatiquement synchronisée avec Lightroom, que ce soit la version CC ou Classic CC.

Adobe affirme également avoir rendu son logiciel « plus simple à apprendre », notamment via l’ajout d’un panneau dédié aux débutants. Les autres améliorations sont nombreuses : optimisations de performances, classement plus précis des outils, possibilité de coller du texte sans formatage (enfin), prise en charge du format HEIF d’iOS 11, des panoramas à 360° (avec édition) ou encore des informations de profondeur fournies par l’appareil photo arrière des iPhone 7/8 Plus, ainsi que des améliorations significatives de performances pour le painting, surtout en cas d’écran HiDPI.

De son côté, Illustrator fait dans le confort et se concentre sur les flux de travail. L’utilisateur pourra par exemple s’amuser à créer jusqu’à un millier de plans, qui pourront être alignés par une nouvelle fonction. Les polices OpenType, SVG ou non, sont par ailleurs prises en charge, et un nouveau panneau de propriétés permet de se concentrer uniquement sur les détails du travail en cours. Là encore, Adobe mentionne des améliorations de performances, mais sans précisions.

InDesign laisse pour sa part aux utilisateurs la possibilité d’ajouter des notes de fin et annotations aux documents. Ces ajouts peuvent se faire directement depuis Word, sans perdre la mise en page, et être placés dans un tableau. L’application permet également désormais d’accéder aux styles d’objets, une généralisation en fait de ce que l’on pouvait déjà faire avec des polices pour changer rapidement les principaux attributs.

La nouvelle mouture ajoute en outre les bordures de paragraphes (pour compléter les ombrages), le stockage des textes dans le Creative Cloud, ou encore le filtrage des polices dans le panneau dédié, qui permettra de trouver plus rapidement celle que l’on cherche en fonction de certains critères.

Une année de cohérence pour Adobe

Les différentes annonces sont copieuses, mais montrent surtout qu’Adobe a fini sa transition vers le cloud et les abonnements qui l’accompagnent. La transformation de Lightroom fait sauter le dernier verrou, toutes les applications n’étant plus disponibles que sous forme d’une formule mensuelle ou annuelle. Notez que Lightroom 6 reste en vente séparément, mais qu’à compter de janvier 2018, plus aucune mise à jour ne lui sera accordée, même de sécurité.

L’éditeur n’a aucune raison de revenir sur cette stratégie qui fait tant de bien à ses finances et se montre encore assez souple dans ses gammes. Espérons d’ailleurs que cette granularité continuera et qu’Adobe ne poussera pas trop vers ses formules les plus onéreuses à l’avenir.

Notez enfin qu’en Amérique du Nord (États-Unis et Canada), le tarif de l’offre Creative Cloud passe d'ailleurs de 49,99 dollars à 52,99 par mois. Adobe n’a pas mentionné le reste du monde, mais il n’est pas impossible que cette petite hausse se répercute ailleurs par la suite.

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