Il y a 60 ans, Spoutnik 1 donnait le coup d'envoi de la conquête spatiale

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Nouvelle Techno
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le mercredi 27 septembre 2017 à 17:41
Sébastien Gavois

60 ans plus tard, Spoutnik 1 est toujours une légende. Il était le premier satellite artificiel mis en orbite, par l'Union soviétique à l'époque. Cet événement est l'occasion de revenir en détail sur le premier fait marquant de la conquête spatiale, qui est loin d'être terminée aujourd'hui.

Le 19 octobre 1945, George Orwell utilise pour la première fois le terme de Guerre froide, qui sera largement repris par les médias et les hommes politiques. Cet état de tension opposait « les États-Unis, l'URSS et leurs alliés respectifs qui formaient deux blocs dotés de moyens militaires considérables et défendant des systèmes idéologiques et économiques antinomiques » explique le Larousse. La guerre froide s'est terminée à la fin des années 80 avec la chute des régimes communistes.

Les confrontations entre les deux blocs se déroulaient sur de nombreux terrains : course à l'armement nucléaire (mais en évitant un affrontement direct, fort heureusement), partie d'échecs avec le match du siècle en 1972, films (Rocky 4 par exemple) et conquête spatiale bien évidemment. Sur ce dernier point, l'Union soviétique prend rapidement l'avantage en envoyant en orbite le premier satellite artificiel de l'histoire : Spoutnik-1 (signifiant compagnon de voyage). Retour sur la première étape historique de la course aux étoiles.

1957 : du traité de Rome pour créer l'Union européenne à la conquête de l'espace

Commençons par planter le décor. En 1957, le maréchal Kliment Vorochilov est à la tête de l'Union soviétique, tandis que Dwight D. Eisenhower est président des États-Unis. En France, c'est René Coty qui occupe ce poste (nous sommes alors dans la IVe République).

Cette année-là, l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signent à Rome deux traités (qui entreront en vigueur début 1959) afin de créer la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l'énergie atomique (CEEA ou Euratom). Pendant ce temps, l'Union soviétique se prépare à entrer dans l'histoire de l'exploration spatiale. 

En 1957 s'ouvre l'année géophysique internationale, dont le but est de « mieux connaître notre planète » explique l'UNESCO. Il s'agit de la troisième édition de l'Année polaire internationale (la quatrième et dernière s'est déroulée en 2007-2009). L'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture explique que « l’atmosphère sera explorée jusqu’aux plus hautes altitudes au moyen de ballons-sondes, de fusées et de satellites artificiels qui, de l’avis de nombreux spécialistes, annoncent déjà la conquête de l'espace »... et elle ne pensait certainement pas si bien dire.

Spoutnik 1Spoutnik 1
Crédits : NASA

Et si les USA avaient laissé gagner l'Union soviétique dans cette course ?

Deux programmes sont mis en place : « Les Américains conçoivent prudemment un lanceur spatial civil de taille modeste, dédié à la science, le Vanguard, pendant que les Soviétiques décident d’utiliser leur énorme missile militaire R7 pour propulser des satellites » explique le Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Ce dernier donne des détails sur le déroulement des opérations :

« Dès 1956, W. Von Braun [NDLR : un ingénieur allemand naturalisé américain] semble être capable de mettre un satellite artificiel inerte en orbite avec une fusée militaire dérivée de la V2, la Redstone, mais les Américains "freinent des quatre fers". Ils ne veulent pas être les premiers : les Soviétiques pourraient en prendre ombrage et en profiter pour réclamer l’établissement de règles identiques à celles de l’aéronautique, interdisant le survol des territoires étrangers sans autorisation.

A contrario, la règle qui prévaut depuis le lancement du premier Spoutnik autorise la libre circulation dans l’espace, à partir de 100 km d’altitude [NDLR : il s'agit de la ligne imaginaire de Kármán]. Les Soviétiques ne se sont en effet pas embarrassés de ces considérations : le 4 octobre 1957, la R7 – prête seulement depuis deux mois – réussit le lancement de son premier satellite, Spoutnik 1 ».

Pour d'autres, c'est une surprise

Par contre, pour Roger-Maurice Bonnet, ancien directeur de l'Agence spatiale européenne (ESA), c'était une surprise : « On s'attendait à ce que ce soient les Américains évidemment qui d'ailleurs, ont suivi peu de temps après, fait-il remarquer avant d'ajouter : Mais c'était une panique générale dans toutes les capitales occidentales de savoir que les Soviétiques étaient capables de faire une chose pareille ».

Ce lancement ne propulse pas seulement l'Union soviétique dans l'ère spatiale, mais il leur permet également de démontrer qu'ils ont la capacité d'atteindre les États-Unis avec un missile nucléaire. De quoi marquer des points en ce début de guerre froide. Spoutnik 1 est aussi bien une réussite sur le plan technologique que militaire.

Un satellite réduit à sa plus simple expression

La sonde est restée dans l'espace pendant 92 jours. Elle se trouvait à une altitude comprise entre 227 et 945 km et effectuait un tour complet de la Terre en 98 minutes. Elle s'est finalement désintégrée dans l'atmosphère le 4 janvier 1958. Elle émettra un « bip bip » caractéristique à toute la planète pendant les trois semaines que dureront ses batteries. La puissance du signal était suffisante pour que des radios amateurs puissent le capter.

Le satellite pesait 83,6 kg et avait une forme bien particulière : une sphère de 58 centimètres de diamètre avec quatre antennes. La simplicité était dans son ADN : « il n'était pas censé avoir le moindre équipement scientifique, mais simplement des batteries, un système de régulation thermique et un module de transmission » explique le cosmonaute Alexander Kalery à l'ESA.

Les USA embrayent deux mois plus tard, la France attendra 1965

Les Américains ont rapidement répliqué avec le satellite Explorer 1 (2 mètres de long, 15,9 cm de diamètre pour près de 14 kg) mis en orbite le 31 janvier 1958. À cette époque, on ne peut même pas parler de NASA puisque l'agence a été créée officiellement le 29 juillet de la même année. Explorer 1 effectuait une rotation autour de la Terre en 115 minutes environ, à une distance allant de 354 à 2 515 km.

Il a envoyé des données scientifiques à la Terre jusqu'au 23 mai 1958 avant de finir désintégré dans l'atmosphère le 31 mai 1970. Il intégrait plusieurs instruments de mesure, dont un détecteur de rayons cosmiques et un autre de micrométéorites. Il a notamment participé à la découverte des ceintures de Van Allen.

Vanguard-1 est le second satellite (et le premier solaire) envoyé en orbite par les Américains, le 17 mars 1958. Pour la petite histoire, il est le plus ancien en orbite car, oui, il tourne toujours autour de la Terre à l'heure actuelle (et pour encore plusieurs dizaines d'années). Vanguard-1 est un poids plume de 1,46 kg qui se balade entre 654 et 3 969 km d'altitude. Sa durée de vie était initialement prévue pour 2 000 ans, mais elle est réduite à 240 ans selon les dernières estimations.

La France est ensuite le troisième pays à envoyer un satellite avec une fusée maison en 1965 : Astérix (voir cette actualité), lui aussi toujours en orbite (et pour encore quelques siècles). D'autres nations disposaient déjà de satellites dans l'espace, mais placés en orbite grâce à des fusées d'autres pays.

Si le lancement est un succès, le reste des opérations ne s'est pas déroulé comme prévu : « manque de chance, enfin mauvaise analyse d'ingénieurs, lorsque la coiffe a été éjectée, elle a emporté les antennes. Du coup, le satellite a peut-être marché, mais ce qu'il émettait n'était pas recevable »...

50 ans conquête spatiale CNES
Crédits : CNES

Le 3 novembre, Laïka est mise en orbite... et meurt quelques heures plus tard

À peine un mois plus tard (le 3 novembre), une seconde sonde Spoutnik (estampillée « 2 ») est envoyée dans l'espace avec la chienne Laïka à son bord. C'était la première fois qu'un être vivant était mis en orbite autour de la Terre. Problème, aucun retour n'était prévu pour l'animal, ce qui provoqua évidemment un tollé auprès de l'opinion publique.

Les autorités ont alors expliqué que la chienne était morte après avoir mangé de la nourriture empoisonnée afin de lui éviter de souffrir (manque d'oxygène, désintégration dans l'atmosphère, etc.), mais la vérité est finalement bien plus triste. Elle fit surface en 2002 avec les déclarations de Dimitri Malashenkov au World Space Congress de Huston : quelques heures seulement après le décollage, elle est morte à cause d'une surchauffe du module et d'un état de panique.

Prochaine étape : la conquête de Mars ?

La suite on la connait : Youri Gagarine est le premier humain envoyé dans l'espace en 1961. Il faudra attendre 1965 pour la première sortie extravéhiculaire d'Alexeï Leonov. Enfin, en 1969 Neil Armstrong est le premier Homme à poser le pied sur la Lune. Désormais, les yeux sont tournés vers Mars où l'envoi d'une mission habitée est évoqué depuis des années, mais régulièrement repoussé par les différentes organisations.

Finissons tout de même avec une touche de nostalgie : le cosmodrome de Baïkonour, ayant servi au lancement de Spoutnik 1, est encore en activité. Il est utilisé par les astronautes qui s'envolent pour la Station spatiale internationale... du moins pour le moment. En effet, les États-Unis sont en train de mettre au point un lanceur maison avec SpaceX.


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