Astérix : il y a 50 ans, la France mettait en orbite son premier satellite

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Crédits : MarcelC/iStock
Nouvelle Techno
Sébastien Gavois

Il y a tout juste 50 ans, la France envoyait son premier satellite en orbite : Astérix. La mise en place de cette mission s'appuyait sur « la mise au point des missiles de la force de dissuasion nucléaire » et a permis à la France de prendre la 3e place des nations spatiales.

Comme nous avons régulièrement l'occasion de l'évoquer, la conquête spatiale n'est pas nouvelle, loin de là, mais il faut parfois attendre des années avant que les sondes envoyées dans l'espace atteignent leur(s) cible(s). C'était récemment le cas de New Horizons qui a frôlé Pluton, mais aussi de Voyager 1 après plus de 30 ans de voyage et 20 milliards de kilomètres parcourus. Depuis, il continue d'envoyer de précieuses informations à la Terre.

26 novembre 1965, la France prend la place de 3e nation spatiale

Mais le 26 novembre est une date particulière pour la conquête spatiale française. C'est en effet ce même jour, mais en 1965, que la France a envoyé en orbite son premier satellite. Son nom : Astérix, qui fait donc office d'irréductible gaulois dans cette histoire et qui n'a même pas peur que le ciel lui tombe sur la tête ! Il a été construit par Matra, sur un contrat militaire. Notez qu'à l'origine, le satellite ne s'appelait pas Astérix, mais simplement A-1, avec un « A » pour Armé.

Astérix est important pour la France, et ce, à plus d'un titre. Tout d'abord, car il nous hissait alors dans le club très restreint des pays qui ont réalisé la mise en orbite d'un satellite avec leur propre fusée. Les deux premières nations étant évidemment l'URSS et les États-Unis. Ce que confirme d'ailleurs André Lebeau, un ancien président du CNES : « La notion de troisième nation spatiale est essentiellement attachée au fait que le pays a réalisé une mise en orbite ». Précisions tout de même que nous n'étions alors que la sixième nation à disposer d'un satellite en orbite. L'Angleterre, le Canada et l'Italie avaient par contre eu recours à des fusées d'autres pays pour arriver à leurs fins.

Un lancer né sur les cendres des missiles nucléaires

Pour réaliser ce lancement, il fallait bien évidemment que la France dispose de sa propre fusée capable de mettre en orbite des satellites. Pour cela, le programme « Pierres Précieuses » a été mis sur pied sous l'impulsion de Charles de Gaulle, alors président de la République. Plusieurs fusées expérimentales se sont succédées (Agate, Topaze, Émeraude, Rubis et Sapphire) afin de mettre au point les différents étages du lanceur. Il aboutira finalement à trois fusées : Diamant A (utilisé pour mettre en orbite Astérix), Diamant B et Diamant BP4. Douze lancements au compteur, avec trois échecs.

Diamant A mesurait 19 mètres de haut, pesait 15 tonnes et avait une charge utile de 80 kg seulement et ne pouvait déposer des satellites que sur une orbite basse, ce qui étaient des performances inférieures à ce que proposait à l'époque la fusée Scout des Américains.

Le premier étage est composé d'un moteur-fusée à propergols liquides, tandis que les deuxième et troisième étages sont à propulsion solide. Pour la première fois, le troisième étage utilise la technique du roving qui  « consiste à remplacer l’enveloppe en acier du propulseur par un enrobage du bloc de poudre en fibre de verre » explique la NASA.

Dans tous les cas, la première fusée Diamant A s'élancera du centre interarmées d'essais d'engins spéciaux à Hammaguir, en Algérie. Le CNES explique que « cette base saharienne a été conservée par la France jusqu'en 1967 selon les termes des Accords d'Evian de 1962 ». 

Hammaguir Algérie
Crédits : CNES

Quatre fusées y décolleront entre novembre 1965 et février 1967. Par la suite, tous les lancements seront effectués depuis la Guyane. Le premier sur ce territoire d'outre-mer a eu lieu le 10 mars 1970 avec une fusée Diamant-B. Il faudra par contre attendre 1979 pour qu'Ariane fasse son premier voyage dans l'espace, avec le satellite CAT-1 à son bord.

Jacques-Emile Blamont, un des pionniers à l'origine la conquête spatiale française et aussi ancien directeur du CNES, explique que la conception avait été confiée à la SEREB, la Société pour l'étude et la réalisation d'engins balistiques qui avait été créée en 1959, une « société plus ou moins privée, qui était chargée de mettre au point les missiles de la force de frappe ». Pour résumer, il ajoute que, « des missiles, ils avaient déduit un lanceur de satellite ».

Pour résumer, le CNES explique que le programme des lanceurs français, et donc la mise sur orbite d'Astérix, découle directement de « la mise au point des missiles de la force de dissuasion nucléaire ».

Un lancement réussi, mais un satellite muet

Il y a 50 ans, le décollage s'effectuait donc sans encombre jusqu'au point de largage d'Astérix. Mais tout ce n'est pas passé comme prévu, comme l'explique Jacques-Émile Blamont : « ils lancent Astérix et manque de chance, enfin mauvaise analyse d'ingénieurs, lorsque la coiffe a été éjectée, elle a emporté les antennes. Du coup, le satellite a peut-être marché, mais ce qu'il émettait n'était pas recevable ».

Coup dur pour la mission, mais tout n'est pas perdu pour autant. Comme le précise en effet André Lebeau, Astérix était simplement une « capsule technologique attachée au lanceur et qui était chargée de vérifier les conditions de la mise en orbite », rien de plus. Antennes cassées ou pas, si la mise en orbite était réussie, la mission serait un succès malgré tout.

Le CNES, créé en 1961, en profite alors pour se mettre en avant. Un ancien président du centre spatial français explique ainsi que, grâce à ses capacités de calcul et connaissances techniques, le CNES avait alors « démontré immédiatement (en 16 ou 17 minutes) et transmis au ministre que nous avions un diagnostic d'orbite certain ». Même muet, Astérix était donc bel et bien en orbite autour de la Terre.

Asterix
Crédits : CNES

Le CNES enchaine les succès et reprend la main sur la SEREB

Hasard ou pas du calendrier, à peine une dizaine de jours plus tard (le 6 décembre 1965), le CNES envoyait son propre satellite FR-1 dans l'espace, mais avec une mise en orbite depuis une fusée américaine Scout. Suite à cela, se posait alors la question pour la France de savoir qui serait en charge des trois prochains lancements des fusées Diamant B : « est-ce que ça allait être aussi des satellites SEREB ou est-ce que ce serait aussi des satellites CNES ? » résume Jacques-Emile Blamont.

Bien évidemment, ce dernier prêchait pour sa paroisse et souhaitait que la seconde proposition soit acceptée. « Nous l'avons obtenu à partir du moment où on a démontré successivement avec le succès de FR-1, suivi de notre succès de détection d'Astérix, que nous existions et que nous avions une capacité technique » indique-t-il. Par la suite, les satellites Diapason, Diadème 1 et 2 ont effectivement été développés par le CNES. Le Centre national d'études spatiales prenait alors son envol dans la cour des grands.

Idéfix a rejoint Astérix en 2002

Plus tard, des radio-amateurs de l'association Amsat-France ont mis sur pied un pico-satellite dénommé... Idéfix, en hommage évidemment au Astérix de la bande dessinée d'Uderzo qui a donné son nom au satellite. Le CNES explique qu'il s'agit d'un satellite « captif » qui prend la forme d'un gros boîtier de 6 kg boulonné sur le 3e étage de la fusée Ariane-4 qui a servi au lancement.

Depuis maintenant près de 13 ans, Idéfix tourne en orbite, même s'il n'émet plus depuis aucun signal depuis presque aussi longtemps, la faute à ses batteries qui se sont vidées en l'espace d'un mois. « Ce n'est donc pas le ciel qui risque un jour de nous tomber sur la tête, mais Astérix ou Idéfix ! » lance le CNES en guise de conclusion.

Ariane 6 en embuscade

Maintenant, la France et l'Europe continuent d'avancer dans l'exploration spatiale avec une nouvelle fusée Ariane 6 dévoilée et validée par l'ESA fin 2014. Il faudra encore être patient avant qu'elle n'arrive sur la piste de décollage puisque le premier vol n'est prévu que pour 2020.

Deux versions seront proposées : Ariane 62 et 64 avec une capacité de charge de respectivement 5 et 10,5 tonnes. Jean-Yves Le Gall, président du CNES, ne cache pas son enthousiasme face à cette fusée de nouvelle génération : « ce lanceur, nous l’avons rêvé, l’Europe va le faire ».

Mais l'Europe n'est pas seule dans cette course à la conquête spatiale et les autres nations que sont les États-Unis et la Russie continuent également d'avancer. Outre-Atlantique, des sociétés privées sont même sous contrats avec la NASA pour envoyer des astronautes dans l'espace, notamment afin de réduire les coûts et d'être moins dépendant de la Russie. La plus médiatique ces derniers mois et certainement SpaceX, mais il y a également Boeing.

Dans un domaine un peu différent, la fusée de Blue Origin (une société qui appartient à Jeff Bezos, le patron d'Amazon) vient de réaliser un essai concluant d'une montée à 100 km d'altitude, avant de revenir sur Terre.  Le but : proposer à terme un voyage en apesanteur à une poignée de riches personnes en manque de sensations fortes.


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