Microsoft Ignite : offres 365, Teams, Azure, SQL Server 2017 et Office 2019 au programme

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Vincent Hermann

Microsoft ouvrait hier sa conférence Ignite tournée vers le monde professionnel. L’éditeur y a confirmé plusieurs évolutions, dont une montée en puissance de Teams au détriment de Skype for Business, et l’arrivée de Windows 10 S en entreprise. SQL Server 2017 est prêt à commencer sa carrière, tout comme la mise à jour 1709 de Windows Server.

Ignite est probablement l’un des évènements les plus touffus de l’année pour Microsoft, tant les annonces y sont nombreuses. Elles sont d’autant plus importantes qu’au contraire d’autres conférences, elle présente des nouveautés concrètes pour les entreprises, où l’éditeur a toujours pignon sur rue.

Windows 10 S s’ouvre aux entreprises

Toutes les annonces ne sont pas de même importance. Commençons par les plus légères, avec la disponibilité de Windows 10 S aux entreprises. Il ne sera donc plus seulement question d’éducation, et l’idée a du sens. Le système étant caractérisé par une limitation des applications à celles provenant du Store, le monde professionnel pourrait bien être intéressé, particulièrement chez les grands comptes.

Rappelons en effet que les grandes entreprises sous Windows disposent en général de l’infrastructure de gestion associée. Depuis Windows 10, plus particulièrement la Creators Update, les administrateurs peuvent gérer finement qui fait quoi sur le réseau, en établissant une liste de critères à remplir pour se connecter (logiciels, présence de mises à jour spécifiques, paramètres...). Ils peuvent également imposer au Store de ne distribuer que certaines applications spécifiques, y compris les seules développées en interne par l’entreprise.

HP, Lenovo, et Fujitsu sont partenaires de cet élargissement. Des machines spécifiques seront proposées vers la fin de l’année avec des tarifs débutant à 285 dollars.

Une offre Microsoft 365 plus étoffée

Microsoft 365 est pour rappel la formule proposée depuis cet été aux entreprises et intégrant Windows 10 et Office 365. Jusqu’à présent, l’abonnement était disponible en deux formules, Business et Enterprise, le premier étant commercialisé à 20 dollars par mois et par utilisateur, l’autre étant disponible sur devis.

Deux autres sont désormais mises en place. La première, F1, mélange Windows 10 à Office 365 F1 et Enterprise Mobility + Security (EMS). Elle se destine à ce que Microsoft nomme les « Firstline Worker », à savoir les employés – parfois mobiles – en première ligne face au client. Quant à Education, il ne réserve pas de surprise particulière sur sa cible. Il reprend les éléments principaux de l’offre F1 et y ajoute Minecraft Education Edition. Les tarifs n’ont pas encore été donnés, mais Microsoft a promis de fournir rapidement l’information.

Outre le fait que Microsoft 365 permet de pousser vers les entreprises le matériel Windows 10 S, l’éditeur enrichit également les formules existantes. Les améliorations sont nombreuses : recherche personnalisée, préversion de Bing for Business pour les recherches internes et externes, intégration de LinkedIn dans les profils Office 365, support d’un plus grand nombre de formats de données dans Excel ainsi qu’un renforcement de la sécurité via Advanced Threat Protection.

Entre les lignes, se dessine d’ailleurs un changement notable sur la communication de la firme. Plutôt que d’annoncer des apports pour chaque produit, elle préfère les présenter comme des nouveautés de Microsoft 365. Il est évident que ces formules vont être poussées vers le monde professionnel, avec l’intégration des produits principaux comme argument choc : OS, suite bureautique, outils divers de productivité, sécurité, gestion de flotte mobile et ainsi de suite.

À noter l’intégration dans Microsoft 365 de FastTrack, un service proposé habituellement pour aider au déploiement de Windows 10, Office 365 et EMS. Encore un signe que l’intégration gagne du chemin, le message de l’éditeur étant assez clair : « Abonnez-vous, nous vous aiderons ».

Microsoft Ignite Video Placeholder

Teams détrônera Skype for Business

Comme nous l’indiquions ce matin dans #LeBrief, le concurrent maison de Slack prendra le pas sur Skype for Business (S4B), jusqu’à présent la solution poussée par Microsoft pour tout ce qui touche à la communication. Pour être plus exact, il faudra parler de fusion, car Teams va en fait récupérer les fonctionnalités de S4B.

L’annonce de Microsoft est particulièrement osée, et assez imprécise. Il manque en effet à Teams toutes les fonctions liées à la gestion des appels (que l’éditeur nomme Phone System, anciennement Cloud PBX), S4B pouvant s’intégrer profondément dans l’infrastructure téléphonique. Or, l’éditeur n’a pas donné de calendrier précis pour ces points, se contentant d’un « bientôt ». Il a promis cependant de publier début octobre un plan de bataille un peu plus concret.

Par ailleurs, Skype for Business, malgré les reproches qu’on pourrait lui faire, est bien plus mature que Teams, qui reste un produit jeune – il n’est disponible que depuis un an environ. Microsoft semble décidé à ne pas se laisser distancer par des services tels que Slack, mais devra faire attention à ne pas confondre vitesse et précipitation. D’autant qu’à terme, Teams remplacera définitivement S4B dans Office 365, et donc dans Microsoft 365.

ignite teams

SQL Server 2017 est officiellement disponible

Il s’agit de l’une des annonces les plus importantes de la conférence. Le gestionnaire de base de données est pour la première fois disponible ailleurs que sur le seul Windows, puisque Linux est pris en charge. La nouvelle mouture est également proposée pour Docker. La société a d’ailleurs précisé que l’image Docker pour Linux avait été téléchargée deux millions de fois pendant la phase de préversion.

La disponibilité officielle de SQL Server sur Linux a été l’un des temps forts de la conférence. Illustrant le changement qui s’opère chez Microsoft depuis l’arrivée au pouvoir de Satya Nadella, elle a également généré quelques craintes. Le responsable Scott Guthrie expliquait ainsi que des voix s’étaient élevées pour signaler qu’une partie des achats de Windows Server se faisait pour installer le SGBD. Réponse de l’intéressé : le point est valide, mais la disponibilité débloque également tout un nouveau marché. On imagine que prendre quelques parts à Oracle au passage l'a également effleuré.

SQL Server 2017 se met, entre autres, en phase avec l’intelligence artificielle. Les analyses de données basées sur les langages Python et R sont ainsi de la partie. Microsoft explique qu’il devient donc possible d’aller récupérer les données des bases pour entrainer des modèles sans avoir à les déplacer.

Autre apport important, la parité fonctionnelle entre SQL Server sur site et la version dans Azure. Les Managed Instances récupèrent en effet les mêmes capacités, ajoutant une souplesse non négligeable pour les entreprises. Ces dernières pourront par exemple changer la cible des applications vers Azure sans modifier le code. Microsoft promet une compatibilité complète et fournit dans le même temps ADMS (Azure Database Migration Service), qui peut migrer les données d’un serveur local vers le cloud.

Windows Server, premier à dégainer sur la version 1709

On a appris il y a quelques mois maintenant que Microsoft basculait sur un cycle semi-annuel pour ses mises à jour majeures. À la manière d’un Ubuntu par exemple, elles seront proposées chaque année en mars et septembre. La version 1703 – Creators Update pour les postes clients -  était prête en mars dernier et a été diffusée en avril. La mouture suivante est donc la 1709, la fameuse Fall Creators Update prévue pour le 17 octobre.

Alors que l’on attend toujours que Microsoft propose l’outil déclenchant la mise à jour sur les Windows 10 clients, la version Server tire la première. Sa disponibilité réelle se fera quelques jours avant la FCU, les clients Software Assurance et MSDN étant les premiers servis.

Parmi les grandes nouveautés de cette version 1709, citons tout d’abord une révision profonde du conteneur Server Core, qui a notamment perdu 60 % de son poids au passage. Nano Server, qui n’existe plus que sous forme de conteneur, perd de son côté 80 % de son poids, les nombreux services redondants en ayant été extirpés.

Windows Server 1709 propose également une amélioration générale des performances, particulièrement en virtualisation, le matériel profitant d’une meilleure exposition aux VM. Le montage des volumes SMB, l’amélioration des fonctions de Disaster Recovery, l’intégration du sous-système Linux, de multiples améliorations pour ReFS ou encore la possibilité de déclarer de la Virtualized Persistent Memory (vPMEM) dans un fichier VHD sont également de la partie.

Notez que les entreprises (surtout les grandes) n’ont pas d’obligation à passer à la version 1709 dès sa sortie. Chaque mise à jour est supportée pendant 18 mois, ce qui permet dans l’absolu d’en sauter deux sans souci de sécurité. Une entreprise peut donc faire l’impasse et se préparer l’année prochaine pour la version 1803 ou 1809.

Précisons tout de même que cette mouture constituera la nouvelle base du Long-Term Servicing Channel, la précédente étant l’Anniversary Update. Ces versions spécifiques ne changent que tous les deux ou trois ans, et sont supportées pendant dix ans (cinq de support classique, cinq de support étendu).

Azure Stack prend son envol

La Stack était, lors de sa présentation, le chainon manquant dans l’offre de cloud hybride sur laquelle Microsoft se focalise tant depuis quelques années. Elle permettait de faire fonctionner sur site des applications et services qui, normalement, auraient dû être hébergés sur le cloud. Une manière de répondre à des contraintes juridiques dans des pays qui imposent d’avoir des copies locales des informations hébergées.

La disponibilité d’Azure Stack se fait via des partenaires. De fait, Microsoft a confirmé durant la conférence Ignite que Dell EMC, Hewlett Packard Enterprise et Lenovo commercialisaient désormais des solutions pour le monde professionnel. Avanade et Cisco viennent d’ailleurs tout juste de les rejoindre, tandis que Wortmann proposera une offre d’ici la fin de l’année.

Azure Stack est un composant central dans la stratégie de Microsoft. Sa disponibilité permet désormais à l’éditeur de proposer une approche unifiée sur le développement, les mêmes technologies étant utilisées sur site, dans le cloud ou dans un mélange des deux. Une approche qui alimente l’image de souplesse que l’éditeur travaille ces dernières années, avec pour objectif d’être à tous les carrefours importants. Au risque d’ailleurs de perdre du terrain de la visibilité par le grand public.

Puisque l’on parle d’Azure, notez que Canonical a récemment annoncé la disponibilité d’un noyau spécifique pour les Ubuntu Cloud Images d’Ubuntu 16.04 LTS. Disponible dans le paquet linux-azure, cette version apporte le support d’Infiniband et RDMA pour les instances dédiées aux calculs intensifs, la prise en charge d’Accelerated Networking (qui permet notamment l’accès direct au matériel), l’intégration des derniers pilotes Hyper-V ou encore une réduction de 18 % du poids du noyau.

Un langage en construction pour l’informatique quantique

C’est sans doute l’annonce que l’on n’attendait pas : Microsoft travaille sur un langage de développement dédié à l’informatique quantique. Domaine complexe que certaines entreprises ne font encore que toucher du doigt, cette informatique si particulière a le potentiel d’une puissance de calcul dépassant de très loin tout ce que les plus supercalculateurs sont capables aujourd’hui d’accomplir.

L’idée d’un langage n’est en tout cas pas si folle : l’informatique quantique est difficile d’accès, mais l’éditeur travaille quand même sur la reprise de concepts existants pour les adapter (C# et Python sont cités). Dans la pratique, Microsoft donne peu d’informations puisqu’il s’agit d’une réflexion de longue haleine. Le langage n’a d’ailleurs aucun nom encore.

L’ensemble de ces travaux prend toutefois place dans une section spécifique de l’entreprise, nommée Station Q et dirigée par Michael Freedman, lauréat de la médaille Fields. La Station Q planche également sur la conception d’un ordinateur quantique, mais Microsoft ne donne encore aucune finalité.

Se pourrait-il que la firme envisage les premières machines commerciales, ou faut-il n’y voir pour l’instant qu’une manière de renforcer à terme ses capacités en intelligence artificielle ? Quand on sait qu'elle travaille parallèlement à des avancées dans ce domaine (notamment avec son Project Brainwave), il n’est pas impossible qu’elle commence à se servir la première. L’intérêt d’un nouveau langage serait alors double, puisqu’il devrait répondre aussi à ses propres besoins.

Office 2019 sera disponible à l’automne 2018

L’éditeur vient tout juste d’annoncer qu’un nouvel Office étant en préparation, avec une disponibilité attendue dans un an. Il s’agit d’une petite surprise car cette version 2019 n’avait jamais été évoquée jusqu’à présent.

On ne sait en fait pas grand-chose de ce futur Office. Microsoft précise que la suite se destine toujours à ceux « qui ne sont pas encore prêts pour le cloud », laissant imaginer un avenir où ces logiciels n’existeront plus que sous forme de services. Améliorations pour le stylet, nouveaux graphiques et formules pour Excel, nouvelles animations pour PowerPoint (comme Morph et Zoom) ou encore capacités de gestion renforcées pour les serveurs sont ainsi au programme.

Une préversion d’Office 2019 sera disponible au printemps prochain, et on attend de voir effectivement comment Microsoft poussera sa suite en avant. Sans parler de cloud, l’abonnement Office 365 provoque déjà l’arrivée mensuelle de nouveautés dans Office 2016. Il faudra donc que la mouture 2019 aille nettement plus loin, peut-être en introduisant des interfaces révisées, plus modernes et autrement plus réactives qu’elles ne sont actuellement.

Pas un mot n’a été dit non plus sur la prochaine version Mac. Sur la plateforme d’Apple, la plus récente est estampillée 2016, comme sur Windows.

De l’intelligence artificielle pour Dynamics 365

Enfin, la solution de gestion d’entreprise Dynamics 365 intègre désormais différents modules permettant de cibler des scénarios particuliers. Microsoft indique qu’il s’agit de demandes répétées des clients, par opposition aux scénarios globaux déjà présents dans la solution pour tout ce qui touche aux ventes, support client, gestion des interventions sur site et des ressources humaines, statistiques et autres.

Microsoft a donc présenté ses AI Solutions, qui doivent permettre notamment de s’adapter à des structures plus petites (Dynamics cible les entreprises d’une certaine taille). Les deux premières applications proposées sont Attract et Onboard, qui viennent compléter Dynamics for Talent. Le premier s’attèle à mieux repérer dans un lot de candidats qui pourrait répondre le mieux aux besoins, tandis que le second facilite l’intégration des nouveaux employés, en personnalisant les ressources, les éventuelles formations ou encore les connexions avec les équipes.

Comme on pouvait s’en douter, l’intégration de LinkedIn va continuer à se renforcer, avec une disponibilité presque omniprésente sur tout ce qui touche aux employés ou candidats. Les clients pourront notamment obtenir des rapports personnalisés et envoyer directement des messages LinkedIn via Dynamics 365. Les liens avec Office 365, Flow et les PowerApps seront eux aussi renforcés.

Ceux qui le souhaitent pourront revoir les vidéos des interventions faites jusqu'à présent depuis la page dédiée. La conférence Ignite se termine le 29 septembre, et d'autres annonces seront donc encore faites.


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