Ne dites plus « darknet » mais « l'Internet clandestin », « dark web » mais « toile profonde »

L'abysse fait le moine 161
En bref
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Crédits : BeeBright/iStock
Loi
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le mardi 26 septembre 2017 à 08:55
Marc Rees

Une nouvelle salve de traductions a été publiée au Journal officiel ce matin. Comme annoncé par Next INpact, « dark net » (ou « darknet ») et dark web ont été francisés, avec d’autres termes.

Jeudi dernier, nous indiquions que la Commission d’enrichissement de la langue française, ex-Commission générale de terminologie, allait s’attaquer à un nouveau chantier : le passage au bleu blanc rouge de ces deux expressions qui font souvent les gros titres.

Pour mémoire, cette instance, relevant du Premier ministre, a pour mission de proposer les traductions qui s’imposent aux décrets, arrêtés, circulaires, instructions et directives des ministres, ainsi qu'à tous les autres documents émanant de l’État.

Au Journal officiel, plusieurs notions ont été traduites : « chief data officer » devient « directeur des données », « data scientist » se traduit par « expert en mégadonnées », « infobox » par « cartouche », « knowledge graph » est maintenant un « graphe de connaissance », quant au « webmail », mieux vaut parler désormais de « portail de messagerie ».

L'Internet clandestin

Quid de « darknet » ? Finalement, la Commission a choisi « l’Internet clandestin ». Un morceau d’Internet ainsi défini et donc institutionnalisé : « ensemble de réseaux conçus pour assurer l'anonymat des utilisateurs par la mise en œuvre d'une architecture décentralisée ainsi que de logiciels et d'autorisations d'accès spécifiques ; par extension, l'ensemble des activités, souvent illicites, qui y sont pratiquées ».

Le choix de l’adjectif « clandestin » n’est pas neutre puisqu’il marque une belle ambivalence, entre des pratiques qui se font en cachette et celles « en contravention avec les lois et les règlements », en se dérobant « à la surveillance ou au contrôle de l’autorité », dixit Larousse.

Pour la petite histoire, des internautes avaient proposé Internets Radicalisés, Les Profondeurs du Web, l’Internet Fangeux, le Sombre Réseau, le Filet Sombre, la Sombre Toile, etc. Sur Twitter, saluons surtout @Vilusan qui avait proposé « toile clandestine », le plus proche de la définition retenue.

Plongée dans les abysses de la toile profonde

« Dark web » est aussi passé entre les mains de cette commission, avec dans la foulée ses équivalents étrangers tels « deepnet, deep web, hidden web, invisible web ». La traduction officielle ? « Toile profonde » ou « Abysse » défini par « Partie de la toile qui n'est pas accessible aux internautes au moyen des moteurs de recherche usuels ». C’est loser, lecteur de Next INpact, qui avait anticipé la traduction finalement retenue au J.O. JoePike, autre lecteur, avait lui suggéré la notion francisée la plus proche d' « abysse » avec « l’Internet des abysses ».

Ce petit exercice ne satisfait cependant pas tout le monde. Remarquons ainsi les propos de @bortzmeyer qui avait critiqué un « concept débile, peu ou pas défini, flou, et qui ne sert qu'aux politiciens et journalistes sensationnalistes ».


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