Réseaux publics : Bouygues Telecom signe avec Covage sur 1,5 million de lignes fibre

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le vendredi 22 septembre 2017 à 14:45
Guénaël Pépin

Après Axione, filiale du groupe Bouygues, Bouygues Telecom signe un accord pour fournir sa Bbox sur les réseaux d'initiative publique gérés par Covage. Derrière cette signature, se dessine la bataille entre les opérateurs d'infrastructure et l'absence d'interopérabilité globale entre réseaux et fournisseurs d'accès.

Un pas de plus vers la commercialisation des réseaux publics. Hier, l'opérateur Covage a annoncé la signature d'un accord avec Bouygues Telecom (PDF), pour connecter la Bbox sur 1,5 million de lignes en fibre. Selon le dernier décompte de l'Arcep, Covage a la responsabilité d'une dizaine de réseaux publics. Il a aussi la charge de 233 000 lignes de THD Seine dans les Hauts-de-Seine, dont il a récupéré la responsabilité en février dernier.

Pour mémoire, les réseaux d'initiative publique doivent couvrir, à terme, 43 % de la population, majoritairement en fibre. Sur les  85 % du territoire laissés aux collectivités par les opérateurs privés, sept millions de lignes sont prévues. Fin juin, un million étaient construites. Sur le pays, la fibre comptait 2,65 millions d'abonnés, majoritairement via l'initiative privée en zones denses.

Pour sa part, Covage comptait 210 000 lignes construites à la fin du premier semestre. L'opérateur « prévoit de déployer 284 000 prises FTTH raccordables à la fin de cette année ». Comme Axione, la société propose aux fournisseurs d'accès une connexion simplifiée à de nombreux réseaux publics, sur un large nombre de lignes.

Des accords à passer pour chaque réseau public

Contrairement à SFRqui menace de doublonner des réseaux publics suite au revers du Grand Est, Bouygues Telecom affirme encore vouloir proposer ses offres sur l'ensemble des réseaux de collectivités. L'accord-cadre entre Covage et la filiale de Bouygues doit précéder des négociations sur chaque réseau d'initiative publique, en toute logique avec les collectivités impliquées.

L'annonce ne mentionne pas de date précise pour de premières commercialisations, ni les premiers réseaux qui seraient concernés. En 2022, Bouygues Telecom compte être présent sur 20 millions de lignes, initiatives privée et publique confondues.

Covage a avalé Tutor à l'été 2016, ce qui a fourni à l'ensemble une taille suffisante pour affronter la concurrence, qui compte elle-même des carnets de commande en millions de lignes. Régulièrement, des rumeurs sur la solidité des opérateurs gérant un nombre équivalent de lignes remontent, face aux mastodontes des télécoms.

Au fait, pourquoi ne pas directement négocier avec chaque réseau d'initiative publique, sans accord global ? Officiellement, la question est avant tout technique. Selon les fournisseurs d'accès et les réseaux publics, le principal problème est l'interconnexion des systèmes d'information. Il n'est pas intéressant pour un FAI de la taille d'Orange ou Free d'adapter son système informatique à chaque réseau, pour quelques dizaines de milliers de lignes, alors qu'il dispose déjà de millions de lignes à connecter en zones densément peuplées.

Une interopérabilité qui tarde

Dans l'absolu, la solution serait de garantir l'interopérabilité technique (voire commerciale) entre tous les réseaux publics et opérateurs. C'est l'objectif d'une plateforme, dont les travaux étaient d'abord dirigés par Bercy. Son arrivée a tardé, et sa conception a été confiée fin 2016 à la Fédération française des télécoms (FFT) et à celle des industriels des réseaux publics (Firip). Toujours sous l'égide de l'Agence du numérique.

Covage n'est pas le premier à signer sur un nombre massif de lignes avec des fournisseurs d'accès nationaux. L'an dernier, Free et Bouygues Telecom annonçaient des contrats avec Axione, filiale de Bouygues. L'entreprise doit gérer deux millions de lignes fibre, une nouvelle fois avec un système informatique cohérent. Alors que Free annonçait ne pas venir sur les réseaux de collectivités sans plateforme, il a choisi une solution pragmatique, face aux atermoiements des travaux communs.

À l'époque, le directeur de l'Agence du numérique, Antoine Darodes, estimait que les FAI nationaux iraient difficilement sur des réseaux gérés par des acteurs à moins de deux millions de lignes, en l'absence d'interopérabilité globale.

Dans tous les cas, la commercialisation reste une épine dans le pied des réseaux d'initiative publique en fibre, qui disposent de peu d'opérateurs (encore moins nationaux). Dans nos colonnes, l'Agence du numérique s'inquiétait récemment de voir des réseaux proposant uniquement un fournisseur d'accès verticalement intégré au groupe qui déploie (par exemple Orange ou SFR) sur une longue période.

Ils devront donc convaincre rapidement leurs concurrents de collaborer, alors que la bataille est déjà rude sur les zones très denses et les zones de coinvestissement, où Orange et SFR bataillent sur trois millions de lignes.


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