Fizzy : une assurance contre les vols retardés basée sur la blockchain d'Ethereum

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Crédits : Audy_indy/iStock
Crypto-monnaie
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le vendredi 15 septembre 2017 à 17:16
Kevin Hottot

La blockchain ne se limite pas aux crypto-monnaies. L'assureur Axa vient d'annoncer vouloir utiliser cette technologie afin de proposer de nouveaux produits. Premier ballon d'essai avec une assurance remboursant automatiquement le prix d'un billet d'avion en cas de retard.

En avril 2016, dans un salon d'une annexe de l'Assemblée nationale, La Commission supérieure du numérique et des postes (CSNP) organisait un colloque intitulé Blockchain : disruption et opportunités. 350 personnes, mêlant parlementaires, chercheurs, etudiants et entrepreneurs y étaient venues pour échanger autour d'une technologie qui commençait alors tout juste à intéresser le monde de l'entreprise : la blockchain.

Nous avions alors noté la présence de la directrice des affaires publiques de l'assureur Axa, Sandrine Duchene. Lors d'une table ronde elle évoquait l'intérêt de cette technologie dans son domaine d'activité, arguant qu'elle pourrait « permettre l'exécution plus rapide et moins couteuse des contrats d'assurance, ce qui est très important pour la qualité de service ». Mais à l'époque, aucune application concrète n'avait été évoquée. Un an et demi, et de nombreux smart contracts plus tard, l'assureur vient d'entrer pour de bon dans le bain.

Blockchain et vols retardés

Axa vient en effet d'enrichir sa gamme de produits avec Fizzy, une assurance proposant à ses souscripteurs d'être indemnisés directement et automatiquement en cas de retard supérieur à deux heures sur leur vol. Le versement de la somme est automatiquement déclenché grâce à un smart contract forgé sur la blockchain d'Ethereum. 

« Nous aurions pu nous appuyer sur une blockchain privée, mais nous avons souhaité mettre l'accent sur la transparence en choisissant Ethereum. Ainsi s'il le souhaite, un utilisateur avancé pourra directement consulter son smart contract et en surveiller le déclenchement » nous explique un représentant de l'assureur. Le coût de la prestation est calculé par un algorithme tenant compte de la probabilité de retard du vol « avec un facteur entre 10 et 40 fois » pour le montant de l'indemnité.

En pratique, une fois le contrat scellé, Axa scrute sur une base de données accessible publiquement l'heure à laquelle le vol du client s'est posé sur la piste. Si le retard observé est supérieur à deux heures, les termes du contrat sont appliqués directement, et l'utilisateur est averti de son remboursement dès son arrivée au terminal.

Contrairement à une assurance classique, aucun critère d'exclusion n'est prévu, une contrainte imposée par la nature du smart contract. Il serait en effet difficile de maintenir et de scruter des bases recensant l'infinité de « cas de force majeure » pouvant causer des retards. 

Une offre limitée aux vols transatlantiques, mais doit s'étendre

Pour l'heure, Axa réserve son offre aux vols transatlantiques directs vers les États-Unis au départ de l'aéroport Charles de Gaulle à Roissy, mais compte l'étendre au reste du monde courant 2018, à l'issue d'une première phase d'expérimentation. Il est à noter que l'indemnisation proposée par l'assureur est indépendante de celle prévue par l'Union européenne en cas de retard supérieur à 3 heures (hors « circonstances extraordinaires »). Les voyageurs peuvent donc dans certains cas cumuler ces deux options. 

L'assureur nous confie également avoir entamé des discussions avec une grande compagnie aérienne afin d'étudier la possibilité d'inclure cette assurance à ses offres. « Pour les compagnies aériennes cela pourrait être un avantage concurrentiel », résume Axa. Autre piste pour l'entreprise, proposer Fizzy en marque blanche pour les transporteurs, ou les agences de voyages.

L'aviation n'est qu'un début

L'utilisation de la blockchain chez Axa ne devrait pas se limiter à ce produit, mais pourrait être déclinée pour d'autres services pour lesquels il est facile de collecter des données fiables pour des évènements susceptibles de causer du tort aux personnes ou aux entreprises. 

« Par exemple, la consommation de bière est plus dépendante de la température à Marseille qu'à Strasbourg », nous explique l'assureur.  « Si la température passe sous un certain seuil, plus personne n'en achète. Une boutique pourrait donc assurer ses stocks de bière contre une vague de froid ». Dans pareil cas, il suffirait de déclencher le contrat si la température maximale dans une commune donnée ne dépasse pas un certain seuil pendant une durée précise. Une idée qui laisse la porte ouverte a bon nombre d'applications.


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