Vector et Virgin Orbit veulent démocratiser l'envoi de petits satellites en orbite

Tremble SpaceX... ou pas 34
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Nouvelle Techno
Sébastien Gavois

Pas de vacances dans la conquête de l'espace. Alors que SpaceX enchaine les lancements, deux autres sociétés privées veulent se lancer dans l'aventure : Virgin Orbit et Vector. La première a terminé les modifications sur son 747-400 qui servira de rampe de lancement, tandis que la seconde a fait décoller son second prototype.

Envoyer un satellite dans l'espace ne relève plus du défi depuis de très nombreuses années maintenant, c'est même devenu une routine (avec parfois des accidents de parcours). Pour rappel, la conquête de l'espace a commencé en 1957 avec la mise en orbite du premier satellite artificiel de la Terre par les Russes : Spoutnik 1. Les Américains ont rapidement répondu avec Explorer 1 un an plus tard.

Here come the new challengers

Alors que les deux superpuissances étaient pionnières dans ce domaine dans les années 60, une dizaine de pays disposent aujourd'hui de leurs propres moyens spatiaux explique la géographe Isabelle Sourbès-Verger du CNRS. Nous avons également vu naitre et se développer une société privée misant sur la réutilisation d'une partie de ses fusées : SpaceX. Sous contrat avec la NASA et l'US Air Force, la société d'Elon Musk en profite pour baisser les prix pour les partenaires privés ou étrangers (voir notre analyse).

La réussite de SpaceX semble donner des idées à d'autres qui veulent se aussi lancer dans ce domaine : Vector et Virgin Orbit. Cette dernière est une société de Virgin Group (Richard Branson) annoncée en mars 2017, alors qu'il s'agissait auparavant d'un projet de Virgin Galactic. Avec Vector, elles veulent mettre en orbite basse des petits satellites, un domaine où les Indiens sont pour le moment assez bien placés. 

Cosmic Girl prendra une fusée sous son aile chez Virgin Orbit

L'approche de Virgin Orbit n'est pas conventionnelle (du moins par rapport aux lancements actuels), mais se positionne dans le sillage de Virgin Galactic. Pour rappel, cette dernière veut envoyer de riches touristes faire un petit tour dans l'espace à l'aide de deux avions : un gros porteur WhiteKnightTwo emmènant avec lui un plus petit avion SpaceShipTwo afin de le larguer à environ 15 000 mètres d'altitude. Ce dernier allume ensuite son moteur pour aller faire un tour dans l'espace.

Pour envoyer des satellites, Virgin Orbit utilisera un Boeing 747-400 spécialement aménagé et baptisé Cosmic Girl. Il prendra sous son aile (littéralement) une fusée LauncherOne. Celle-ci dispose d'un seul moteur (NewtonThree) sur son étage principal. Il sera allumé pendant environ 3 minutes. Ensuite, le moteur (NewtonFour) de l'étage supérieur prendra le relai. Bref, c'est un peu comme si l'avion faisait office de premier étage réutilisable.

Sans pas de tir, Virgin Orbit veut placer 300 kg à 500 km d'altitude

Virgin Orbit annonce pouvoir envoyer 300 kg de charge utile (en un ou plusieurs satellites) jusqu'à 500 km de hauteur (à titre de comparaison la Station Spatiale Internationale se trouve 400 km au-dessus de nos têtes). Pas de quoi lancer des satellites géostationnaires (36 000 km), mais surement un bon moyen de réduire les coûts pour de petits lancements sur une orbite basse, reste à voir dans quelle mesure.

Avant de pouvoir se lancer, il fallait procéder à de nombreuses et lourdes modifications sur le Boeing 747-400 servant auparavant à transporter des passagers pour la compagnie aérienne Virgin, puis passer les étapes d'inspections et validation par les autorités compétentes (notamment la FAA). C'est désormais le cas, et Cosmic Girl a fait son premier vol pour atterrir à l'aéroport de Long Beach en Californie.

Reste maintenant à passer la seconde : accrocher la fusée LauncherOne sous l'aile et l'envoyer en orbite. Les premiers essais sont prévus pour la première partie de l'année 2018 selon TechCrunch. Il est encore trop tôt pour parler de tarif, mais le but est évidemment d'être compétitif par rapport au marché actuel.

virgin orbitvirgin orbit

Second lancement réussi pour Vector

Virgin n'est pas la seule à vouloir croquer une part de ce juteux gâteau, la société privée Vector veut aussi en être avec Vector-R, une des deux fusées qu'elle compte produire. Elle vient de lancer son second prototype (grandeur nature) de sa microfusée, après un premier essai en mai de cette année.

Si Virgin Orbit ne compte pas envoyer de charges lourdes, Vector descend encore d'un cran avec 65 kg de charge utile au maximum, sur une orbite basse bien évidemment. La société compte par contre multiplier les lancements puisqu'il serait question de centaines de fois par an selon nos confrères de The Verge.

La société veut devenir « le McDonald's de la fusée »

Vector ne veut pas réinventer la roue et multiplier les engins issus du même moule : « nous allons construire la même chose encore et encore, comme le McDonald's de la fusée » explique le PDG Jim Cantrell à nos confrères.

Si la société n'est pas spécialement connue pour le moment, elle dispose dans ses rangs d'ingénieurs qui n'en sont pas à leur coup d'essai : Jim Cantrell et John Garvey sont des anciens de SpaceX, Ken Sunshine est passé chez Virgin Galactic, etc. Toujours selon The Verge, la société a levé 21 millions de dollars, totalisant ainsi plus de 30 millions de dollars de financement.

Les petits satellites intéressent de plus en plus

Pour reprendre Jérôme Vila (il a notamment travaillé sur Ariane 5 pour le CNES), nous vivons donc « un moment intéressant où tout se transforme ». En effet, si les satellites de télécommunication deviennent de plus en plus gros, la demande pour de petits satellites (moins de 150 kg) suit une courbe exponentielle, et c'est « la première fois dans la conquête spatiale » ajoutait-il fin 2016.

Pour Isabelle Sourbès-Verger (géographe au CNRS), « le grand changement serait une forme de démocratisation de la technologie spatiale, à plus bas coût : un petit lanceur avec un petit satellite ».  Nous sommes en plein dedans, à condition que Virgin Orbit et Vector tiennent leurs promesses (fiabilité, coût, etc.). Cette fin d'année et surtout 2018 promettent d'être passionnants sur ce sujet.


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