Une association dénonce la privatisation prochaine des voitures-radars

Machine à cash, machine anti-crash ? 346
En bref
image dediée
Crédits : iStock
Loi
Marc Rees

La perspective d’une privatisation des voitures-radars ne laisse pas insensible l’association 40 millions d’automobilistes. Celle-ci vient de lancer une campagne sur le Net pour s’opposer à un tel dispositif.

Cette association lance ce jour sa première manifestation numérique pour s’opposer à cette initiative confirmée encore récemment par le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux.

« Dans une interview diffusée sur LCI le 8 janvier 2017, rappelle-t-elle dans son communiqué, le ministre (…) confirmait que l'appel d'offres pour la mise en place de la mesure était en cours. Les sociétés sélectionnées seront rémunérées en fonction du temps passé sur la route… Le but étant, bien entendu, que ces véhicules tournent le plus de temps possible, afin de verbaliser un maximum d'usagers ! » s’égosille 40 millions d’automobilistes.

Des prestataires privés en charge d'une flotte de 440 véhicules

Cette mesure, dont on aura davantage de détails lors d'un point presse vendredi, a été poussée en octobre 2015 par le Comité interministériel de la sécurité routière.  Dans un rapport, il préconisait d’ « augmenter, dans les meilleurs délais, l’utilisation des radars embarqués dans des véhicules banalisés, en confiant leur mise en oeuvre à des prestataires agréés, sous étroit contrôle de l’État ». Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière, avait déjà annoncé une telle expérimentation début 2017, qui sera suivie par un appel d’offre public. 

« Personne ne sera épargné par ce système impitoyable, dénonce encore l’association. Ces véhicules capables de flasher dans les deux sens de circulation fonctionneront jour et nuit avec pour seul objectif le profit sur le dos des automobilistes. » Fin 2016, un tel projet avait été aussi épinglé par un député qui au travers d’une question parlementaire citait un sondage Harris Interactive d'avril 2016, selon lequel « trois français sur quatre (76 %) estiment que cette mesure ne vise qu'à faire rentrer davantage d'argent dans les caisses de l'État, via les contraventions ».  

Libérer des centaines de policiers, des milliards d'euros dans les caisses de l'État

Sur l’antenne d’Europe 1, Emmanuel Barbe a regretté qu’ « aujourd’hui nous avons 380 voitures qui sont conduites, soit par deux policiers soit par deux gendarmes. Or ils ne font pas grand-chose à bord de ces véhicules ». L’enjeu de ce projet est donc de libérer les forces de l’ordre, mais aussi faire tourner davantage cette flotte portée à 440 voitures dans quelques mois.

Actuellement, cette cohorte ne circule que « moins d’une heure par jour » sur les routes françaises tout en mobilisant quelques 400 forces de l'ordre. Ces véhicules rouleront donc plus, sous l’égide de sociétés privées, rémunérées au temps passé sur les routes, non au nombre de PV constatés par les dispositifs embarqués.

Sur la même antenne Pierre Chasserey, le délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, dénonce « ce trait d’union » entre entreprises et sécurité routière. Une machine à faire du chiffre, selon lui. « Avec 440 voitures qui roulent huit heures par jour et qui flashent une fois toutes les deux minutes à 56 euros la contravention en moyenne, ça fait 2,2 milliards d’euros dans les caisses de l’État chaque année ». Pour Emmanuel Barbe, au contraire, il n'y a pas d'autre enjeu que d’accroitre la sécurité sur les routes. Et celui qui respecte la vitesse ne risque absolument rien.

Les radars embarqués et les données personnelles

Ces radars embarqués, déjà évoqués dans nos colonnes lors de leur expérimentation technique en 2013, sont en capacité de contrôler la vitesse en déplacement, même des véhicules croisés sur la route. La CNIL n’avait pas été consultée à l’époque au motif que ces radars avaient déjà été couverts par un arrêté du 13 octobre 2004 qui lui, avait décroché son avis favorable. « Les données collectées sont les mêmes que pour les radars fixes dans la mesure où seules les données relatives aux véhicules en infraction sont concernées ».

Rappelons qu'ils disposent d’une marge technique de 10 km/h pour des vitesses inférieures à 100 km/h et de 10 % pour les limitations de vitesse supérieures à 100 km/h, à comparer aux 5 km/h et 5 % pour les autres radars de vitesse. Avec le basculement de ces outils dans les mains de sociétés privées, l'exécutif pourra d'ici 2019 davantage exploiter de nouveaux instruments comme le croisement de données entre le fichier des assurés et les radars automatiques, histoire d'identifier les contrevenants à la volée.


chargement
Chargement des commentaires...