Standards du Net : l'IETF s'inquiète du décret anti-immigration de Donald Trump

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Crédits : Bastiaan Slabbers/iStock
Loi
Guénaël Pépin

L'Internet Enginnering Task Force s'élève contre les politiques visant à limiter l'immigration. Pour l'organisation, il s'agit d'un frein pour son activité et le développement des standards d'Internet. Une prise de parti politique rare de la part de cette entité « technique ».

L'Internet Engineering Task Force (IETF), l'organisation où se décident les standards du Net, entre dans la bataille contre le décret anti-immigration de Donald Trump. Le texte interdit temporairement l'entrée aux États-Unis pour les ressortissants de six pays à majorité musulmane, et de manière permanente pour la Syrie. Les contrôles aux aéroports se sont également intensifiés, créant des problèmes signalés par de nombreux voyageurs.

Dès sa signature, le décret a engendré une levée de boucliers de dizaines d'entreprises de groupes numériques, dont les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), comme nous l'avions détaillé. Les dons à l'ACLU, une organisation qui combat légalement ces mesures, ont afflué de la part de ces sociétés et de leurs employés. En parallèle, certains groupes se préparent à soutenir les attaques légales contre le texte présidentiel. Une vision si protectionniste cadre mal avec les intérêts financiers et la philosophie affichée par ces parangons d'un Internet mondial.

Une circulation des personnes essentielle pour l'IETF

Dans un billet de blog, l'IETF explique « ne pas commenter les affaires politiques. Mais nous commentons les sujets qui affectent l'IETF et Internet ». Deux problèmes se posent selon l'institution. Le premier est l'entrée de ressortissants étrangers aux États-Unis pour les conférences de l'organisation. Le second est la capacité des membres américains de voyager dans d'autres pays. 

« Nous croyons que le développement des protocoles Internet est au meilleur quand des gens divers peuvent offrir leurs contributions, et nous sommes affectés négativement par les politiques qui empêchent ces collaborations » argue encore l'entité, qui dit surveiller la situation de près. La prochaine réunion, prévue en mars, sera maintenue à Chicago mais l'endroit de l'événement nord-américain suivant est encore à débattre.

Rappelons que les membres de l'IETF sont pour beaucoup des ingénieurs de groupes numériques. Il n'est donc pas si étonnant que la direction de la Task Force soit si proche de celle des entreprises américaines du secteur.

Vers une politisation des instances techniques du Net ?

Cela reste une incursion rare dans la politique pour l'IETF, qui préfère habituellement se considérer comme un organe purement technique. C'est même cette vision d'elle-même que la Task Force donne dans son billet. Cette situation rappelle, en un sens, celle de l'ICANN, le gestionnaire des ressources d'Internet (adresses IP et noms de domaine, entre autres choses).

La communauté derrière l'ICANN ne semble avoir réellement accepté la portée politique de l'organisation qu'après les révélations d'Edward Snowden sur la surveillance de la NSA. La gestion des ressources du réseau devenait un enjeu politique, poussé par des pays opposés aux États-Unis, pour des raisons fortement symboliques. Avant cela, le sujet de la mainmise américaine sur le responsable mondial des ressources du Net était un serpent de mer, aisément balayé par l'administration.

Après les révélations Snowden, les États-Unis ont dû lâcher du lest et accepter de se séparer de l'ICANN, qui avait ouvertement déclaré sa volonté d'émancipation. Le pays a tout de même posé la condition d'une gouvernance multipartite, qui ne laisse pas la main qu'aux États. Le nouveau plan, présenté à l'été 2016, y répond et est censé le garantir, même si la place des gouvernements et des pays émergents au sein de l'institution pose toujours question... Cela alors que l'ICANN est officiellement indépendante depuis octobre.


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