Open Data : du freemium pour les horaires en temps réel de la RATP

Métro, c'est trop 59
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Crédits : Sébastien Bonaimé/iStock
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le jeudi 05 janvier 2017 à 16:20
Xavier Berne

La RATP a ouvert, mardi 3 janvier, ses horaires en temps réel. Comme la SNCF, la régie autonome a cependant opté pour un modèle « freemium », au prix de quelques entorses à la loi Macron et aux principes de l’Open Data...

S’il était jusqu’ici possible pour les développeurs d’accéder aux horaires prévisionnels des métros, trams, bus... de la Régie autonome des transports parisiens (RATP), ceux en temps réel leur faisaient encore cruellement défaut. Il est pourtant facile d’imaginer ô combien ces données sont précieuses : avec les seuls horaires théoriques, impossible de calculer ou d’adapter un trajet face aux (nombreux) aléas auxquels peuvent être soumis les transports en commun...

Depuis la plateforme d’Open Data de la RATP, il est donc désormais possible de télécharger ces horaires en temps réel, via une API dédiée. « Nous avons travaillé pendant six mois et investi un million d’euros pour dupliquer nos serveurs et préparer cette ouverture des données temps réel dans de bonnes conditions » a expliqué au Monde Dominique de Ternay, le directeur marketing de la régie autonome.

ratp open data api

Plusieurs limitations sont toutefois imposées par le célèbre transporteur. L’accès aux données est gratuit, mais uniquement dans la limite de 30 millions de requêtes par mois (ou 200 par seconde). « La connexion au service devra se faire en mode compressé », précise par ailleurs l’opérateur, avant d’ajouter que chaque réutilisateur sera soumis au respect de la licence ODbL.

Autre contrainte, d’ordre plus pratique cette fois : pour s’authentifier via l’API, il faut nécessairement remplir un formulaire d’inscription, qui est à renvoyer par mail.

Entorses aux principes de gratuité et de libre accès

Si ce pas en avant satisfera probablement bon nombre de start-ups et de développeurs, force est de constater qu’il est bien éloigné de ce qu’impose, depuis novembre 2015, la loi Macron. Horaires théoriques et en temps réel, arrêts, incidents sur le réseau, tarifs... En principe, toutes ces données devraient être mises en ligne « librement, immédiatement et gratuitement », dans un « format ouvert », et ce par tous les fournisseurs de « services réguliers de transport public de personnes » (train, métro, bus, avion...).

Or on voit bien que la plupart des conditions imposées par la RATP (volume limité de requêtes gratuites, inscription obligatoire...) ne sont guères compatibles avec les principes de gratuité et de libre accès des données...

Bientôt un code de conduite homologué pour la RATP ?

Comment expliquer cette situation ? La loi Macron offre une belle sortie de secours aux transporteurs. Dès lors qu’ils adhèrent à des codes de conduite, des protocoles ou des lignes directrices, établis par leurs soins (et rendus publics après homologation ministérielle), les acteurs optant pour cette solution sont réputés remplir leurs obligations législatives.

Cette option se révèle taillée sur mesure pour ces transporteurs qui, comme la SNCF ou la RATP, souhaitent mettre en place des modèles de type « freemium ». Des « dérogations au principe de gratuité » peuvent en effet être intégrées dans ces espèces de chartes, à l’encontre des « utilisateurs de masse ».

Seul hic : à ce jour, aucun code de conduite, protocole ou ligne directrice n’a été officiellement homologué et rendu public, pour la RATP ou n’importe quel autre transporteur... Par défaut, ce sont donc les dispositions du nouvel article L 1115-1 du Code des transports, issu de la loi pour la croissance et l’activité du 6 août 2015, qui ont vocation à s’appliquer.

Une source proche du dossier nous confiait il y a quelques jours que de premiers codes de conduite étaient « en voie de finalisation pour début 2017 ». Les ministères de l’Économie et des Transports se sont cependant murés dans le silence face à nos sollicitations (voir notre article).


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