Un député veut généraliser la détection des comportements par vidéosurveillance

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Crédits : maxkabakov/iStock
Loi
Xavier Berne

Tandis que certains élus plaident depuis plusieurs mois pour que les forces de l’ordre puissent recourir plus facilement à des logiciels de reconnaissance faciale, un député demande au ministre de l’Intérieur de généraliser les dispositifs de détection des « comportements suspects » par vidéosurveillance, afin de lutter contre le terrorisme et la criminalité.

D’après le député du Rhône, Michel Terrot, l’utilisation de la « vidéosurveillance intelligente » relève d’une véritable « nécessité ». Pour appuyer sa requête, formulée au travers d’une question écrite, le parlementaire Les Républicains cite en exemple l’expérimentation menée depuis l’année dernière par la SNCF afin de détecter instantanément des mouvements de foule anormaux ou de potentielles menaces.

Des sytèmes déjà en place

La société ferroviaire recourt en effet à un logiciel d’analyse comportementale repérant « le changement de température corporelle, le haussement de la voix ou le caractère saccadé de gestes qui peuvent montrer une certaine anxiété ». Selon Michel Terrot, « ce système permet aussi de repérer automatiquement et d'alerter sur le champ en cas d'intrusion d'une personne dans une zone interdite, ou en cas de chute sur la voie ».

L’élu poursuit sa démonstration au travers d’un autre exemple : « Il existe également un projet très avancé de caméra intelligente, mené par deux équipes du laboratoire électronique informatique et image (Le2i) de l'université de Bourgogne, actuellement expérimenté sur le campus de Dijon. » Si Sciences et avenir expliquait en début d’année que ce système avait notamment vocation à guider automatiquement des personnes vers la sortie d’un bâtiment en feu (voir leur article), Michel Terrot retient quant à lui que ces caméras peuvent « détecter les mouvements et donner automatiquement l'alerte, en cas de situations anormales, un comportement atypique par exemple ».

N’en jetez plus ! « Compte tenu de l'efficacité de ces nouveaux systèmes informatiques », le député demande à Bernard Cazeneuve « de lui préciser à quelle échéance il compte généraliser l'emploi de ces nouveaux systèmes de vidéosurveillance intelligente dans le cadre de la prévention et de la lutte contre la criminalité et le terrorisme ».

Encore beaucoup d’incertitudes techniques

Un récent rapport sénatorial consacré à la biométrie indiquait néanmoins que ce genre de dispositifs étaient encore loin d’être aussi performants que le laisse entendre Michel Terrot. « À ce stade, ces dispositifs présentent encore des incertitudes techniques : les reconnaissances faciales statiques (prise de photographies devant une borne prévue à cet effet) ont un taux de réussite compris entre 70 et 90 %. Les systèmes de reconnaissance dynamique (reconnaissance du visage d’une personne se déplaçant dans une foule) ont un taux d’erreurs encore supérieur » expliquait ainsi l’un de ses auteurs, François Bonhomme (LR).

Cela n’a toutefois pas empêché les deux rapporteurs de préconiser une expérimentation (pour une durée d’un an) « de la reconnaissance faciale reliant les systèmes de vidéoprotection à des fichiers de "personnes à risque" ». L’objectif est toutefois différent des systèmes de « vidéosurveillance intelligente » de Michel Terrot. Dans un cas, il s’agit de repérer automatiquement certains individus, dans l’autre, de détecter des comportements potentiellement dangereux.

Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la CNIL, nous a assez clairement fait part de sa frilosité vis-à-vis de la reconnaissance faciale : « On comprend les raisons qui poussent à utiliser ce type d'outils – du fait de la lutte contre le terrorisme –, mais nous sommes très vigilants qu'au terme des expérimentations qui seront menées, des garanties très très strictes soient bien mises en place. » L’institution avait également promis des contrôles poussés s’agissant du test mené par la SNCF.


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