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Publicités nuisibles et agaçantes : un blocage dans Chrome dès 2018, Google détaille sa stratégie

Contributor is back
Internet 7 min
Publicités nuisibles et agaçantes : un blocage dans Chrome dès 2018, Google détaille sa stratégie
Crédits : moshbidon/iStock

Google a décidé de bloquer les publicités dans Chrome sur les sites qui ont des pratiques néfastes. De quoi changer la donne pour le secteur, d'autant que les éditeurs ne maitrisent pas toujours leurs espaces. Le géant du Net en profite pour lancer Funding choices qui mettra en avant son service Contributor.

Google passe à l'offensive. Si l'on savait que le géant du Net se préparait à agir contre les dérives publicitaires et la montée en puissance du blocage par les utilisateurs, son plan d'action est désormais en partie officiel. 

Comme prévu, cela passera notamment par Chrome. Dans un billet de blog, on apprend ainsi qu'en complément du blocage des pop-ups, certains formats publicitaires ne seront plus autorisés. La société précise que cela concernera aussi bien celles distribuées par ses outils que par ceux de la concurrence, et que les règles seront principalement celles établies par la Coalition for Better Ads, les Better Ads Standards

30 jours pour réagir en cas de problème, ou toutes les publicités seront bloquées

Il faudra donc que les éditeurs apprennent à dire adieu aux interstitiels et autres publicités qui lancent du son par défaut ou sont animées de manière trop « active ». Ce blocage sera mis en place début 2018, laissant aux acteurs du marché quelques mois pour paniqu... se préparer.

D'autant que ce blocage, une fois actif, ne fera pas dans le détail. En cas d'infraction, une notification sera donnée par email, et si rien ne change, Google précise que « Chrome filtre les annonces de votre site si l'état de votre rapport relatif à l'expérience publicitaire correspond à "Échec". Par conséquent, quelle que soit la région dans laquelle ils se trouvent, les internautes qui consulteront vos pages avec le navigateur Chrome ne verront pas les annonces qui y sont diffusées ».

Cela interviendra dans les « 30 jours calendaires après l'affichage de la notification dans le rapport relatif à l'expérience publicitaire ». C'est donc le temps qu'un éditeur aura pour corriger les choses et le faire savoir à Google, notamment en demandant un nouvel examen de son site.

Attention, s'il est possible de faire une demande aussi souvent que vous le souhaitez, « à partir de la troisième demande, le démarrage de l'examen est différé de 30 jours ». Notez tout de même que les résultats seront gérés de manière différente pour ordinateur et pour mobile. Une action sur l'un n'entrainera pas forcément une action sur l'autre.

Une tolérance plus ou moins forte selon les cas

Il existe tout de même différents niveaux d'action, notamment avec la notion d'avertissement. En effet, si Google détecte « un certain nombre d'expériences publicitaires qui ne respectent pas les normes Better Ads Standards. Vous devez résoudre les problèmes le plus rapidement possible et soumettre votre site pour un nouvel examen ». C'est seulement si vous ne le faites pas que vous passerez en statut d'échec, et donc dans la procédure vous laissant 30 jours pour réagir.

Notez qu'une situation peut vous mener directement à ce statut : si vous diffusez ce que Google nomme les expériences publicitaires nuisibles. Plusieurs possibilités sont ici évoquées, dont la plupart correspondent à des formats qui faisaient déjà l'objet d'actions de la part du géant du Net. Ce sera ainsi le cas lorsqu'une publicité :

  • Fait appel à des logiciels malveillants ou indésirables qui peuvent être installés sur l'ordinateur de l'internaute.
  • Conduit à une tentative d'hameçonnage.
  • Vise à tromper l'internaute pour l'inciter à télécharger un logiciel (malveillant ou non), ou à installer un logiciel malveillant ou indésirable.
  • Entraîne une redirection automatique sans intervention de l'internaute.
  • Fait intervenir des composants qui prêtent à confusion (tels qu'un bouton de fermeture qui ne ferme pas l'annonce, mais effectue un clic sur cette dernière ou renvoie vers un autre contenu).
  • Présente un contenu trompeur destiné à piéger l'internaute. Par exemple, l'annonce peut sembler correspondre à un message système tel qu'un bouton de mise à jour.

La publicité automatisée va devoir se réformer

Ceux qui connaissent le marché publicitaire savent que cette notion introduit une problématique importante : celle de la programmatique. En effet, désormais les publicités sont placées de manière presque totalement automatisée sur de nombreux sites. Les éditeurs ne savent ainsi par toujours ce qui est affiché, sous quelle forme et de quelle manière.

C'est notamment ce qui est à l'origine de nombreux abus, des centaines de trackers par page aux scripts malveillants. C'est aussi ce qui avait poussé la CNIL à préciser ses règles récemment pour établir les différents cas et les responsabilités de chacun dans de telles situations.

Mais avec la possibilité d'un blocage des publicités par un navigateur aussi présent que Chrome, le contrôle va devoir se renforcer. Une plateforme publicitaire qui laisserait par exemple passer une redirection vers l'App Store d'Apple comme cela arrive encore souvent sur certains sites pourrait mener à un blocage généralisé de ses clients.

Autant dire que ces derniers risquent de renforcer leur vigilance. Certains regretteront d'ailleurs sans doute que Google ait dû commencer à taper du poing sur la table pour que de telles actions soient prises, alors que de nombreux acteurs alertent sur ce sujet depuis des années.

Vendre les données, ses contenus ou des abonnements

Tout cela devrait aussi venir renforcer des tendances fortes dans les modèles économiques du web, et qui sont parfois les unes à l'opposé des autres. Celle qui tend à se déporter de la publicité traditionnelle pour plutôt collecter, utiliser voire revendre les données des visiteurs. Une solution qui va sans doute être freinée par la mise en place d'ePrivacy et du RGPD dès l'année prochaine.

D'autres préfèreront donc vendre plutôt leur influence et leur contenu afin de mettre leurs pages au service de la communication des marques. À l'inverse, ceux qui veulent préserver les données de leurs membres et la neutralité de leurs contenus vont miser de manière croissante sur les abonnements, que ce soit pour la presse ou les services.

Un outil d'alerte mis en place

« Nous savons que de nombreux développeurs tirent la majeure partie de leurs revenus de la publicité en ligne, et nous voulons rendre le respect de ces règles aussi simples que possible » explique Google, qui précise que ces dernières années les utilisateurs n'ont eu de cesse de se plaindre des pratiques du secteur, notamment en installant des bloqueurs en tout genre. 30 % de plus rien que l'année dernière selon PageFair

Pour simplifier la vie de ceux qui sont concernés, un outil a été mis en place : le rapport relatif à l'expérience publicitaire. Intégré au sein des Web tools de la Search Console, il permettra à chacun de savoir si l'expérience de ses sites n'est pas conforme aux règles sur ordinateur ou sur mobile.

Seuls les propriétaires identifiés d'un domaine peuvent avoir accès aux résultats. « Si notre système d'examen détecte à plusieurs reprises des expériences publicitaires de nature à gêner vos utilisateurs, elles seront répertoriées » précise Google qui détaille les choses sur cette page.

Enfin, notez que Google diffuse un guide des bonnes pratiques publicitaires, accessible à tous :

Funding choices et Contributor pour sensibiliser les utilisateurs (au profit de Google)

Dernière brique mise en place, celle qui intéresse directement Google. Avec Funding choices, la société permet aux éditeurs d'afficher un message d'alerte aux utilisateurs d'un bloqueur de publicité. Un marché occupé un moment par de nombreuses startups qui ont décidé de se lancer dans ce domaine, et qui ne verront sans doute pas d'un bon œil cette nouvelle concurrence. 

D'autant que le géant du Net va en profiter pour mettre en avant son service maison qu'il a récemment décidé de relancer : Contributor. En effet, le message aura pour but d'inviter les visiteurs à réactiver la publicité ou à payer via cet outil pour s'en débarrasser. Bien entendu, Google touchera ici sa commission.

Là aussi des sociétés avaient décidé de se lancer sur un tel marché, Eyeo (Adblock Plus) en tête. Mais le poids de Google et ses liens déjà profonds avec de nombreux éditeurs devraient sans doute l'aider à convaincre. Pour le moment, Funding Choices est disponible en version bêta en Allemagne, en Angleterre, en Australie, aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande.

Espérons qu'une fois proposé en version finale, il permettra de mettre en avant d'autres alternatives.

38 commentaires
Avatar de carbier INpactien
Avatar de carbiercarbier- 02/06/17 à 07:03:02

Et Google décide un peu plus chaque jour ce que devrait être Internet pour le commun des mortels, en n'omettant pas bien entendu de pousser ses propres services au passage.
La pieuvre continue de grossir et va certainement un jour être obligée de scinder ses activités sous peine d'attaque pour abus de position dominante.

Édité par carbier le 02/06/2017 à 07:03
Avatar de Liara T'soni INpactien
Avatar de Liara T'soniLiara T'soni- 02/06/17 à 07:13:00

carbier a écrit :

va certainement un jour être obligée de scinder ses activités sous peine d'attaque pour abus de position dominante.

Déjà plus ou moins le cas, d'ou la création d'alphabet il me semble, afin de séparé les différentes activités telles qu'Android / google search / voiture autonome...

Avatar de Ricard INpactien
Avatar de RicardRicard- 02/06/17 à 07:17:04

Une raison de plus d'utiliser Firefox et µBlock Origin.:D

 

carbier a écrit :

Et Google décide un peu plus chaque jour ce que devrait être Internet pour le commun des mortels, en n'omettant pas bien entendu de pousser ses propres services au passage.

+1

Avatar de David_L Équipe
Avatar de David_LDavid_L- 02/06/17 à 07:27:21

Ricard a écrit :

Une raison de plus d'utiliser Firefox et µBlock Origin.:D

La différence reste que Google et Better ads, ça essaie de trouver une solution pour financer les sites via la pub, mais de manière plus responsable. A l'inverse, les bloqueurs n'ont fait qu'accentuer le problème, et ne représentent en rien une solution à terme. On peut ne pas aimer Google, mais leur initiative n'est pas mauvaise, et FF n'a pas vraiment eu de vision sur le sujet (sauf à tout bloquer pour jouer les défenseurs de la vie privée sans tenter de regarder plus loin).

 

carbier a écrit :

Et Google décide un peu plus chaque jour ce que devrait être Internet pour le commun des mortels, en n'omettant pas bien entendu de pousser ses propres services au passage.
La pieuvre continue de grossir et va certainement un jour être obligée de scinder ses activités sous peine d'attaque pour abus de position dominante.

Le souci vient plus de l'initiative Funding choices et de son lien avec Contributor. Google ne peut jamais s'empêcher de faire de l’opportunisme, même dans les situations où ils ont un rôle intéressant à jouer. Je l'ai déjà développé dans d'autres papiers, mais on est quand même bien content que Google vienne pousser HTTPS, ou qu'ils aient un rôle d'arbitre sur d'autres positions qui sont dans l'intérêt des internautes.

Après le problème c'est plus le fait qu'ils soient sans contre-pouvoir, et que tout le reste du secteur n'est jamais foutu de se mettre d'accord pour faire des choses qui pourraient aller dans le bon sens. Stopper la folie publicitaire, sérieusement, ça fait combien d'années qu'on en parle et qu'on sait à quoi elle va mener ? 

On pourrait attendre des actions fortes de la CNIL, du G29, de l'EU, et ça arrive. Mais bien tard, et encore, on en est encore à pinailler sur le contenu d'ePrivacy dont les effets ne vont pas se faire vraiment sentir avant les premières sanctions de ceux qui déconneront, donc dans un moment.

Avatar de 127.0.0.1 INpactien
Avatar de 127.0.0.1127.0.0.1- 02/06/17 à 07:27:24

Google, le Texas Ranger du web.

Avatar de tifounon Abonné
Avatar de tifounontifounon- 02/06/17 à 07:35:58

Google est hélas obligé de faire quelque chose pour se démarquer les autres.
 Sa position de mastodonte lui permet ce genre d'actions là ou tous les autres -et que Daivid rappelle bien- s'écharpent sur la taille de la police à utiliser ou le placement des virgules.

Avatar de jeje07bis INpactien
Avatar de jeje07bisjeje07bis- 02/06/17 à 07:38:04

Pour un logiciel qui s'installe souvent à l'insu de l'utilisateur et avec une grosse pub sur la page de google.com (enfin j'imagine que c'est toujours le cas), c'est assez comique.

Avatar de anonyme_d5bf0b9f87fd15affa58563db3b0ac5d INpactien

127.0.0.1 a écrit :

Google, le Texas Ranger du web.

:yes: 

ou Google, le Judge Dredd du web.

ou Google, le Pizza Hut en 2032 (du film Demolition Man).

Avatar de Oliewan Abonné
Avatar de OliewanOliewan- 02/06/17 à 07:51:48

Ricard a écrit :

Une raison de plus d'utiliser Firefox et µBlock Origin.:D

 

+1

Pluzin aussi

Avatar de LostSoul Abonné
Avatar de LostSoulLostSoul- 02/06/17 à 08:17:25

Clairement, Google est à la fois juge et partie dans la problématique

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