Condamné pour son selfie avec un Jean-Marie Le Pen dormant

Et avec la belle au bois dormant ? 339
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Crédits : LembiBuchanan/iStock
Justice

Dans le cadre d’une procédure de référé, Jean-Marie Le Pen a réussi à faire reconnaître qu’un selfie pris à son insu alors qu’il dormait constituait une atteinte à son droit à l’image. Le cliché s’est pendant ce temps répandu comme une traînée de poudre...

À l’origine du litige : un selfie datant de plusieurs années mais publié sur FacebookInstagram et Twitter le 12 décembre dernier, la veille du second tour des régionales. On y voit le danseur Brahim Zaibat se prendre en photo – sourire crispé – avec Jean-Marie Le Pen, installé juste devant lui dans un avion. L’ancien président du Front National est manifestement en train de faire une sacrée sieste...

Affublée du commentaire « Mettez les KO demain en allant tous voter. Pour préserver notre France fraternelle », l’image est rapidement « aimée » et retweetée plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux. Une publicité qui n’a pas plu à l’ancien leader du principal parti d’extrême droite français, puisque celui-ci s'est tourné vers la justice pour réclamer 50 000 euros de dommages et intérêts à l’auteur du selfie, pour « atteinte au droit à l'image et au respect de la vie privée ».

Au travers d’une ordonnance de référé rendue mercredi 10 février, consultée notamment par l’AFP, le tribunal de grande instance de Paris a finalement donné raison à Jean-Marie Le Pen. Aux yeux du juge, ce selfie présente certes « un caractère humoristique », tout en ayant été utilisé par Brahim Zaibat « pour faire passer un message politique », mais il « n'en constitue pas moins une atteinte au droit exclusif dont M. Le Pen dispose sur son image ». Et pour cause, « il a été réalisé et diffusé sans son autorisation et sans être justifié par le sujet d'actualité politique en cause, avec lequel il ne se rattache que d'une manière artificielle ».

Bel effet Streisand

Estimant que le cliché n’était « ni dégradant, ni malveillant », la justice n’a accordé qu’un euro symbolique à l’ancien candidat à la présidentielle. Le fait que Jean-Marie se trouvait alors dans un lieu public « n'est pas de nature à diminuer son droit d'obtenir réparation pour atteinte à sa vie privée », indique pourtant la décision, citée cette fois par Le Monde. « Admettre le contraire reviendrait à considérer que les personnes jouissant d'une certaine célébrité ne bénéficient pas du même droit que les autres de fréquenter les lieux publics et constituerait une mesure discriminatoire. »

Brahim Zaibat a néanmoins été enjoint à supprimer son selfie dans les 48 heures, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard. Il devra également verser 3 000 euros à la victime au titre de ses frais de justice. L’avocat du condamné a fait savoir qu’il interjetterait appel de cette décision.

Si cette affaire ranime les débats sur la liberté d’expression et ses frontières, force est de constater qu’en lançant cette action, Jean-Marie Le Pen a surtout fait exploser la visibilité de l’image litigieuse – alors qu’il se plaignait initialement de l’atteinte à sa vie privée. Le selfie litigieux a en effet été exposé à de très nombreuses reprises du fait de sa couverture par la presse, et ce y compris par les médias étrangers.

Publiée le 11/02/2016 à 10:00
Xavier Berne

Journaliste, spécialisé dans les thématiques juridiques et politiques.

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