The DAO : une entreprise décentralisée sur une blockchain lève 150 millions de dollars

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Crédits : Alexei Tacu/iStock/ThinkStock
Crypto-monnaie
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le vendredi 20 mai 2016 à 15:16
Kevin Hottot

En trois semaines, le projet The DAO est parvenu à lever, via un système de financement participatif basé sur une crypto-monnaie, plus de 150 millions de dollars. L'objectif derrière cette initiative est de créer l'une des premières entreprises au monde pilotée en utilisant une blockchain.

Au début du mois de mai, une étrange campagne de financement participatif a pris forme. Elle a pour but de financer « The DAO » une sorte d'entreprise n'existant que sur une blockchain, en l'occurrence, celle d'Ethereum. Il s'agit d'une crypto-monnaie qui a connu un essor rapide ces derniers mois, grâce à la capacité qu'a sa chaine de blocs d'exécuter des « smart contracts », un dispositif d'exécution automatisée de contrats qui intéresse fortement les banques et les compagnies d'assurance.

Une DAO, qu'est-ce que c'est ?

Avant d'aller plus loin concernant The DAO, il faut d'abord définir ce qu'est une DAO (Decentralized Autonomous Organization). Il s'agit d'une forme d'entreprise se voulant complètement autonome et décentralisée. Une DAO n'a aucune forme juridique, ni même de réalité physique, elle n'existe que par sa présence dans une blockchain. Selon le principe même de la blockchain, ses comptes sont donc totalement transparents, tout comme les échanges entre ses participants.

Une DAO ne peut pas employer de salariés, ni même acheter de biens, elle doit donc impérativement faire appel à des fournisseurs extérieurs pour remplir ses activités. Pour reprendre une formule utilisée par le site Ethereum-France « il s’agit d’une sorte de conseil d’administration doté d’un pouvoir de décision et d’un pouvoir financier. La DAO décide à la majorité de la façon d’allouer ses fonds et des prestataires qu’elle recrute. Elle peut décider d’arrêter de travailler avec un prestataire et d’en recruter un autre. Elle garde toujours le contrôle des fonds qu’elle possède en ethers et qui sont dans la blockchain.  »

Pour prendre part à une DAO, il faut avoir investi dedans en achetant des jetons qui fonctionnent grosso-modo comme les actions d'une entreprise. Chaque jeton peut représenter un ou plusieurs droit(s) de vote et leurs propriétaires peuvent influencer les décisions de la DAO dans la mesure du nombre de voix qu'il peut exercer. Les propositions, les votes de chacun et les conditions de leur mise en œuvre sont systématiquement inscrites dans la blockchain.

La DAO peut sceller des smart contracts avec ses prestataires, qui seront donc exécutés automatiquement une fois les conditions prévues remplies. Les revenus tirés des activités de la DAO peuvent ensuite être redistribués à ses membres, ou autrement dit à ses actionnaires, sous forme de dividendes.

150 millions de dollars en trois semaines

The DAO est donc l'un des premiers projets concrets de DAO, et il est en train de voir le jour en ce moment même, grâce à une importante campagne de financement participatif. Cette campagne est menée très différemment de celles que l'on connait sur Kickstarter, Indiegogo, KissKissBankBank ou Ulule. 

En effet, les versements ne peuvent se faire qu'en ether, une crypto-monnaie liée à la blockchain Ethereum, et chacun d'entre eux permet d'obtenir des parts dans la DAO à un tarif déterminé à l'avance. En trois semaines, 11,1 millions d'ethers, soit environ 150 millions de dollars, ont ainsi été récoltés. Une somme importante qui devrait encore grossir, la campagne s'étalant encore sur neuf jours.

The DAO

Pour l'heure, les objectifs de The DAO ne sont pas encore connus. Seule certitude, il s'agira d'une structure à but lucratif, mais son champ d'action dépendra des décisions prises par ses actionnaires. Deux projets tiennent pour l'instant la corde, l'un visant à créer un réseau blockchain dédié à l'internet des objets et l'autre pour le développement de véhicules électriques modulaires. Il sera intéressant de voir dans quelle direction ils s'orientent et si une telle structure peut ainsi prospérer, ce qui ouvrirait certainement la voie à d'autres initiatives.

Un minimum de sécurité

Il est à noter que The DAO s'est quand même dotée de quelques filets de sécurité afin d'empêcher qu'un actionnaire disposant de 51 % du capital ne puisse voter une résolution lui permettant de partir avec tout le magot. Cela passe néanmoins par une petite once de centralisation.

Plusieurs curateurs font partie du projet. Ces dix personnes, des figures dans le développement d'Ethereum, seront les seules capables d'ajouter des adresses dans la liste blanche des entités à qui The DAO peut envoyer des fonds. Ils peuvent donc interdire n'importe quelle transaction si celle-ci va à l'encontre des intérêts de la structure. Ils ont également la possibilité de vérifier l'intégrité du code source d'un smart contract, et de s'assurer que les propositions proviennent bien d'une personne ou d'une organisation identifiable.

Les curateurs n'ont par contre pas vocation à évaluer l'intérêt d'un projet, ni à auditer le code d'un contrat, ni à prendre la moindre responsabilité concernant une proposition. Néanmoins, un curateur peut être remplacé à tout moment par la communauté par vote. En cas de désaccord franc, The DAO pourra être scindée en plusieurs parties, comme une entreprise classique. Les revenus des contrats passés avant la séparation seront alors séparés entre les différentes entités, tandis que ceux effectués ensuite reviendront à chacune des structures.

La question de la fiscalité

Si ce genre de structures devait prospérer, les autorités gouvernementales auraient un gros problème à résoudre. Elles seraient en effet en face d'entreprises n'ayant aucune existence juridique, capables de générer des bénéfices, et sans aucune racine territoriale. Comment dans ce cas déterminer à quels pays doit-elle régler ses impôts, et selon quelle méthode de calcul ?

Un casse-tête d'une grande complexité qui risque d'occuper les États du monde entier pendant quelques temps, si ce modèle devait s'étendre.


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