Opération GreenRights : Triskel condamné à 2 mois de prison avec sursis

How To IRC 33
En bref
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Justice MàJ
Marc Rees

Mise à jour : Si EDF a été jugé irrecevable dans cette affaire, Pierrick G. (ou Triskel) a finalement été condamné à 2 mois avec prison avec sursis et obligation de stage de citoyenneté. La Cour d'appel de Paris a donc infirmé la décision initiale. Pour l’instant, le cheminement juridique des juges est inconnu. « Je n’ai pas eu accès à l’arrêt, je n’ai pas la moindre idée des motivations » nous confie son avocat qui reste surpris par une telle décision. « Nous avons déposé un pourvoi à titre conservatoire. Nous attendons la décision pour voir ce que l’on fera ensuite ». Plus d'informations sous peu.

L’affaire Triskel a été plaidée ce matin devant la Cour d’appel de Paris. Le Parquet lui reproche toujours d’avoir participé à un groupement constitué en vue d’une attaque informatique visant EDF. Son tort ? Avoir conçu un service en ligne de raccourcisseurs d’URL, irc.lc. utilisé par des « Anonymous ».

Le dossier avait fait grand bruit à l’époque. Triskel, de son vrai nom Pierrick Goujon, avait été mis en cause en 2012 après une attaque distribuée par déni de service visant des sites internet d’EDF, revendiquée par des « Anonymous ». Son identification n’avait pas posé de souci aux enquêteurs : un tract virtuel mentionnait l’adresse irc.lc/anonops/operationgreenrightse, nom donné à l’opération attaque.

Participation à une entente en vue d'une attaque par DDOS

Après une perquisition menée par une brochette d’officiers de police judiciaire, outre l’intervention de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), et une très longue garde à vue, Triskel fut finalement poursuivi pour « participation à une entente formée en vue de conduire des entraves par déni de service, contre plusieurs producteurs/distributeurs d’énergie ».

En première instance, le Parquet avait tenté de mettre en avant le caractère supposé technique d’IRC : c’est « extrêmement compliqué pour un néophyte (…) Vous n’étiez pas sans savoir que ces personnes étaient susceptibles de tomber sur le réseau anonops et leurs opérations d’envergure (…) On sait tous qu’IRC est très majoritairement utilisé pour définir des dates et des cibles. Dans ce dossier, c’est très clairement passé par ces canaux qui sont très peu faciles d’accès par le néophyte », IRC « a été très très majoritairement utilisé par les membres de la nébuleuse Anonymous », « IRC s’avère être un vecteur crucial pour permettre l’attaque informatique dont il est ici question », etc.

Cependant, la procureure n’avait pas réussi à éviter la relaxe. Après explication et analyse, le tribunal a considéré que son service n’avait pour vocation que de « rendre plus accessibles les canaux de discussion IRC », et surtout pas d’organiser des attaques par saturation (DDoS). Un service non conçu « spécifiquement pour le mouvement Anonymous » ni pour commettre de telles attaques, avaient encore insisté les juges. « Il n’a ni créé ni diffusé des messages incitant à participer à la campagne GreenRights ».

Cinq mois de prison avec sursis requis contre Triskel

Le Parquet avait fait cependant appel de cette décision. Lors de l’audience aujourd’hui, il a requis cinq mois de prison avec sursis, comme en première instance. Contacté, Me Vincent Fillola, du cabinet Ancile, reste surpris par cette procédure où on considère que l’éditeur de ce logiciel avait conscience qu’IRC est utilisé par des Anonymous, que ces Anonymous participent à des attaques par déni de services, attaques qu’il n’a pas empêchées.

Son incompréhension perdure : « Nous avions pensé que le jugement de relaxe, empreint d’une grande sagesse, mettrait un terme définitif à cette mascarade. Mais nous avons tout de même eu cet appel à l’initiative du Parquet. Le jugement de première instance est pourtant limpide, il répond point par point aux éléments à charges retenus à tort. »

À titre personnel, ce professionnel du droit craint surtout que derrière cette procédure en appel, se cache « la volonté du ministère public de donner un sens pour les moyens d’enquête alloués ». Plusieurs OPJ, 45 heures de garde à vue, l’intervention de la DCRI, plusieurs magistrats instructeurs… « Nous sommes dans une procédure significative, couteuse et engageante pour les pouvoirs publics ».

Petite surprise : un avocat d’EDF est finalement intervenu alors que le géant de l’énergie n’avait pas daigné se déranger en première instance. Pour l’avocat de Triskel, cela pose nécessairement un problème de recevabilité puisqu’une constitution à cause d’appel est irrecevable. Cependant, cette constitution lui aura au moins permis de déposer ses observations, qui sont « peu ou prou les mêmes que les réquisitions du Parquet. »

Pour l’avocat, une certitude : « mon client n’est pas coupable. On ne peut le rendre responsable de l’utilisation de son service de raccourcisseur d’adresses IRC, d’ailleurs utilisé aussi par l’INRIA, l’ARCEP, FDN ou encore Wikimédia. Engager sa responsabilité pénale, c’est faire droit au même raisonnement par l’absurde que d’engager celle d’un constructeur d’autoroute pour les accidents qui s’y déroulent. On baigne dans l’irrationnel ! »

Dernière mise à jour le 30/06/2016 18:13:06

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