Microsoft s'essaye au stockage des données dans l'ADN

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Crédits : Firstsignal/iStock
Nouvelle Techno
Vincent Hermann

Microsoft a décidé de se tourner vers le stockage des données dans des brins d’ADN synthétiques. La technique n’est en soi pas nouvelle, mais la firme s’intéresse de très près à un stockage pérenne des données. Encore faut-il que le coût autorise une exploitation à large échelle. 

L’avènement du cloud a provoqué une explosion du centre de données. D’immenses bâtiments renfermant des milliers de serveurs entièrement dédiés au stockage et au traitement de nos données. Outre les inévitables questions de puissance, refroidissement, consommation et sécurité qui se posent, celle du stockage même reste cruciale.

Microsoft s’intéresse notamment à la pérennité des données, c’est-à-dire la capacité à leur faire conserver leur intégrité. Elle se chiffre globalement en années aujourd’hui, de nombreux contrôles permettant de savoir quand des pièces doivent être changées (surtout des disques durs). Mais si l’avenir permettait d’établir des échelles en décennies, voire en siècles ?

Un milliard de téraoctets

C’est précisément ce qu’aimerait la firme, qui a commandé auprès de l’entreprise californienne Twist Bioscience dix millions de brins d’ADN synthétiques « personnalisés ». Microsoft ne possède pas elle-même la technologie pour stocker des informations dans la précieuse molécule : les informations sont envoyées à Twist, qui se charge de les transcrire sous forme de paires de bases azotées (adénine, cytosine, guanine et thymine), reconstituant la structure bicaténaire hélicoïdale que tout le monde connaît.

Pourquoi cet intérêt pour l’ADN ? Parce que cette molécule, que l’on trouve dans tous les cellules du vivant, permet une densité de stockage dont on ne peut pour l’instant que rêver. Un seul gramme d’ADN peut ainsi stocker en théorie jusqu’à environ un milliard de téraoctets. Cet acide nucléique bénéfice également d’une excellente résistance au temps, puisque l’on est capable de séquencer des brins vieux de plusieurs milliers d’années.

La technologie fonctionne, mais...

Les premiers essais de Microsoft avec Twist se sont apparemment bien passés, si l’on en croit un communiqué de la startup californienne. La totalité des informations a pu être codée dans l’ADN puis lue ensuite, sans problèmes particuliers. Mais comme l’indique le chercheur Doug Carmean de chez Microsoft, il faudra encore plusieurs années avant que ces opérations puissent être viables économiquement.

La fabrique des brins synthétiques est une opération nettement mieux maitrisée aujourd'hui qu’elle ne l’était il y a encore quelques années. Elle se fait surtout aussi à un coût plus raisonnable. Mais stocker l’information n’est qu’une partie du problème : il faut pouvoir la lire. L’opération requiert donc un séquençage de tout l’ADN. Une opération dont le coût s’est complètement effondré, mais n’est pas nul. À titre de comparaison, le séquençage du génome humain avait coûté environ 3 milliards de dollars (fini en 2003 après plus de dix ans), mais ne réclamerait aujourd’hui que 1 000 dollars.

Une technologie de stockage qui n’est encore à considérer qu’à ses balbutiements. Elle pourrait se révéler cependant particulièrement précieuse à l’avenir, par exemple pour des informations qui doivent impérativement être sauvegardées de manière certaine, sans pour autant nécessiter de fréquents accès. 


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