Android : la Commission européenne accuse Google d'abus de position dominante

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Crédits : PaulGrecaud/iStock/Thinkstock
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Guénaël Pépin

La Commission européenne a révélé la communication de ses griefs à Google sur Android. Au regard des éléments en sa possession, l'institution considère que le groupe américain abuse de sa position dominante en imposant aux constructeurs et opérateurs utilisant Android d'installer ses services. Google a 12 semaines pour réagir.

Après un an d'enquête, les conclusions restent encore « préliminaires » mais sont déjà graves. La Commission européenne vient d'annoncer la communication des griefs à Google, pour avoir freiné la concurrence sur Android. Le cœur du problème : pour obtenir l'accès au Play Store, les constructeurs et opérateurs doivent aussi installer l'application de recherche Google et Chrome.

Un aspect connu de la stratégie du groupe, comme le fait que les fabricants ont interdiction de vendre des appareils équipés d'une version dérivée (fork). Ce qui l'est moins en revanche, et la Commission européenne dit en avoir la preuve, c'est que Google encourage les constructeurs à ne préinstaller que la recherche Google, via des incitations financières, à savoir un partage des recettes.

Une stratégie d'éviction de la concurrence

« Google a une stratégie générale sur les appareils mobiles visant à protéger et étendre sa position dominante sur les recherches Internet » a affirmé ce midi Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, lors d'une conférence de presse. Le groupe impose « des restrictions non justifiées sur les applications » aux constructeurs et opérateurs, estime-t-elle.

L'impact est d'autant plus important que la moitié du trafic Internet actuel provient des mobiles et qu'environ 80 % des smartphones et tablettes dans le monde sont équipés d'Android. Cela même si tous ne sont pas directement liés à Google. La part d'Android est « bien plus élevée dans l'entrée de gamme, achetés par la majorité des consommateurs européens » note encore Vestager.

Les constructeurs avaient certes encore la possibilité d'installer des applications concurrentes, mais cette pratique s'est effritée au fil des ans, les utilisateurs jugeant beaucoup de doublons inutiles. Ne restent plus donc que les applications Google, imposées à ces fabricants.

Si Android est open source et permet les forks,  « toutes les actions de Google ne sont pas aussi ouvertes et équitables » tance la représentante de la Commission. Google dispose de 90 % du marché de la recherche, des licences pour systèmes mobiles et des boutiques d'application. En outre, précise-t-elle, iOS, qui peut se montrer aussi restrictif, ne fait pas l'objet d'enquête de la Commission car Apple ne licencie pas son système à d'autres entreprises.

Empêcher l'arrivée d'autres moteurs et de forks

Imposer la recherche Google « barre la route à des moteurs rivaux qui n'ont plus accès au marché », poursuit la commissaire européenne à la concurrence. C'est l'un des points d'attaque du lobby Open Internet Projet, dirigé par le moteur français Qwant, qui milite auprès de Bruxelles pour plus d'ouverture de Google. Qwant s'estime notamment exclu d'Android par Google.

La Commission affirme avoir « des preuves que des opérateurs et fabricants se sont abstenus d'installer des moteurs tiers » pour obtenir une part des recettes, promises par Google. Ces services ont donc « été artificiellement exclus d'opportunités d'affaires ».

En l'état, elle estime donc les conditions imposées par le groupe de Mountain View à ses partenaires « extrêmement restrictives », ceux-ci n'étant pas libres de leurs choix. Car le problème ne se limite pas qu'à la recherche : imposer le Play Store et Chrome ont empêché d'autres boutiques d'applications et navigateurs de se développer sur mobile, selon l'institution. De même, l'interdiction de vendre des appareils équipés de forks d'Android (comme Acer en a fait les frais) aurait empêché le développement de rivaux viables fondés sur la version open source du système.

Cette communication des griefs n'est pas encore une décision définitive. Par respect des droits de la défense, Google a désormais 12 semaines pour demander une audition orale pour présenter son point de vue. Ce dossier s'inscrit dans un climat contraint pour l'entreprise américaine. Côté Commission, en effet, des enquêtes menées en parallèle sur la mise en avant de Google Shopping dans le moteur de recherche, sur la copie de contenus tiers et sur la publicité restent sur le grill. Par leur ampleur, ces chantiers s'inscrivent dans un agenda plus long où Google aura là encore à rendre des comptes.


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