Jeu vidéo et alcool : quand le ministère de la Santé fait trinquer la classification PEGI

On en reste sur le cru 84
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Crédits : draghicich/iStock/ThinkStock
Loi
Marc Rees

Dans les caves du ministère de la Santé, un projet de décret prohibant la consommation d’alcool chez les mineurs risque de donner un goût de bouchon à l’étiquette « PEGI 16 ». Explications.

La classification professionnelle PEGI (pan european game information) a pour objectif d’éclairer les consommateurs sur le niveau d’adaptation des jeux vidéo par classes d'âge. Le mécanisme est aussi clair que de l’eau de roche. Derrière le pictogramme « PEGI 3 », on trouvera un jeu ouvert à tous, même aux plus jeunes enfants. « PEGI 12 » s’autorise certes à des grossièretés légères, mais sans inclure « d'insultes à caractère sexuel ». Les adultes plus avertis pourront se rincer l’œil avec des jeux labellisés « PEGI 18 », ceux où la violence est volontairement crue. Bref.

À destination des éditeurs, une page de PEGI.info donne plusieurs critères qui permettent de savoir quelle signalétique apposer sur les jacquettes. L’un retiendra notre attention. C’est l’encouragement à la consommation d’alcool, laquelle entraine normalement l’étiquette « PEGI 16 ». Et justement, il y a une petite contrariété avec la réglementation à venir en France.

Vers une petite gueule de bois du système PEGI

Pourquoi ? L’article L3342-1 du Code de la santé publique, modifié en 2016, est limpide : offrir (gratuitement ou non) « un objet » incitant directement un mineur à consommer de l’alcool est prohibé. Cette disposition n'avait jusqu'alors pas fait de vague, puisqu’en attente d’un décret d’application.

Or, ce fameux texte (en copie ci-dessous) vient tout juste d’être notifié à la Commission européenne. Cette étape - d’une durée de trois mois - est inévitable dès lors qu’une disposition est susceptible d'entraîner quelques perturbations dans la sacrosainte liberté de circulation entre États membres.

Dans ces échanges avec Bruxelles, la motivation gouvernementale est copieusement arrosée : « La consommation excessive d’alcool par les mineurs ne cesse de croître. Ainsi en 2011, 28 % des jeunes de 17 ans déclaraient avoir été ivres au moins 3 fois dans l’année, contre 26 % en 2008. Par ailleurs 10,5 % des jeunes de 17 ans sont des consommateurs réguliers d’alcool. La population des jeunes adultes (18-25 ans) ayant connu une ivresse dans l’année est de 46 % et la part de ceux en ayant connu au moins 3 est de 29 %. Ces chiffres sont en augmentation depuis 10 ans. »

alcool jeune jeu video

Sera ainsi interdite en France la pratique « visant à donner une image positive et festive de l’ivresse », du moins « lorsqu’elle vise les mineurs, particulièrement perméables à un message laudatif sur la consommation excessive d’alcool ». Dans ce futur article R3342-1 du Code de la santé publique, le ministère de la Santé cite plusieurs exemples d’ « objets » en toute évidence prohibés s’ils remplissent toutes ces cases. Et parmi eux, on trouve les jeux « dont le graphisme, la présentation, le visuel, le nom, le logo, la dénomination ou le slogan incitent directement à la consommation excessive d’alcool ». Des termes suffisamment larges pour faire trinquer aussi l’univers du jeu vidéo...

5 jeux concernés en 2015, sur 1 855

On comprend du coup le petit souci. La réglementation prohibe l’incitation d’alcool faite aux mineurs, mais PEGI l'accepte à destination des jeunes de 16 ans et plus. Sur ce ring, la norme professionnelle ne pèsera évidemment rien. « C’est un point qu’on n’avait pas vu » reconnait en toute franchise le SELL. Le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisir relativise cependant : « D’après les chiffres que nous venons d’obtenir de PEGI outre-Manche, cela va concerner seulement 5 jeux sur les 1 855 commercialisés l’an passé. Il va néanmoins falloir regarder cela avec attention. » Avec, pourquoi pas, à terme une redéfinition de PEGI 16 ? Le syndicat ne peut en tout cas nous citer les cinq jeux en cause mais il promet de prendre rapidement contact avec le ministère.

On remarquera que dans la fameuse liste décrétale, n’apparaissent pas d’autres pans culturels comme les films, les livres, la musique, etc. Là où pourtant l'alcool est parfois un élement de premier plan, présenté sous ses aspects les plus amicaux. Les adeptes de l'eau ferrugineuse pourront souffler dans le ballon : la liste du R3342-1 n'est pas exhaustive.

Contacté vendredi, le ministère de la Santé n'a toujours pas répondu à nos questions. L'actualité sera mise à jour au besoin.


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