[Interview] Le PDG de Vivaldi assume l'orientation power users du navigateur

Un financement fragile et classique 75
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Navigateurs
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le vendredi 08 avril 2016 à 09:30
Vincent Hermann

Suite à la sortie du navigateur Vivaldi, nous nous sommes entretenus avec son fondateur, Jon von Tetzchner, anciennement PDG d’Opera. Nous avons notamment évoqué les raisons qui l’avaient poussé vers cette aventure, et quelles étaient les ambitions de ce nouveau concurrent.

Vivaldi, comme nous l’indiquions ce matin, est un navigateur bâti sur le socle de Chromium. Il reprend donc le moteur de rendu Blink, mais sa philosophie est celle d’Opera : proposer un navigateur intégrant un grand nombre d’outils.  Vivaldi, avec tant de fonctionnalités, se destine prioritairement aux power users, c’est-à-dire ceux ayant déjà des connaissances et/ou ayant des besoins plus importants.

Le positionnement de Vivaldi interroge, et nous avons donc posé quelques questions à son fondateur, Jon von Tetzchner. PDG d’Opera il y a des années, il a gardé l’optique d’un navigateur qui s’adapterait aux situations à la manière d’un couteau suisse. Pas forcément le plus léger ni le plus sobre donc, mais pratique et souple.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?

Tous les navigateurs grand public aujourd’hui se concentrent sur l’idée d’être simples, ce qui est très bien jusqu’à ce que vous vouliez faire quelque chose d’un peu plus avancé. Vivaldi est différent. Nous pensons que tous les utilisateurs méritent de l’attention et qu’il ne devrait donc pas y avoir qu’une seule manière de faire les choses. Nous avons tous nos préférences, et ça devrait se refléter dans le navigateur.

Combien de personnes travaillent sur ce projet ?

L’équipe de Vivaldi compte environ 35 personnes. Parmi elles, environ 20 sont des techniciens.

Quelle est selon vous la plus grande force de Vivaldi ?

Vivaldi possède un grand nombre de fonctionnalités et d’options. Nous pensons que c’est à nous de nous adapter à l’utilisateur et à lui fournir ce qu’il demande. Soyons plus spécifiques.

Sur les onglets par exemple, nous reprenons les fonctionnalités déjà existantes, mais nous en ajoutons d’autres, comme les piles, qui permettent de regrouper les onglets pour ne pas que la barre devienne trop chargée, la possibilité d’afficher plusieurs pages web côte à côte pour ceux qui ont de grands écrans, ou encore celle de placer la barre d’onglets sur l’un des quatre côtés de la fenêtre.

Vivaldi propose aussi des panneaux, qui incluent les favoris, les téléchargements et les notes, mais aussi des pages web. Il dispose également de fonctionnalités étendues pour gérer les favoris, comme le Speed Dial, et propose de nombreuses options. Vous pouvez adapter l’apparence du navigateur, sa disposition, les raccourcis clavier et le reste.

En fait, quand vous testez Vivaldi, vous pouvez aimer sa présentation et la manière de l’utiliser. Mais après vous en être servi un certain temps et avoir changé un certain nombre de réglages, le but est que vous ayez l’impression qu’il ait été fait pour vous. Beaucoup de gens s’en servent pour cette raison.

Mais vous n’avez pas peur justement que ce degré de sophistication le réserve aux seuls power users ?

Nous pensons réellement que nous avons de nombreuses fonctionnalités pour les power users et nous faisons clairement un navigateur pour eux, mais tous les utilisateurs sont bienvenus. Nous savons d’ailleurs que les power users montreront à leurs amis comment s’en servir.

Comment comptez-vous d’ailleurs rendre Vivaldi visible dans un monde où même Microsoft a du mal à mettre Edge en avant ?

Nous faisons un navigateur pour les passionnés. Notre but est de faire en sorte qu’un tel navigateur puisse bénéficier du bouche à oreille. C’est ce que nous avions fait avec Opera et ça avait plutôt bien marché.

Comment la société génère-t-elle du chiffre d’affaires ?

Nous générons des revenus grâce aux partenaires affiliés, à la recherche et à certains favoris que nous incluons par défaut. Tous ces accords se font sur une base de partage des revenus, donc nous essayons de sélectionner des partenaires que nos utilisateurs pourraient apprécier.

Quelles sont les grandes nouveautés prévues pour les prochains mois ?

Nous continuerons à développer Vivaldi et à lui ajouter plus de fonctionnalités et d’options. La prochaine grande fonctionnalité sera le client email intégré.

Que pensez-vous de l’open source ?

Il existe de nombreux très bons projets open source. Vivaldi lui-même est bâti sur les projets open source de Chromium. Tous les changements à ce code peuvent être téléchargés.

Quelle est votre position au sujet des vulnérabilités ?

D’une part, tout faire pour les éviter. D’autre part, il s’agit surtout de les corriger aussi rapidement que possible, dès qu’elles sont trouvées.

Avez-vous mis en place un programme de chasse aux bugs ?

Pas encore.

Un modèle à pérenniser pour les prochains développements

Globalement, il est clair que Vivaldi n’a pas l’ambition pour l’instant de venir se frotter directement aux mastodontes que peuvent être Firefox ou Chrome. L’orientation est très différente, et elle est d’ailleurs parfaitement assumée par son PDG. Ce dernier compte clairement sur les passionnés de l’informatique pour adopter son navigateur et pour en faire la promotion autour d’eux.

Toutefois, le modèle commercial de Vivaldi reste fragile, la société ne gagnant de l’argent que sur quelques éléments, dont les vignettes sponsorisées affichées par défaut dans le Speed Dial. En France par exemple, on retrouve Facebook, Booking.com ainsi que Leboncoin.fr. À voir donc dans le futur si l’éditeur continuera à générer suffisamment de chiffre d’affaires pour non seulement entretenir l’équipe actuelle, mais également pour se développer davantage.


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