Gameloft tacle l'offre de rachat de Vivendi, jugée trop basse

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Crédits : skynesher/iStock
Société
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le mardi 29 mars 2016 à 11:40
Kevin Hottot

Gameloft a décidé de sortir les crocs. L'entreprise a fait parvenir à l'AMF un projet de note en réponse à l'OPA de Vivendi. Elle estime que l'offre du géant des médias est bien trop faible et ne présente pas assez d'intérêt pour obtenir ses faveurs.

Vivendi n'a pas baissé les bras et poursuit, irrémédiablement, le déroulement de son OPA sur Gameloft, tout en maintenant la pression sur Ubisoft. La famille Guillemot, à la tête des deux entreprises continue quant à elle de gesticuler pour se sortir des griffes du géant français des médias. 

Gameloft, Vivendi et synergies

Dans un projet de note en réponse à l'OPA de Vivendi, transmis à l'AMF, Gameloft revient en détail sur les conditions de la tentative de prise de contrôle de la firme de Vincent Bolloré, à commencer par les promesses de synergies faites aux actionnaires. 

D'abord au sujet de « l’accès de Vivendi aux contenus musicaux et cinématographiques d’UMG et de Groupe Canal+ » et de « la proximité de Vivendi (…) avec tous les grands studios de création audiovisuelle », Gameloft estime que ces avantages ne lui profiteraient pas vraiment. D'abord parce que « le nombre de licences dans l’industrie des jeux vidéo, et en particulier sur le segment mobile, provenant des droits cinématographiques est limité et le succès de ces adaptations est relatif ». L'éditeur assure ainsi que depuis 2003, ce type de produit ne compte que pour environ 13 % de ses revenus. 

Cette stratégie pose également un autre souci. Si Gameloft dispose bien de quelques licences négociées avec des ayants droit du cinéma (Disney, Fox, Marvel, Universal...), leurs contrats comprennent une clause de rupture en cas de changement d'actionnaire majoritaire de Gameloft. Vivendi devra donc renégocier toutes ces franchises ou payer une indemnité de transfert dans certains cas.

L'éditeur raille Dailymotion et les partenariats opérateurs de Vivendi

Vivendi met également en avant sa plateforme Dailymotion pour assurer « la promotion des franchises et contenu de Gameloft ». Un avantage qui semble bien faire rire l'éditeur qui rétorque dans sa note que l'impact de ce partenariat « ne serait pas matériel à l’international au regard de l’importance des deux plateformes YouTube et Twitch qui sont les plus consultées par les joueurs sur téléphones mobiles dans le monde ». Le tacle n'est même pas déguisé.

Concernant les liens de Vivendi avec les opérateurs télécoms, Gameloft souligne qu'il n'est en fait question de participations minoritaires dans Telecom Italia et Telefonica. Pas de quoi chambouler Gameloft qui « dispose déjà d’un réseau actif de plus de 200 opérateurs téléphoniques dans plus de 100 pays » pour distribuer ses jeux.

Enfin concernant « les fortes positions à l'international » mises en avant par la firme de Vincent Bolloré, l'éditeur rappelle qu'il réalise 97 % de son chiffre d'affaires en dehors de l'Hexagone et que seuls 1,4 % de ses effectifs se trouvent en France. Mauvaise pioche pour Vivendi donc.

« En conclusion, le conseil d’administration considère à l’unanimité que l’offre initiée par Vivendi ne présente aucun intérêt stratégique pour Gameloft, et que le rapprochement envisagé n’est pas de nature à créer des synergies substantielles pour les actionnaires de Gameloft, ni à accélérer le projet industriel de la société », peut-on ainsi lire dans le document.

7,20 euros par action, une offre trop faible

Gameloft estime également que l'offre émise par Vivendi est significativement trop basse pour être étudiée par ses actionnaires. Si le géant français propose une prime d'un tiers par rapport au dernier cours de clôture avant l'émission de l'OPA, l'éditeur table sur des méthodes de calcul différentes. 

Il note par exemple que le cours maximum de son action sur les 3 dernières années est de 8,32 euros, soit 13,5 % de mieux que les 7,20 euros proposés par Vivendi. En estimant que la valeur de l'entreprise correspond à 2,2 fois le chiffre d'affaires prévu pour l'an prochain (2017) et 1,8 fois celui de l'année suivante, soit un calcul observé lors de « transactions de sociétés comparables », Gameloft parvient à un chiffre de 9,11 euros par action.

Le conseil d'administration de Gameloft a également pris en référence la transaction entre King et Activision pour calculer la valeur de son entreprise. En appliquant les mêmes multiples que lors de cette transaction (soit 2,6 à 2,7 fois le chiffre d'affaires), il devient question d'un prix par action induit de 11,05 euros.

Mieux encore, en prenant un multiple de 9 euros par utilisateur mensuel unique, comme dans le cas de King, le chiffre grimperait même à 16,93 euros par action. De quoi valoriser Gameloft à près de 1,5 milliard d'euros, contre environ 620 millions aujourd'hui. Une méthode de calcul qui n'est probablement pas du goût de Vivendi, qui n'a pas encore réagi à la publication du document.


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