Projet AIX : Microsoft propose Minecraft comme base de recherche pour l'IA

Idée : rendre les creepers encore plus vicieux 28
En bref
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Développeurs
Vincent Hermann

Microsoft vient d’annoncer son projet AIX, conçu pour permettre l’apprentissage de l’intelligence artificielle sur la base du jeu Minecraft. Une manière selon l’éditeur de se confronter à des problématiques précises dans un vaste univers en évolution.

Le rachat de Mojang en septembre 2014 par Microsoft a coûté la bagatelle de 2,5 milliards de dollars. On était loin bien sûr des 8,5 milliards dépensés pour Skype, mais la somme laissait présager que l’éditeur avait de grandes ambitions pour Minecraft. Avec la promesse de ne rien changer à la distribution du jeu sur l’ensemble des plateformes, la firme avait même indiqué vouloir toucher de nouveaux joueurs.

Pour comprendre l’intérêt de l’annonce récente, il faut rappeler d’abord ce qu’est Minecraft. Il s’agit à la fois d’un jeu d’aventure et de construction. D’un aspect volontairement pixellisé (on aime ou on déteste), il permet à un ou plusieurs joueurs d’évoluer dans un monde constitué de cubes. Chacun est fait d’un matériau diffèrent et l'on retrouve des cubes de terre, de pierre, de l’eau, du bois et ainsi de suite. Objectif du jeu : construire son chez soi, avec des matériaux de plus en plus précieux, donc de plus en plus rares. Le tout en évitant de mourir de faim ou tué par un monstre.

Un monde ouvert, sans objectif final de victoire

Le projet AIX vient se greffer sur ce titre. Il a été réalisé par une équipe de chercheurs d’un laboratoire Microsoft situé à Cambridge (Royaume-Uni) et permet de réaliser des travaux de recherche sur l’intelligence artificielle en utilisant les mécaniques du jeu. Globalement, l’idée n’est pas nouvelle. On se souvient ainsi des efforts faits sur Mario afin qu’un logiciel pilote le personnage et apprenne de lui-même ce qu’il fallait faire et ne pas faire pour arriver à la fin du jeu. Dans le cas de Minecraft, l’ampleur est toute autre.

La responsable du développement d’AIX, Katja Hofmann, a indiqué dans le billet de blog de l’annonce qu’elle avait eu l’idée de ce projet il y a environ un an, à cause de la frustration rencontrée sur d’autres plateformes, aux possibilités plus limitées. Avec Minecraft, le joueur dispose d’un début, mais pas d’une fin. Il n’y a pas d’objectif ultime, le jeu étant basé sur la liberté d’entreprendre à peu près tout et n’importe quoi.

Hofmann explique : « Minecraft est la plateforme parfaite pour ce type de recherche parce que c’est un monde très ouvert. Vous pouvez jouer en mode survie, vous pouvez faire des batailles de constructions avec vos amis, vous pouvez faire des courses ou implémenter vos propres jeux. C’est vraiment passionnant pour l’intelligence artificielle car il nous permet de créer des jeux qui s’étendent au-delà des capacités habituelles ».

Considérer l'intelligence générale comme un tout

AIX permet ainsi de travailler sur l’intelligence générale, celle utilisée au quotidien par les humains pour assimiler des informations et prendre une longue liste de menues décisions. Ce que Microsoft résume avec une analogie : « Un algorithme informatique peut être capable de prendre une tâche et de l’exécuter aussi bien voire mieux qu’un adulte, mais ne peut rivaliser avec la manière dont un nourrisson enregistre toute sorte de données – lumière, odeur, toucher, son, inconfort – et apprend que si vous pleurez, il y a de bonnes chances pour que maman vous nourrisse ».

La chercheuse explique qu’une situation globale peut être divisée en plusieurs lots à traiter. On peut ainsi créer un programme chargé de la reconnaissance vocale, un autre de la quantité de lumière, un autre encore de la reconnaissance des odeurs et parfums. Mais on ne sait pas comment combiner l’ensemble pour créer un véritable processus décisionnel car on ne sait pas vraiment comment les sens humains se combinent dans le cerveau. De nombreux travaux de recherche ont été menés dans ce domaine, mais il manquait souvent un outil capable de tester les théories mises en place. D’où AIX.

Dans ce contexte, Minecraft semblait donc particulièrement adapté. Et ce d’autant plus que le jeu pouvait être utilisé dans un cadre multijoueur, les composants artificiels pourraient être testés face à une communauté de personnes travaillant ensemble sur des projets communs. Le but serait donc de développer un programme capable d’évoluer dans un tel monde et d’évoluer par lui-même en fonction de ce qu’il y rencontre.

Diffusion cet été et passage à l'open source

Pour l’instant, la plateforme AIX est constituée d’une version Java modifiée du jeu (la mouture classique du titre pour les ordinateurs) et d’un code assurant la liaison entre le jeu et les agents d’intelligence artificielle qui y seront placés. Tous deux fonctionnent sous Linux, OS X et Windows, l’ensemble étant conçu pour permettre aux développeurs d’utiliser n’importe quel langage de développement, en fonction de leurs goûts ou de leurs objectifs.

AIX n’est actuellement pas disponible pour le grand public. Il est en phase de test privée auprès d’un groupe de chercheurs. Cependant, la situation évoluera dès cet été avec une diffusion générale et surtout un passage à l’open source. Microsoft n’en précise pas licence, mais l’éditeur se sert dans la quasi-totalité de ses projets de l’Apache 2.0 ou de la MIT.


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