Les annuaires PagesBlanches ne seront plus distribués à partir de 2018

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Loi
Xavier Berne

De moins en moins utilisés à l’heure d’Internet, les traditionnels bottins PagesBlanches ne sont aujourd’hui plus distribués qu’en province. Les célèbres annuaires vont même disparaître totalement d’ici 2018, suite au vote de la loi Macron.

Véritable fourre-tout, la loi « croissance et activité » ne vient pas uniquement délester Orange de son obligation de service universel, qui lui imposait jusqu’ici de maintenir au moins une cabine téléphonique par commune. Depuis l’entrée en vigueur de ce texte, en août dernier, le groupe Solocal – qui édite et distribue les célèbres annuaires PagesJaunes (pour les professionnels) et PagesBlanches (pour les particuliers) – peut officiellement distribuer ses bottins « sous forme imprimée ou électronique ». Et non aux deux formats, comme le prévoyait auparavant l’article L35-4 du Code des postes et des communications électroniques.

Au travers d’une question écrite transmise mardi au ministre de l’Économie, le député Thierry Lazaro s’est toutefois inquiété de cette réforme, qui met selon lui « en difficulté nombre de personnes, notamment âgées, qui ne disposent pas de connexion Internet à leur domicile et qui se trouvent donc dans l'impossibilité de rechercher un numéro de téléphone puisque ces annuaires ne leur sont plus distribués ». L’élu Les Républicains demande à Emmanuel Macron ce qu’il compte faire « pour mettre un terme à cette situation ». S’il semble guère réaliste d’imaginer que l’exécutif puisse revenir sur ce virage fraîchement entrepris, nous nous sommes néanmoins rapprochés de Solocal pour savoir ce qui attendait effectivement les Français dans les mois et années à venir.

Distribution partielle avant un arrêt total en 2018

« Pendant des années, nous avons été soumis à cette obligation de service universel, issue d'une directive européenne. Le gouvernement lançait un appel à candidatures, auquel répondait qui voulait – essentiellement PagesJaunes », nous a raconté Isabelle Lascombes, directrice des annuaires imprimés chez Solocal. « Nous avons ainsi été désignés pour répondre à cette obligation de service universel, qui consiste à acheter les listes aux différents opérateurs et à publier un annuaire universel des particuliers, pour le mettre à la disposition du public. »

La loi Macron a en fait simplement entériné un choix acté d’assez longue date par les pouvoirs publics, puisque aucun appel d’offres n’avait été lancé au titre de l'année 2015. L’éditeur des PagesBlanches continue malgré tout d’assurer une diffusion traditionnelle, tout du moins dans les territoires où cela reste rentable – soit dans plus de 80 départements de province et d’outre-mer. La distribution a plus précisément cessé l’année dernière en Ile-de-France (départements 75, 77, 78, 91, 92, 93, 94, 95), avant de s'étendre en 2016 aux Alpes-Maritimes, aux Bouches du Rhône, à la Haute-Garonne, à l’Hérault, au Nord, au Rhône ainsi qu'à Saint-Pierre-et-Miquelon. « On en publie encore cette année, en 2017 et nous arrêterons totalement en 2018 » annonce Isabelle Lascombes.

Adapter la distribution aux besoins, de plus en plus tournés vers le numérique

Le groupe Solocal affirme avoir constaté, « avec l'évolution des technologies, des changements dans les usages, et notamment dans les régions les plus urbaines où l’on voit bien que les annuaires imprimés ne sont plus beaucoup utilisés ». De plus en plus de personnes effectuent dorénavant leurs recherches par l'entremise du site PagesJaunes.fr.

pagesblanches

L’entreprise, lourdement endettée, avait d’ailleurs commencé à s’adapter à cette situation depuis quelques années en région parisienne : « Lorsque nous distribuions les PagesJaunes, nous mettions une information soit sur la couverture de l'annuaire, soit sur un petit flyer, pour que les gens qui souhaitent les PagesBlanches puissent se manifester et qu'on imprime des annuaires juste pour les personnes intéressées. » Résultat, entre 3 et 5 % des Franciliens ont réclamé leur bottin lors des éditions 2013 et 2014.

Une campagne semblable a été menée en province, pour les personnes vivant en maison individuelle. « Nous avons appelé 14 millions de foyers pour savoir s'ils étaient intéressés par les annuaires imprimés. Environ 70 % des gens nous ont répondu qu'ils voulaient recevoir leurs annuaires » explique la responsable des impressions. S’agissant des immeubles collectifs, une distribution systématique reste prévue (avec toutefois une « décote » : il y a moins d’annuaires déposés dans les halls que de logements).

Environ un euro par annuaire

Le coût moyen d’un annuaire ? Environ un euro, impression et distribution comprises. Le tout est dorénavant financé grâce aux publicités insérées dans le bottin. Ce qui rapporte toutefois moins que les célèbres PagesJaunes – qui répertorient quant à elles les numéros des professionnels. Cet annuaire-là continuera d’ailleurs à être diffusé sur l’ensemble du territoire, au moins à court terme, « parce qu’il est rentable et qu'il y a toujours un usage qui est plus important ».

Quand on lui demande ce qu’elle répondrait au député Lazaro, qui s’inquiète pour les personnes n’ayant pas les moyens ou la capacité de se servir d’Internet, Isabelle Lascombes rétorque : « Il faut savoir tourner la page ! Les usages évoluent très vite... Les personnes qui ont vraiment besoin du papier auront intérêt à garder la dernière édition qu'on publiera en 2017 (là où il y a encore des éditions papiers). Et après, de toute façon, si vous avez vraiment besoin d'un numéro, le service des renseignements téléphoniques restera disponible. » Un service qui demeure toutefois payant – et parfois même « exhorbitant », comme le dénonçait récemment 60 Millions de consommateurs.


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