La croissance de Bitcoin se heurte à l'absence de gouvernance claire

Tout le monde à des idées, mais personne ne décide 39
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Crédits : Tsokur/iStock/Thinkstock
Crypto-monnaie
Kevin Hottot

Le protocole Bitcoin commence à devenir victime de son succès. Certaines entreprises ressentent les effets d'un engorgement du réseau et voudraient que des solutions soient trouvées pour y remédier. Seulement, en l'absence de gouvernance claire, la tâche n'est pas aisée.

À la fin du mois de février, environ 75 personnes se sont réunies lors de la Satoshi Roundtable, un colloque réservé aux professionnels travaillant sur des technologies liées à Bitcoin. Parmi eux, on retrouve notamment des fondateurs de plateformes d'échanges, de solutions de paiement en bitcoin, des investisseurs, une partie des développeurs du client Bitcoin Core, des membres de la Fondation Bitcoin et même des fabricants de matériel de minage. Une sorte de G75 du Bitcoin.

Si tout ce beau monde était présent, loin de la presse et du tumulte habituel, c'était pour parler de la direction à donner au protocole afin de faire face à l'accroissement des échanges qui y transitent.

Le réseau est-il engorgé ?

Quelques veinards présents sur place commencent à rendre compte de l'évènement, et visiblement tout ne s'est pas déroulé comme prévu. Stephen Pair, le PDG du service de paiement BitPay n'hésite par exemple pas à qualifier la réunion de « perte de temps très productive ».

L'une des principales questions abordées à cette occasion était celle de la taille des blocs de transaction. Est-elle aujourd'hui suffisante pour assurer la croissance du nombre d'échanges via la blockchain ? Actuellement, des blocs de 1 Mo circulent sur le réseau et selon certains, celui-ci aurait déjà atteint sa capacité maximale.

L'une des solutions proposées lors du colloque est de doubler la taille des blocs en circulation. Une option simple à mettre en place, mais qui ne résoudrait pas nécessairement le problème, même à court terme. Elle permettrait à davantage de transactions de circuler sur le réseau, à volume de blocs égal, mais rien n'assure qu'elles pourront être traitées correctement par les mineurs et plateformes d'échange.

D'autres idées sont envisagées, notamment la réduction de la taille occupée par chaque transaction au sein d'un bloc, en faisant passer certaines informations dans des « sidechains » (réseaux secondaires) qui seraient liées d'une manière ou d'une autre à la blockchain principale. Dans tous les cas, une partie du « G75 » estime que le protocole doit fortement évoluer pour concurrencer les autres solutions, comme celle employée par Visa pour les monnaies classiques.

À l'heure actuelle, Bitcoin est capable de gérer moins de dix transactions par seconde. Un rythme suffisant pour le moment, mais qui empêche tout développement de plus grande envergure. À titre de comparaison, en 2010, Visa USA affirmait que son réseau pouvait encaisser 24 000 transactions par seconde.

Quelle gouvernance pour Bitcoin ?

La question de la gouvernance de Bitcoin se pose également, à l'heure où le protocole doit embrasser de lourds changements afin de poursuivre son évolution. Si les membres de ce G75 ont tous des idées, personne ne veut (et ne peut) prendre de décision. Dans la situation actuelle, opérer de grands travaux semble très compliqué.

Cette tâche aurait pu revenir à la Bitcoin Foundation, une organisation à but non lucratif financée par la filière, et qui s'occupe d'une partie du développement du client standard Bitcoin Core. Malheureusement, la fondation est l'objet d'importantes critiques, notamment dans sa gestion financière, jugée dispendieuse, ce qui l'avait poussée à se séparer de 90 % de ses effectifs. De plus, même si elle contribue au développement du protocole et d'un client, elle reste avant tout un lobby censée représenter le secteur face aux autorités financières.

Quelle solution adopter alors ? Brian Armstrong, le co-fondateur de Coinbase, présent sur place, évoque la possibilité de votes effectuées non seulement par les mineurs, mais également par les plateformes et utilisateurs de Bitcoin avant d'envisager des changements de cette envergure. L'idée est que l'importance dans les décisions ne doit pas dépendre de la puissance de calcul de chacun, une partie étant concentrée aux mains de quelques acteurs.

Reste encore à définir le seuil de voix à atteindre, une majorité absolue étant selon lui insuffisante. « Cela forcerait une large frange des utilisateurs à suivre une voie qu'ils n'aiment pas » tranche-t-il. Le risque étant, par exemple, de voir une partie de ces utilisateurs s'engager dans un fork de Bitcoin, et ainsi déstabiliser l'ensemble.

Il milite donc pour que les résolutions requièrent 75 % d'adoption avant d'être appliquées, après une période de 28 jours permettant à l'ensemble des utilisateurs de s'adapter. Cette idée soulève une autre question : un utilisateur lambda peut-il vraiment participer à ce genre de votes, s'il ne connaît pas suffisamment le fonctionnement du protocole, ni ce qui est bon pour lui ?

Voilà de quoi alimenter encore de longues tables rondes entre les acteurs du milieu. Cela en attendant qu'ils constituent un jour un organisme de standardisation, comme il en existe aujourd'hui pour Internet (l'IETF) et le web (W3C), qui pourrait formaliser ces échanges.


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