Surprise : Microsoft proposera SQL Server 2016 sur Linux

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le mardi 08 mars 2016 à 16:30
Vincent Hermann

Microsoft a lâché un véritable pavé dans la marre hier soir en annonçant la disponibilité cette année de SQL Server 2016 sur Linux. Un vrai changement dans la stratégie logicielle du géant, bien loin des communications acides du passé.

SQL Server 2016 sera une version majeure du SGBD, qui se focalise en particulier sur les améliorations de la gestion du Big Data et sur la sécurité. Par exemple, l’option Always Encrypted permet au produit de manipuler directement des données toujours chiffrées, les clés résidant dans les applications qui accèdent au serveur. In-Memory OLTP, qui autorise les données les plus souvent utilisées à rester en mémoire vive (des performances augmentées par un facteur 30 à 100), est également compatible avec un plus grand nombre d’applications.

SQL Server 2016 proposera en outre une importante fonctionnalité : Stretch Database. Il pourra ainsi fonctionner en environnement hybride, mariant les bases locales et distantes (dans Azure) pour les considérer comme une seule et même entité. L'option Always Encrypted sera d'ailleurs compatible avec Stretch, afin que les données locales chiffrées puissent le reste en cas de déplacement vers le cloud.

Le premier logiciel professionnel de Microsoft sur Linux

Mais en plus de ces nouveautés, Microsoft en gardait manifestement une autre sous le coude : SQL Server 2016 sera disponible sur Linux. Cette décision est d’envergure car il s’agira aussi du tout premier produit professionnel que la firme lancera sur cette plateforme concurrente. Les signaux envoyés sont donc multiples.

Comment ne pas repenser à l’attitude de l’éditeur face à Linux il y a des années de cela, quand Steve Ballmer était encore à la tête de l’entreprise ? Le visage de Microsoft aujourd’hui est très différent, un lent virage amorcé vers la fin du règne de l’ancien PDG, mais qui s’est largement accéléré depuis l’arrivée de Satya Nadella. Les discours du nouveau patron ont souvent mis en avant l’orientation multiplateforme qui serait désormais celle de Microsoft. Dont acte.

Il existe toutefois une profonde différence entre lancer des applications mobiles sur Android et iOS, et proposer un produit professionnel comme SQL Server 2016. C’est un autre signal envoyé : Linux est une plateforme suffisamment solide et présente pour qu’elle soit reconnue et visée par l’un des principaux produits d’entreprise du catalogue.

Un marché à prendre

Évidemment, Microsoft n’a pas pris cette décision pour seulement montrer que sa stratégie multiplateforme prenait de l’ampleur. Si l’éditeur décide de se tourner vers Linux, c’est que l’idée est jugée commercialement viable. Les serveurs Linux sont très nombreux, les solutions de SGBD solides, et il y a un vrai marché à prendre, ou tout du moins se faire un (nouveau) nom.

On peut d’ailleurs avancer deux hypothèses : soit Microsoft répond à une demande, soit les clients qui se trouvaient sous Windows Server passent sur Linux pour réduire les coûts, à moins qu’il ne s’agisse d’un mélange des deux. Quant à savoir si les décideurs jugeront le produit comme une solution viable, il est encore trop tôt pour le dire. D’autant que se pose inévitablement la question de savoir comment SQL Server se comportera sur une plateforme où il débarque pour la première fois.

Microsoft s’appuie quoi qu’il en soit sur deux poussées distinctes et en apparence paradoxales. D’un côté, une forte pression exercée sur Windows 10, dont l’éditeur aimerait qu’il soit installé sur un milliard d’appareils d’ici juillet 2017. De l’autre, une multiplication des produits disponibles ailleurs que sur Windows. Le cumul des deux permettra en tout cas d’avoir une ou plusieurs solutions de repli en cas d’échec sur l’une des directions. Après tout, même si l’annonce de Microsoft crée la surprise, l’éditeur a encore tout à prouver sur une plateforme qu’il a longtemps méprisée.

Une première préversion, en test privé

SQL Server 2016 n’est en tout cas pas terminé. Sa date de commercialisation pour Windows Server n’est pas encore fixée, Microsoft indiquant seulement qu’il sortira plus tard dans l’année. Quant à la version Linux, il lui faudra plus de temps : mi-2017. Le champ fonctionnel sera le même que pour la mouture Windows. Microsoft s’est assuré d’ailleurs que des sociétés comme Red Hat et Canonical s’associent à l’évènement, avec notamment un commentaire de Mark Shuttleworth dans le communiqué, qui se dit très heureux de travailler avec Microsoft sur un tel projet.

Sachez enfin qu’une préversion technique de SQL Server 2016 pour Linux a été mise à disposition par Microsoft, mais uniquement sous la forme d’un test privé. Il faudra donc attendre un peu plus pour voir arriver une bêta publique, si toutefois l’éditeur en prévoit bien une.


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